Introduction
Une
typologie forte intéressante est celle élaborée par Gaston Bachelard sur le
symbolisme de l’imagination créatrice.
Gaston Bachelard a pu dégager quatre
grands types d’imagination conditionnés respectivement par les quatre
éléments traditionnels. On aurait ainsi quatre grandes familles de
poètes qui se caractérisent par leurs images familières :
-
Des poètes du Feu ;
-
Des poètes de la Terre :
-
Des poètes de l’Air ;
-
Des poètes de l’Eau.
Ainsi Gaston
Bachelard, dans son ouvrage La Psychanalyse du Feu (Editions
Gallimard) écrit :
“Il nous
semble bien qu’il y a quelque rapport entre la doctrine des quatre éléments
physiques et la doctrine des quatre tempéraments. En tout cas les âmes qui
rêvent sous le signe du feu, sous le signe de l’eau, sous le signe de l’air,
sous le signe de terre se révèlent comme bien différentes. En particulier,
l’eau et le feu restent ennemis jusque dans la rêverie et celui qui écoute le
ruisseau ne peut guère comprendre celui qui entend chanter les flammes :
ils ne parlent pas la même langue.
En développant, dans toute sa généralité, cette Physique, ou cette Chimie de la rêverie, on arrive facilement à une doctrine tétravalente des tempéraments poétiques. En effet, la tétravalence de la rêverie est aussi nette, aussi productive, que la tétravalence chimique du charbon. La rêverie a quatre domaines, quatre pointes par lesquelles elle s’élance dans l’espace infini. Pour forcer le secret d’un vrai poète, d’un poète sincère, d’un poète fidèle à sa langue originelle, sourd aux échos discordants de l’éclectisme sensible qui voudrait jouer de tous les sens, un mot suffit : « Dis-moi quel est ton fantôme ? Est-ce le gnôme, la salamandre, l’ondine ou la sylphide ? » Or, - l’a-t-on remarqué ? – tous ces êtres chimériques sont formés et nourris d’une matière unique : le gnôme terrestre et condensé vit dans la fissure du rocher, gardien du minéral et de l’or, gorgé des substances les plus compactes ; le salamandre tout en feu se dévore dans sa propre flamme ; l’ondine des eaux glisse sans bruit sur l’étang et se nourrit de son reflet ; la sylphide que la moindre substance alourdit, que le moindre alcool effarouche, qui se fâcherait peut-être d’un fumeur qui « souille son élément » s’élève sans peine dans le ciel bleu, heureuse de son anorexie.” (Op. cit. Page 147/148).
Ces images fondamentales qui s’imposent aux poètes ne sont pas isolées ; elles commandent de véritables réseaux d’images qui ont tendance à s’engendrer les unes les autres, à se répondre, à se grouper selon des rapports d’analogie subtils mais persistants.
En développant, dans toute sa généralité, cette Physique, ou cette Chimie de la rêverie, on arrive facilement à une doctrine tétravalente des tempéraments poétiques. En effet, la tétravalence de la rêverie est aussi nette, aussi productive, que la tétravalence chimique du charbon. La rêverie a quatre domaines, quatre pointes par lesquelles elle s’élance dans l’espace infini. Pour forcer le secret d’un vrai poète, d’un poète sincère, d’un poète fidèle à sa langue originelle, sourd aux échos discordants de l’éclectisme sensible qui voudrait jouer de tous les sens, un mot suffit : « Dis-moi quel est ton fantôme ? Est-ce le gnôme, la salamandre, l’ondine ou la sylphide ? » Or, - l’a-t-on remarqué ? – tous ces êtres chimériques sont formés et nourris d’une matière unique : le gnôme terrestre et condensé vit dans la fissure du rocher, gardien du minéral et de l’or, gorgé des substances les plus compactes ; le salamandre tout en feu se dévore dans sa propre flamme ; l’ondine des eaux glisse sans bruit sur l’étang et se nourrit de son reflet ; la sylphide que la moindre substance alourdit, que le moindre alcool effarouche, qui se fâcherait peut-être d’un fumeur qui « souille son élément » s’élève sans peine dans le ciel bleu, heureuse de son anorexie.” (Op. cit. Page 147/148).
Ces images fondamentales qui s’imposent aux poètes ne sont pas isolées ; elles commandent de véritables réseaux d’images qui ont tendance à s’engendrer les unes les autres, à se répondre, à se grouper selon des rapports d’analogie subtils mais persistants.
C’est ainsi
que le professeur Guy Michaud, qui a repris cette recherche,
déclare : “qu’à l’image de l’Eau s’associent volontiers les
images végétales, donc le vert, et aussi la lune, la pâleur, le reflet, les
demi-teintes, tandis que l’image du Feu entraîne généralement avec elle
les images animales et aussi le rouge vif, le soleil, les sonorités éclatantes
des trompettes et des cors.”
Il faut procéder à un véritable recensement d’images dans l’œuvre de chaque poète, afin de définir d’une façon concrète et objective des structures mentales-types ou du moins les types d’imagination en question.
Il faut procéder à un véritable recensement d’images dans l’œuvre de chaque poète, afin de définir d’une façon concrète et objective des structures mentales-types ou du moins les types d’imagination en question.
