Mon ami, qui que tu sois, puisses-tu retirer très
aisément le bénéfice de mes dures études, et te mettre à pratiquer en cette
connaissance céleste des étoiles, où sont si manifestes les grandes et
admirables œuvres du Dieu Tout-Puissant et invisible. En premier lieu, considère
et admire ton Créateur, et sois-lui reconnaissant, sois humble, et que nulle
connaissance naturelle, aussi profonde et transcendante soit-elle, ne réjouisse
ton âme au point de négliger cette divine Providence qui voit tout, et permet
que toutes choses terrestres et célestes gardent leur mouvement perpétuel. Mais
que, plus ta connaissance grandira, et plus tu magnifies la Puissance et la
Sagesse de Dieu Tout-Puissant, et tâche de rester en sa faveur. Aie confiance ;
plus tu seras saint et plus proche de Dieu, et plus pur sera le jugement que tu
donneras. Méfie-toi de l’orgueil et de la complaisance, et rappelle-toi
comment, depuis si longtemps, aucune créature non douée de raison ne lui
désobéit, puisqu’il est le Maître, de sa Raison propre et de ses Passions, à
moins que de soumettre sa Volonté à son côté déraisonnable. Mais hélas ! Quand
l’injustice prédomina par son excès, et que l’homme laissa libre cours à ses
propres penchants, en abandonnant sa raison, alors chaque Bête, Créature et
chose extérieure, agressive, se rebella et ne se mit plus à son service. Lève-toi
vite, homme ! devant ton Dieu, et ses Principes assurés, et considère alors ta
propre noblesse, comment toutes choses créées, à la fois présentes et à venir,
furent créées à ton intention ; non, non, c’est à ton intention que Dieu s’est
fait Homme : tu es cette Créature, qui en fréquentant le Christ, a vécu et
régné au-dessus des cieux, et s’est placée au-dessus de tout pouvoir et
autorité. Combien de Faveurs, Privilèges, Avantages Dieu ne t’a-t-il pas
conférés ? Tu as pris place au-dessus des cieux par la Contemplation, conçu le
mouvement et la grandeur des étoiles ; tu as parlé aux Anges, oui, oui, à Dieu
lui-même ; tu possèdes toutes les Créatures en ton pouvoir, et maintiens les
Démons soumis. Pour ta honte, ne défigure pas ta Nature, ou ne te rends pas
indigne de tels dons, ou ne te prive de toi-même de ces grands Pouvoir, Gloire
et Bénédiction que Dieu t’a accordés, en écartant de toi la peur que tu dois
éprouver de lui, à posséder quelques plaisirs imparfaits. Considère ton Dieu,
et un peu ton art personnel, et mets-le au service de Dieu ; à présent, reçois
l’enseignement : comment en ta pratique je souhaiterais que tu te conduises.
Quand chaque jour tu converseras avec les cieux, éduque ton esprit et le
façonne conformément à l’image de la Divinité ; apprends tous les ornements de
la Vertu, sois-en suffisamment instruit ; sois humain, courtois, familier pour
tous, d’un abord facile, n’afflige point les malheureux en les terrorisant d’un
sévère jugement ; en ces cas, fais-leur savoir graduellement leur pénible
destin ; amène-les à en appeler à Dieu afin qu’il écarte ses jugements qui
pèsent sur leurs têtes ; sois modeste, fréquente les gens instruits, civils, et
sobres, ne jalouse rien de futile ; donne volontiers au pauvre, à la fois ton
argent et ton jugement : ne laisse pas les richesses terrestres te faire
émettre un jugement erroné, ou qui puisse déshonorer l’Art, ou cette Science
divine. Aime les hommes bons, prends soin de ces honnêtes gens qui étudient cet
Art avec leur cœur. Sois parcimonieux quand tu donnes un Jugement contre le
gouvernement du pays où tu résides. Ne donne pas de jugement sur la mort de ton
Prince ; mais moi, je sais par expérience, que Reges Subjucent Legibus Stellarum.[1]
Epouse une femme de ta propre volonté ; réjouis-toi au sein de tes amis, évite
procès et disputes ; En ton Etude, soit Totus in Illis[2] au
point d’être Singulus[3] en
l’Art ; ne soit pas extravagant ou désireux d’apprendre chaque Science, ne soit
pas Aliquid in Omnibus[4] ; sois fidèle, résolu, ne trahis les
secrets de personne, au contraire, je te conjure de ne jamais divulguer la
confiance qu’on te fait, soit-elle celle d’un ami ou d’un ennemi. Enseigne à
tous de bien vivre, sois un bon exemple toi-même, évite les modes passagères,
aime ton pays natal, n’apporte pas de preuve contre personne, pas même un
ennemi ; ne t’alarme pas si on dit du mal de toi, Conscientia Mille Testes.[5]
Dieu ne permet pas au péché de rester impuni, ni au mensonge de ne pas être
rectifié. (Traduction Patricia Depasse)
William Lilly

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