Dans la Cité de Dieu (XIV,28,1) Saint-Augustin nous fait comprendre que les deux grands royaumes qui s’affrontent sont fondés sur deux amours différents :
1. « L’amour de Dieu poussé jusqu’au mépris de soi » (Amor Dei usque ad contemptum sui).
2. « L’amour de soi poussé jusqu’au mépris de Dieu » (Amor Dei ad contemptum Dei).
Amor Dei versus Amor Sui ; c’est l’opposition fondatrice qui met en tension le grand récit chrétien. C’est cette contradiction qui installe la proposition positive sur l’Amor Dei en position majeure et la proposition négative sur l’Amor sui en mineure. Au fil de l’histoire il nous est donné d’apprécier que tant qu’a tenu ce rapport, le grand récit chrétien fonctionna et garda toute son efficacité auprès de celles et ceux à qui ils s’adressait. C’est la concordance avec la grandeur du christianisme. Ainsi, dès que celui-ci sera inversé, c’est-à-dire où la proposition mineure (l’Amor sui) prendra le dessus sur la proposition majeure (l’Amor Dei), on passe à autre chose, c’est-à-dire sur le déclin.
On voit qu’il y a toujours cette dualité inhérente à chaque chose : nuit/jour ; positif/négatif ; homme/femme ; yin/yang etc.
Cette opposition fondatrice peut se décliner sur bien des modes différents. Par exemple, Saint-Augustin lui-même le substitut parfois l’opposition Amor Socialis et Amor Privatus :
« De ces deux amours, dit-il, l’un est saint, l’autre impur. L’un tourné vers les autres [c’est pour cette raison qu’il est dit Socialis], l’autre centré sur soi [d’où Privatus]. L’un est soucieux du bien de tous, l’autre va jusqu’à subordonner le bien commun à son propre pouvoir en vue d’une domination arrogante. L’un est soumis à Dieu, l’autre rival de Dieu (…). L’un est amical, l’autre envieux. L’un veut pour autrui ce qu’il veut pour lui-même, l’autre veut soumettre autrui pour son propre intérêt. » (Saint-Augustin, De genesis ad litteram (La Genèse au sens littéral).
On pourrait dire encore autrement : d’un côté, Dieu ; de l’autre, le diable..jpg)
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