D’une façon
plus générale, dit-il, il y a chez tout écrivain UNE VIE DES IMAGES qui
constitue un monde sans cesse en mouvement, et il n’est pas rare de voir chez
le même auteur des composantes tempéramentales se traduire par une sorte de “panaché”
d’images qui s’appellent ou se repoussent suivant une formule spécifique du
caractère personnel.
Gaston
Bachelard parle d’une véritable LOI DES QUATRE ÉLÉMENTS dans le règne de
l’imagination, qui s’étend à tous les domaines de l’imaginaire.
Il cite à ce
propos un vieil auteur, Lessius, qui plaçait le rêve sous la
dépendance des quatre éléments : “Les songes des Bilieux sont de
feux, d’incendies, de guerres, de meurtres ; ceux des Mélancoliques
d’enterrements, de sépulcres, de spectres, de fuites, de fosses, de toutes
choses tristes ; ceux des Pituiteux de lacs, de fleuves,
d’inondations, de naufrages ; ceux des Sanguins de vols d’oiseaux,
de courses, de festins, de concerts, de choses même que l’on n’ose
nommer.”
Il estime donc
qu’à un ÉLÉMENT on puisse rattacher un TYPE de REVERIE qui
commande les croyances, les passions, l’idéal, la philosophie de toute une
vie ; et il y parle, par exemple, d’une esthétique, d’une psychologie,
d’une morale, d’une poétique et d’une philosophie du FEU.
“La rêverie
reprend sans cesse les thèmes primitifs, travaille sans cesse comme une âme
primitive, en dépit des succès de la pensée élaborée, contre l’instruction même
des expériences scientifiques.” (Op. cit. page 13).
Nous
avons donc là une classification de premier ordre qui englobe tout un UNIVERS
de l’HOMME et qui ne s’adresse pas seulement au poète, au peintre ;
mais c’est ici surtout où l’imaginaire règne en maître, qu’il est le plus
facilement décelable.
Pour
nous autres, astrologues, il n’y a même pas de transposition à faire,
puisque la base de cette typologie est NÔTRE : les ÉLÉMENTS.
Ceci nous
autorise à dire qu’une telle classification est d’essence astrologique et
confirme la validité psychologique des bases typologiques
de l’astrologie. A notre avis, cette nouvelle étude n’est qu’un prolongement
sur un autre plan – celui de
l’imagination – de la classification tempéramentale (Cours n°1 du Deuxième
Niveau : Les Tempéraments selon Hippocrate).
Au surplus,
rien n’est plus déterminé, astrologiquement, que ces images recherchées à la
racine même de la force imaginante ; c’est le lieu idéal où
l’HOMME participe à la VIE UNIVERSELLE.
C’est donc surtout ici que l’astrologie doit donner un fidèle écho à la vérité profonde de l’humain.
C’est donc surtout ici que l’astrologie doit donner un fidèle écho à la vérité profonde de l’humain.
Gaston Bachelard a vu le jour le 27 juin 1884 à 11 heures à Bar-sur-Aube (Aube).
A la lumière
de la biographie de Jacques Brosse parue dans Le Dictionnaire des Auteurs
(Édition Robert Laffont collection Bouquins), vous allez voir apparaître les
caractéristiques de son thème. Mais
d’abord situons-le :
Le thème est
marqué par les angularités d’Uranus en Vierge, de Mercure et de Saturne en
Gémeaux, tout ceci est la marque d’une hyper-cérébralisation.
Petit-fils de paysans champenois, son père était
cordonnier, cependant il finira dans l’administration des P.T.T. en qualité de
surnuméraire puis de commis.
Gaston
Bachelard n’avait cessé d’apprendre seul à la veillée après le travail du jour.
Ce sont ces soirées laborieuses, cette solitude méditative qu’il évoque dans
son dernier livre La Flamme d’une chandelle paru en 1961.
En
1912, le jeune autodidacte obtient sa licence de mathématiques.
Après
la coupure de la guerre, il entre dans l’enseignement secondaire et reste de
longues années professeur de physique et chimie au collège de Bar-sur-Aube.
Marié
et bientôt veuf, il vit seul avec sa fille Suzanne et se charge de son
éducation. Il n’en poursuit pas moins son ascension universitaire. Agrégé de
philosophie en 1922, il est docteur ès lettres en 1927. Sa thèse : Études
sur l’évolution d’un problème de physique : La propagation thermique dans
les solides marque déjà par son sujet et son esprit la place qu’il occupera
dans l’évolution de la philosophie contemporaine.
En
1927, il publie l’Essai sur la connaissance approchée, où il examine en
savant et en philosophe la connaissance “dans sa tâche d’affinement, de précision,
de clairvoyance”. Avec cet ouvrage apparaissait “dans la sphère de la
philosophie française un style insolite, mûri dans le travail solitaire, loin
des modes et des modèles universitaires ou académiques, un style philosophique
rural” (G. Canguilhem).
Dans
La Valeur inductive de la Relativité, c’est en tant que “méthode de
découverte progressive” qu’est étudiée la théorie de la Relativité, grâce à
laquelle on est passé “d’un enseignement réaliste à un enseignement
relativiste”.
