dimanche 2 juin 2013

La Lettre à l'Etudiant de William Lilly


A L’ÉTUDIANT EN ASTROLOGIE

Mon ami, qui que tu sois, puisses-tu retirer très aisément le bénéfice de mes dures études, et te mettre à pratiquer en cette connaissance céleste des étoiles, où sont si manifestes les grandes et admirables œuvres du Dieu Tout-Puissant et invisible. En premier lieu, considère et admire ton Créateur, et sois-lui reconnaissant, sois humble, et que nulle connaissance naturelle, aussi profonde et transcendante soit-elle, ne réjouisse ton âme au point de négliger cette divine Providence qui voit tout, et permet que toutes choses terrestres et célestes gardent leur mouvement perpétuel. Mais que, plus ta connaissance grandira, et plus tu magnifies la Puissance et la Sagesse de Dieu Tout-Puissant, et tâche de rester en sa faveur. Aie confiance ; plus tu seras saint et plus proche de Dieu, et plus pur sera le jugement que tu donneras. Méfie-toi de l’orgueil et de la complaisance, et rappelle-toi comment, depuis si longtemps, aucune créature non douée de raison ne lui désobéit, puisqu’il est le Maître, de sa Raison propre et de ses Passions, à moins que de soumettre sa Volonté à son côté déraisonnable. Mais hélas ! Quand l’injustice prédomina par son excès, et que l’homme laissa libre cours à ses propres penchants, en abandonnant sa raison, alors chaque Bête, Créature et chose extérieure, agressive, se rebella et ne se mit plus à son service. Lève-toi vite, homme ! devant ton Dieu, et ses Principes assurés, et considère alors ta propre noblesse, comment toutes choses créées, à la fois présentes et à venir, furent créées à ton intention ; non, non, c’est à ton intention que Dieu s’est fait Homme : tu es cette Créature, qui en fréquentant le Christ, a vécu et régné au-dessus des cieux, et s’est placée au-dessus de tout pouvoir et autorité. Combien de Faveurs, Privilèges, Avantages Dieu ne t’a-t-il pas conférés ? Tu as pris place au-dessus des cieux par la Contemplation, conçu le mouvement et la grandeur des étoiles ; tu as parlé aux Anges, oui, oui, à Dieu lui-même ; tu possèdes toutes les Créatures en ton pouvoir, et maintiens les Démons soumis. Pour ta honte, ne défigure pas ta Nature, ou ne te rends pas indigne de tels dons, ou ne te prive de toi-même de ces grands Pouvoir, Gloire et Bénédiction que Dieu t’a accordés, en écartant de toi la peur que tu dois éprouver de lui, à posséder quelques plaisirs imparfaits. Considère ton Dieu, et un peu ton art personnel, et mets-le au service de Dieu ; à présent, reçois l’enseignement : comment en ta pratique je souhaiterais que tu te conduises. Quand chaque jour tu converseras avec les cieux, éduque ton esprit et le façonne conformément à l’image de la Divinité ; apprends tous les ornements de la Vertu, sois-en suffisamment instruit ; sois humain, courtois, familier pour tous, d’un abord facile, n’afflige point les malheureux en les terrorisant d’un sévère jugement ; en ces cas, fais-leur savoir graduellement leur pénible destin ; amène-les à en appeler à Dieu afin qu’il écarte ses jugements qui pèsent sur leurs têtes ; sois modeste, fréquente les gens instruits, civils, et sobres, ne jalouse rien de futile ; donne volontiers au pauvre, à la fois ton argent et ton jugement : ne laisse pas les richesses terrestres te faire émettre un jugement erroné, ou qui puisse déshonorer l’Art, ou cette Science divine. Aime les hommes bons, prends soin de ces honnêtes gens qui étudient cet Art avec leur cœur. Sois parcimonieux quand tu donnes un Jugement contre le gouvernement du pays où tu résides. Ne donne pas de jugement sur la mort de ton Prince ; mais moi, je sais par expérience, que Reges Subjucent Legibus Stellarum.[1] Epouse une femme de ta propre volonté ; réjouis-toi au sein de tes amis, évite procès et disputes ; En ton Etude, soit Totus in Illis[2] au point d’être Singulus[3] en l’Art ; ne soit pas extravagant ou désireux d’apprendre chaque Science, ne soit pas Aliquid in Omnibus[4] ; sois fidèle, résolu, ne trahis les secrets de personne, au contraire, je te conjure de ne jamais divulguer la confiance qu’on te fait, soit-elle celle d’un ami ou d’un ennemi. Enseigne à tous de bien vivre, sois un bon exemple toi-même, évite les modes passagères, aime ton pays natal, n’apporte pas de preuve contre personne, pas même un ennemi ; ne t’alarme pas si on dit du mal de toi, Conscientia Mille Testes.[5] Dieu ne permet pas au péché de rester impuni, ni au mensonge de ne pas être rectifié. (Traduction Patricia Depasse)



William Lilly




[1] Les rois sont soumis aux lois des étoiles.
[2] Implique-toi tout entier.
[3] A l’écart.
[4] De tout un peu, touche-à-tout.
[5] La conscience est dans mille têtes ; à rapprocher de l’autre phrase latine : autant de têtes, autant d’avis.

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