Enfin,
Gaston Bachelard entre à l’Université, il est nommé en 1930 professeur de
Philosophie à la Faculté des lettres de Dijon, poste qu’il occupe dix ans. De
1940 à 1950 il est titulaire de la chaire de philosophie des sciences à la
Sorbonne. Devenu en 1955 professeur honoraire, Gaston Bachelard dirige
l’Institut d’histoire des sciences et est élu membre de l’Académie des sciences
morales et politiques. En 1961, il reçoit le Grand Prix national des lettres.
Après
avoir tenté d’insérer les nouveaux concepts de la chimie au sein de la
philosophie des sciences élargies qu’il s’efforce de promouvoir dans Le
Pluralisme cohérent de la chimie moderne, Gaston Bachelard aborde un
domaine tout nouveau, l’analyse philosophique des œuvres littéraires, avec L’Intuition
de l’Instant. Études sur la Siloë de Gaston Roupnet (1932). Il
conçoit son étude comme une explication des thèmes de l’œuvre, comme l’exposé
des résonances de ceux-ci dans la méditation du lecteur philosophe. Les
Intuitions atomistiques (Essai de clarification) (1933) ouvrent une autre
section de la pensée bachelardienne : l’étude archéologique et
psychanalytique de la pensée scientifique en évolution. C’est déjà sur
l’élémentaire, ici la poussière, que Gaston Bachelard met l’accent. Cet ouvrage
annonce à la fois une œuvre magistrale du philosophe et historien des sciences,
La Formation de l’esprit scientifique : contribution à la psychanalyse
de la connaissance objective, étude systématique de quelques-uns des
concepts aujourd’hui périmés sur lesquels ont vécu les sciences au XVIIe
et au XVIIIe siècle, et la série consacrée à l’étude des éléments à
travers les écrivains et les poètes qui le fit connaître des non-philosophes et
qui débute la même année (1938) avec La Psychanalyse du Feu.
Mais
si Gaston Bachelard se retourne ainsi vers le passé c’est pour mieux montrer la
non-fixité des positions acquises par la science, d’affirmer sa mobilité
nécessaire. Aussi en 1934, dans Le Nouvel Esprit scientifique
souligne-t-il que les anciennes théories ne sont jamais que des cas particuliers
de théories nouvelles plus vastes et qui les englobent. Poursuivant son enquête
épistémologique sur les conditions intellectuelles qui déterminent la marche en
avant de la pensée scientifique, le philosophe examine successivement L’Expérience
de l’espace dans la physique contemporaine, puis en 1951 L’Activité
rationaliste dans la physique contemporaine. Rassemblant les résultats
acquis au fur et à mesure de l’élaboration de ses travaux précédents, Gaston
Bachelard pose les bases de la nouvelle philosophie des sciences. Dans Le
Rationalisme appliqué, il expose le primat théorique de l’erreur : “un
vrai sur fond d’erreur, telle est la forme de la pensée scientifique”, dans La
Philosophie du non, le caractère tout provisoire de l’utilité de
l’intuition : “Les intuitions sont très utiles : elles servent à être
détruites.” Enfin, Le Matérialisme rationnel (1953) reconsidère “le
matérialisme de la matière” et annonce l’avènement d’un nouveau rationalisme
matérialiste, d’un matérialisme ordonné, déjà sous-jacent dans la science
contemporaine.
C’est
avec cinq ouvrages parus de 1938 à 1948 : La Psychanalyse du feu ;
L’Eau et les Rêves ; L’Air et les Songes ; La Terre
et les Rêveries de la volonté ; La Terre et les Rêveries du repos
et également grâce à ses cours de Sorbonne auxquels assistaient, à côté des
étudiants, quelques-uns des écrivains et des artistes les plus éminents, que
Gaston Bachelard dut d’exercer une influence qui dépassa de beaucoup le cadre
de l’Université. A cette série d’études sur la rêverie spontanée qui donne
naissance à l’œuvre littéraire, se rattachent naturellement La Dialectique
de la durée, “propédeutique à une philosophie du repos” au moyen de la
“rythmanalyse”, La Poétique de l’Espace et La Poétique de la rêverie,
dans lesquelles la pensée de Gaston Bachelard, sans rien perdre de sa prudence
critique, aboutit à une ample méditation sur l’Universel.
Il
devait quitter ce monde le 16 octobre 1962.
LE FEU
La rêverie est extrêmement différente du rêve par cela
même qu’elle est toujours plus ou moins centrée sur un objet. Le rêve chemine
linéairement, oubliant son chemin en courant. La rêverie travaille en étoile.
Elle revient à son centre pour lancer de nouveaux rayons.
La transformation :
De tout temps, les chimistes et
les physiciens ont été préoccupés par la composition du Feu. En effet, il ne se
laisse pas contenir sagement comme l’eau, l’air ou la terre, car privé de
combustible il s’éteint et disparaît. Il lui faut donc un aliment pour
l’entretenir et tenter de le capturer momentanément. Le feu n’existe que dans
l’action de brûler et que dans la transformation de quelque chose qui brûle.
Ainsi, ce sont là les premières caractéristiques de sa symbolique
psychologique.
Point de dynamisme sans une
énergie à dépenser et sans motivation à satisfaire, le combustible épuisé le
feu s’éteint, mais que l’on jette une nouvelle bûche et immédiatement la flamme
se réanime. Ainsi, l’homme de feu se jette avec passion dans une nouvelle
entreprise en ayant le sentiment de s’accomplir pleinement, car l’homme de feu
ne vit que dans la dynamique de la flamme.
Par sa complexion même le feu
est transformation.
La notion de
création et de sexualité :
Dans la nature, le feu ne se
rencontre pas à l’état naturel à la surface de la Terre, il n’est stabilisé que
par les autres éléments et l’homme de la préhistoire ne le voyait
qu’épisodiquement sortir de la gueule des volcans en éruption ou flamboyer dans
le foyer des incendies allumés par la foudre. Mais les volcans se calment et les
incendies s’éteignent, la flamme se rapetisse pour mourir dans ses cendres et
l’homme se retrouve, à partir de ce moment-là, en face des seuls éléments Terre, Air et Eau. Certes, en haut
dans le ciel il y a le Soleil et les étoiles, mais ils sont inaccessibles et on
ne peut acquérir le feu.
Comment posséder le feu comme
on tient la terre, comme on respire l’air ou comme on puise l’eau ? Il a
donc fallu recréer le feu sur la terre et ceci est l’œuvre de l’homme.
Peut-être a-t-on commencé par
recueillir le feu des incendies naturels et à l’entretenir patiemment jours
après nuits ?
Cette méthode précaire et
fastidieuse a bientôt fait place à la création spontanée du feu par le
frottement de deux pièces de bois l’une contre l’autre. Dans un morceau de bois
évidé rempli de copeaux, on fait tourner très vivement un bâtonné et de
l’échauffement intense du frottement naît une flamme qui se nourrit des
copeaux.
Les raisons objectives
invoquées pour expliquer comment les hommes auraient été conduits à imaginer ce
procédé sont bien faibles. Souvent l’homme pratique le bio mimétique,
c’est-à-dire qu’il s’inspire de la nature qui est une grande pourvoyeuse
d’idées. Mais, Gaston Bachelard constate que la nature n’offre aucun exemple de
la sorte. Il écrit à ce sujet : “Aucune des pratiques fondées sur le
frottement, en usage chez les peuples primitifs pour produire le feu, ne peut
être suggérée directement par un phénomène naturel.”
De son côté, August
Wilhelm von Schlegel
fait remarquer que “la seule invention du feu, pierre angulaire
de tout l’édifice de la culture, comme l’exprime si bien la fable de Prométhée,
dans la supposition de l’état brut, présente des difficultés insurmontables.
Rien de plus trivial pour nous que le feu ; mais l’homme aurait pu errer
des milliers d’années dans les déserts, sans en avoir vu une seule fois sur le
sol terrestre. Accordons-lui un volcan en éruption, une forêt embrasée par la
foudre : endurci dans sa nudité contre l’intempérie des saisons, sera-t-il
accouru tout de suite pour s’y chauffer ? n’aura-t-il pas plutôt pris la
fuite ? L’aspect du feu épouvante la plupart des animaux, excepté ceux
qui, par la vie domestique s’y sont habitués… Même après avoir éprouvé les
effets bienfaisants d’un feu que lui offrait la nature, comment l’aurait-il
conservé ?… Comment une fois éteint aurait-il su le rallumer ? Que
deux morceaux de bois sec soient tombés pour la première fois entre les mains
d’un sauvage, par quelle indication de l’expérience devinera-t-il qu’ils
peuvent s’enflammer par un frottement rapide et longtemps continué ?”
Les psychologues et les
psychanalystes pensent que l’origine en est sexuelle. En effet, l’idée du
frottement aurait été suggérée par l’acte sexuel qui produit par l’échauffement
des sens le feu extatique de la jouissance.
Gaston Bachelard écrit : “Si
une explication rationnelle et objective est vraiment peu satisfaisante pour
rendre compte d’une découverte par un esprit primitif, une explication
psychanalytique, pour aventureuse qu’elle semble, doit finalement être l’explication
psychologique véritable.
En premier lieu, il faut
reconnaître que le frottement est une expérience fortement sexualisée. En
second lieu, si l’on veut bien systématiser les indications d’une psychanalyse
spéciale des impressions calorigènes, on va se convaincre que l’essai objectif
de produire le feu par le frottement est suggéré par des expériences intimes.
En tout cas, c’est de ce côté que le circuit est le plus court entre le
phénomène du feu et sa reproduction. L’amour est la première hypothèse
scientifique pour la reproduction objective du feu.”
Dès qu’on a formulé cette
remarque psychanalytique, une foule de légendes et de coutumes s’expliquent
aisément ; des expressions curieuses, mêlées inconsciemment à des
explications rationalisées s’éclairent d’un jour nouveau.
Par conséquent, dans la
psychologie du Feu appliquée à l’homme, il ne faudra pas négliger cette notion
de sexualité. C’est une sexualité active et virile (Mars). Lorsque le feu est
bien intégré dans une personnalité, il montre une sexualité importante et
franche qui va de la flambée du coup de foudre (Bélier) aux passions brûlantes
(Lion) et aux sentiments idéalisés (Sagittaire).
Le complexe de
Prométhée et la notion de progrès :
Cette conquête prométhéenne du
feu, qui est création, sépare définitivement l’homme de l’animal.
Si le feu va nourrir les
rêveries des soirées de lumière et de chaleur gagnées sur le jour dès l’âge
préhistorique, il va aussi dans un premier temps servir de protection efficace
contre les bêtes sauvages en les tenant en respect. Et dans un second temps, il
sera à l’origine d’un immense progrès scientifique. En effet, sans le feu
domestiqué, la métallurgie n’aurait pas existé. Le feu a permis l’invention du
socle de la charrue et hélas aussi, celle des armes.
“Prométhée est un amant
vigoureux plutôt qu’un philosophe intelligent et la vengeance des dieux est une
vengeance de jaloux”
Le feu donne la puissance et
autorise la conquête. Puisant dans l’oxygène de l’air il peut fondre le métal
de la terre et le cristal de la roche ; il peut aussi cuire la poterie et
bouillir l’eau. Utilisant ainsi à son profit les autres éléments, il les
manipule et les transforme et participe ainsi à d’alchimiques créations.
Il est intéressant de noter que
l’électricité qui est rattachée au feu, fut aussi à connotation sexuelle.
Gaston Bachelard écrit : “Sur l’idée du frottement, dont nous venons de
souligner l’évidente sexualité première, nous allons retrouver, pour
l’électricité, tout ce que nous avons dit sur le feu.” Il dit encore :
“Quand les harmoniques
sexuelles inconscientes du frottement viennent à manquer, quand elles résonnent
mal dans des âmes sèches et raides, aussitôt le frottement, rendu à son aspect
purement mécanique, perd son pouvoir d’explication. De ce point de vue, on
pourrait peut-être rendre compte psychanalytiquement des longues résistances
qu’a rencontrées la théorie cinétique de la chaleur. Cette théorie très claire
pour la représentation consciente, très suffisante pour un esprit sincèrement
positiviste, paraît sans profondeur – entendons : sans satisfaction
inconsciente – à un esprit préscientifique.”
A son image, l’homme de feu, en
sa plus parfaite expression est atteint par un complexe de Prométhée qui le
porte à aller toujours plus avant, à voir toujours plus grand et à monter
toujours plus haut, il connaît l’exaltation de la volonté de se dépasser et
Gaston Bachelard écrit :
“Nous nous proposons donc de
ranger sous le nom de complexe de Prométhée toutes les tendances qui
nous poussent à savoir autant que nos pères, autant que nos maîtres,
plus que nos maîtres.”
Ce “plus” est la marque du Feu
et du complexe de Prométhée. Par conséquent, le complexe de Prométhée est
moteur de dépassement, il donne de la témérité aux conquérants, de l’assurance
aux chefs, de l’audace au savant qui pressent une découverte révolutionnaire.
Mais le complexe de Prométhée
donne aussi le goût du risque, car c’est lui qui pousse l’enfant (ou l’adulte)
à jouer avec le feu et ce malgré les interdits.
A travers sa dynamique et son
complexe de Prométhée, le Feu porte en lui un devenir. Gaston Bachelard
écrit : “Le Feu est pour l’homme qui le contemple un exemple de prompt
devenir et un exemple de devenir circonstancié. Moins monotone et moins
abstrait que l’eau qui coule, plus prompt même à croître et à changer que
l’oiseau au nid surveillé chaque jour dans le buisson, le feu suggère le désir
de changer, de brusquer le temps, de porter toute la vie à son terme, à son
au-delà. Alors la rêverie est vraiment prenante et dramatique ; elle amplifie
le destin humain ; elle relie le petit au grand, le foyer au volcan, la
vie d’une bûche et la vie d’un monde.”
La notion de
changement :
Si tout ce qui change lentement
s’explique par la vie, tout ce qui change vite s’explique par le feu. Le feu est
l’ultra-vivant, il est le facteur premier du phénomène. En effet, on ne peut
parler d’un monde du phénomène, d’un monde des apparences que devant un monde
qui change d’apparence. Or, primitivement seuls les changements par le feu sont
des changements profonds, frappants, rapides, merveilleux et définitifs. Par le
feu tout change. “Quand on veut que tout change, on appelle le feu”
conclut Gaston Bachelard.
Ainsi, par sa nature même, et
ne s’immobilisant pas dans le présent, le feu n’existe donc que dans le
changement. L’homme de feu n’est pas celui qui demeure immuablement le même,
mais il est celui qui, toujours en action, est à la recherche prométhéenne d’un
plus être. Il se modifie d’instant en instant et ne trouve son véritable
accomplissement que dans ses perpétuelles transformations.
Il ne vit que de libérations
successives, dégagé des attaches du passé, tourné vers ce qui va être, l’homme
de feu vaut par ce qu’il devient.
Cette avancée vers un devenir
est fort bien symbolisée par l’image de la flamme qui monte et s’élance vers le
haut. Dans sa plus idéale expression, il y a une force qui pousse l’homme du
feu à vaincre en quelque sorte la pesanteur et à se dégager des contingences
terrestres.
Nous venons d’employer le mot
“force”, comme plus haut nous avons parlé de “puissance”. C’est qu’il ne faut
pas négliger le caractère énergétique du feu, car cette énergie se cumule tout
aussi bien dans le cylindre du moteur qu’elle se comprime dans le muscle tendu
du fauve pour permettre, par une brusque détente, le bond en avant.
Nous en venons, par cette
dernière considération, à la notion de discontinuité. En effet, l’action du feu
suit une courbe : après une forte montée la flamme retombe, il n’y a pas
d’économie d’énergie. A savoir que la quantité de combustible, autrement-dit,
la force de la motivation, pour l’homme de feu, détermine beaucoup plus la
qualité de la flamme que sa durée. De ce fait, la régularité et la mesure ne
sont point des vertus de l’homme de feu qui agit plutôt par flambées
successives au fur et à mesure qu’arrive dans son psychisme le combustible de
la motivation immédiate. Par conséquent, le feu est le devenir, mais non le
devenir à long terme, car le devenir ne l’intéresse principalement que pour sa
nouveauté immédiate. L’homme de feu est un intensif.
La socialisation du
feu :
Le feu que nous avons à notre
disposition et qu’une simple allumette fait apparaître comme par magie est,
comme l’a si bien défini Gaston Bachelard, un être social.
“Pour voir le bien-fondé de
cette remarque, il n’est pas besoin de développer des considérations sur le
rôle du feu dans les sociétés primitives, ni d’insister sur les difficultés
techniques de l’entretien du feu ; il suffit de faire de la psychologie
positive, en examinant la structure et l’éducation d’un esprit civilisé. En
fait, le respect du feu est un respect enseigné.”
En effet, l’enfant vis-à-vis du
feu reçoit des interdits de la part de ses parents et éducateurs, du style :
“Attention, tu vas te brûler !” ou bien, “il est interdit de s’approcher
du feu” sous entendant par là : au risque de se brûler, etc.
Gaston Bachelard ajoute : “La brûlure,
c’est-à-dire l’inhibition naturelle, en confirmant les interdictions sociales
ne fait que donner, aux yeux de l’enfant, plus de valeur à l’intelligence
paternelle. Il y a donc, à la base de la connaissance enfantine du feu, une
interférence du naturel et du social où le social est presque toujours
dominant. Peut-être le verra-t-on mieux si l’on compare la piqûre et la
brûlure. Elles donnent, l’une et l’autre, lieu à des réflexes. Pourquoi les
pointes ne sont-elles pas, comme le feu, objet de respect et de crainte ?
C’est précisément parce que les interdictions sociales concernant les pointes
sont de beaucoup plus faibles que les interdictions concernant le feu.”
Cette articulation est très
importante, puisque l’Air et le Feu sont des éléments qui sont, par essence
extravertis.
La notion de vie :
Par le mouvement de ses flammes
qui bougent sans cesse, le feu suggère la vie. A ce propos on remarque que le
feu s’identifie au verbe “être”. D’ailleurs nous en avons la preuve dans
l’expression “feu un tel” pour désigner une personne défunte. Le terme “feu”
est ici l’évolution linguistique de “fut” à savoir : “Il fut un tel.” De
même, le feu de bois est une allusion à la pensée : “Il fut du bois.”
Donc le feu concerne l’être.
Le feu suggère la vie et ce non
seulement par ses mouvements mais aussi par sa chaleur. Il irradie cette
chaleur qui est symbole de vie. Au contraire, la mort, par essence est froide,
ne parle t-on pas de “froid cadavérique” et la neige silencieuse qui nimbe les
paysages est souvent comparée au linceul car elle pose sur la nature une chape
de froid qui semble arrêter toute vie : “Ce que je reconnais de vivant,
s’exprime Gaston Bachelard, d’immédiatement vivant, c’est ce que je
reconnais comme chaud. La chaleur est la preuve par excellence de la richesse
et de la permanence substantielles ; elle seule donne un sens immédiat à
l’intensivité vitale, à l’intensité d’être.”
Ce n’est pas par hasard que
l’on nomme “eau de vie” un alcool qui donne une intense sensation de chaleur en
le buvant. D’ailleurs, les Indiens d’Amérique nommaient l’alcool “l’eau de
feu”.
Au sens figuré, nous pourrons
donc qualifier d’être vivant celui qui possède une personnalité rayonnante et
chaleureuse.
La notion de lumière :
Dispensateur de chaleur, le feu
est aussi source de lumière. Cette articulation est importante. Les rayons du
soleil venus du fond des espaces nous libèrent des ténèbres, et la lumière de
la lampe prolonge ce jour que la rotation terrestre nous dérobe chaque soir.
Cette lumière qui est fille du feu, engendre des symboles très riches et très
complexes.
Eclairant le créé, elle sort de
l’ombre les choses, elle les met en “lumière”. Elle met donc à l’évidence des
yeux les choses et par là même, sa clarté devient synonyme de conscience et de
lucidité. Ainsi, avec elle le doute est levé. Dans le psychisme humain, la
lumière lutte contre les ténèbres de l’inconscient.
Ainsi, après le feu de l’élan
pulsionnel, primitif et instinctif qui pousse l’être à agir (Bélier-Mars) nous
accédons à la dialectique du feu lumière qui éclaire les zones conscientes du
psychisme (Lion-Soleil). Portée à son plus ultime accomplissement, cette
lumière peut devenir l’illumination spirituelle (Soleil) et le feu s’identifie
alors avec l’esprit et devient le feu Dieu : le feu primordial, le feu
créateur de l’univers tant matériel que spirituel. Dans la religion chrétienne
c’est l’esprit saint qui descend vers l’homme le jour de la Pentecôte sous
forme d’une flamme. C’est, dans toutes les religions, l’image de la
lumière : le “Fiat”. Gaston Bachelard écrit : “Le feu lui-même
n’est pas le vrai feu, il n’est que le feu flambant, brillant, cendrant.
Lointaine image du vrai feu, du feu lumière, du feu pur, du feu substantiel, du
feu principe. Du feu sexualisé que produit l’homme primitif au feu mystique, la
gamme entière des diverses zones du psychisme humain et des possibilités de
l’esprit est parcourue. C’est la symbolique de la lumière qui permet
d’atteindre à cette ultime et incomparable hauteur, car seule, la lumière
autorise l’idéalisation du feu. Elle permet de faire de la lampe du profane le
phare du mystique et du saint.”
Pour Rainer Maria Rilke : “Être
aimé veut dire se consumer dans la flamme ; aimer c’est luire d’une
lumière inépuisable”. Car aimer, c’est échapper au doute, c’est vivre dans
l’évidence du cœur.
La Passion et la
dialectique Amour/Haine :
L’action du feu, source de vie,
dispensateur de chaleur et de lumière ne s’arrête pas là. En effet, le feu
rayonne aussi dans la sphère affective, c’est justement parce qu’il est source
de vie que le feu préside à l’amour et mieux encore, à cette dialectique
fondamentale qui régit tant la matière que l’esprit, c’est la dialectique de
l’attraction et de la répulsion, la dialectique de l’amour et de la haine.
La chaleur du feu se prête à la
température des sentiments et sa lumière éclaire brillamment la certitude des
penchants et c’est la flambée exaltante de l’amour et la flambée dévorante de
la haine qui attise au besoin l’esprit de vengeance. De l’amour à la haine
crépitent les étincelles de la passion, car c’est au feu que revient le
privilège d’éveiller la passion. Et l’on comprend pourquoi le feu alimente de
tels extrêmes puisque c’est l’élément qui, selon Gaston Bachelard, reçoit aussi
nettement les deux valorisations contraires : le bien et le mal. Gaston
Bachelard écrit : “Le feu vit dans le ciel. Il monte des profondeurs de
la substance et s’offre comme un amour. Il redescend dans la matière et se
cache, latent, contenu comme la haine et la vengeance. Parmi tous les
phénomènes, il est vraiment le seul qui puisse recevoir aussi nettement les
deux valorisations contraires : le bien et le mal. Il est douceur au Paradis.
Il brûle à l’Enfer. Il est douceur et torture. Il est cuisine et apocalypse. Il
est plaisir pour l’enfant assis sagement près du foyer ; il punit
cependant de toute désobéissance quand on veut jouer de trop près avec ses
flammes. Il est bien-être et il est respect. C’est un dieu tutélaire et
terrible, bon et mauvais. Il peut se contredire : il est donc un des
principes d’explication universelle.”
Ceci est très important, parce
que dans les thèmes on trouvera effectivement des individus toujours aux
extrêmes : des mystiques passionnés, des assassins sanglants. Les gens qui
sont marqués par le feu sont très vivants dans tous les sens du terme. Ici
apparaît l’ange et le démon…
Le feu signe le mal et le péché
et particulièrement le péché de chair.
L’être qui est pris dans les
affres torturants de la passion et dans les débordements d’une hyper-sexualité
envahissante, est brûlé par un feu intérieur dévorant. “Toute lutte contre
les impulsions sexuelles doit donc être symbolisée par une lutte contre le
feu.”
Ainsi, il y a un feu
destructeur, auteur d’incendie et de crime, il y a un feu impur origine de la
fièvre et de mal des ardents. Mais si le feu brûle en enfer ce n’est pas pour
consumer le juste, au contraire, c’est pour torturer le pervers et s’il est un
lieu de punition l’Enfer est aussi un lieu d’expiation. C’est là un paradoxe du
feu qui d’impur devient purificateur. Dans les écritures il est dit que : le
feu embrasera le monde au jugement dernier (Apocalypse de Saint-Jean).
Le feu qui sur terre désodorise
la pourriture, détruit la mauvaise herbe, cautérise et assainit la plaie
infectée, en l’âme il peut brûler d’une flamme si claire qu’elle tend à
ressembler à la grande flamme primordiale qui pour l’initié représente le
sommet de la perfection, c’est-à-dire Dieu.
Ainsi, il y a destruction, et
cette destruction est utilisée en sa phase la plus haute, la destruction par le
feu devient purification et elle permet d’accéder à la perfection et de
retourner à ce feu primordial de la béatitude éternelle.
Le complexe
d’Empédocle :
Cette dialectique
destruction/purification a donné naissance à ce que Gaston Bachelard appelle si
justement : “le complexe d’Empédocle”. Qui est Empédocle ?
A ce nom s’identifie un
philosophe et médecin d’Agrigente, ville de l’ancienne Sicile. Il vécut au Ve
siècle avant notre Ere. On assure qu’il se précipita dans la gueule du volcan
l’Etna dans le but de faire croire qu’au moment de sa mort son corps aurait
complètement disparu de la terre –exactement comme le Christ plus tard. De
telle sorte que ses contemporains le croiraient remonté au ciel. Mais, le
volcan était perfide et il vomit les sandales du philosophe comme pour révéler
la supercherie de cet orgueilleux suicide…
L’histoire légendaire
d’Empédocle sert de base au complexe de la mort par le feu. Pour des raisons
d’un sublime idéal ou pour des causes névrotiques il y a l’appel du bûcher d’un
Savonarole, le suicide sacrificiel par le feu des Bonzes ou d’un Jan Palach,
désir d’un anéantissement par les flammes d’un d’Annuzio. Pour lors aucune
corrélation astrologique n’a été tentée sur cette tendance. Cependant, à la
lumière de quelques thèmes examinés, il semble que le feu de Mars et de Pluton
préside à son élaboration dans le psychisme.
Le 16 janvier 1969 à Prague, un
étudiant du nom de Jan Palach s’immole par le feu sur la place Venceslas pour
protester contre l’occupation soviétique.
Les coordonnées natales de Jan
Palach ont été obtenues après bien des recherches et des difficultés
grâce à un astrologue tchèque R. Guyonvarch qui a pu obtenir de la mère de
l’intéressé la date du 11 août 1948 à 22 heures 30 minutes. Concernant le lieu
de naissance, on sait seulement que Palach est né dans une petite bourgade de
l’Est, donc proche de la Russie.
Si on calcule le thème pour les
environs d’Ostrava pour le 11 août 1948 à 22 heures 30 minutes, nous obtenons
la figure ci-dessous.
Le thème présente un AS en
Taureau, Vénus s’identifierait par conjonction à Uranus. Cette conjonction est
au semi-carré du groupe Soleil-Mercure-Saturne-Pluton en Lion et Vénus est au
carré de Neptune, de telle sorte que les deux conjonctions : Vénus-Uranus
et Neptune-Mars se trouvent en quadrature par l’entremise du carré
Vénus-Neptune. Notons que Mars est au carré du MC et que Saturne et Pluton sont
pris entre les deux luminaires : par conjonction au Soleil et au carré de
la Lune. En outre, la triplice du Lion est la marque d’un complexe de
culpabilité au semi-carré du Maître d’AS (Vénus). Mars au carré de Vénus, par
l’entremise de Neptune montre que l’agressivité (Mars) se retourne contre le
Moi (Vénus Maître d’AS). Au niveau psychanalytique, le thème présente pas mal
de complexes à teneur névrotique.
Vu
l’incertitude du thème on ne peut pas trop s’avancer dans l’interprétation,
mais, nous voyons quand même, que les planètes dures comme Saturne et Pluton
sont valorisées par les luminaires. En outre, en Lion signe de représentation,
il est vrai que cet acte fut filmé par les médias du monde entier et que ceci a
bouleversé l’opinion internationale. En outre, le Jupiter en VIII est à l’image
d’obsèques grandioses et médiatiques qui eurent lieu le 19 janvier 1969.
Gaston Bachelard cite George
Sand qui dans une œuvre de jeunesse Histoire du rêveur, écrite bien avant
son premier voyage en Italie, avant le premier volcan, après le mariage mais
avant son premier amour.
Son thème est marqué par le Feu
: Mars qui s’approche du couchant, au carré du MC et au semi-carré du Soleil,
puis il est maître de la Lune en Bélier. Notons que Pluton est au trigone de
l’AS, au sesqui-carré du MC, au trigone du Soleil et il est maître de l’AS
Scorpion. En outre, Vénus angulaire au MC est dans le signe de feu du Lion. Il
y a aussi une griffe de l’élément aérien par le lever de Jupiter et
l’angularité de Vénus.
Mais comme la rêverie est pour
nous plus instructive que le rêve, suivons George Sand.
Pour voir au petit matin la
Sicile en feu sur la mer étincelante, le voyageur gravit les pentes de l’Etna à
la nuit tombante. Il s’arrête pour dormir dans la Grotte des Chèvres, mais ne
pouvant trouver le sommeil, il rêve devant le feu de bouleau ; il reste
naturellement “les coudes appuyés sur ses genoux et ses yeux fixés sur la
braise rouge de son foyer, d’où s’échappaient sous mille formes et avec mille
ondulations variées, des flammes blanches et bleues. C’est là pensait-il, une
image réduite des jeux de la flamme et des mouvements de la lave dans les
irruptions de l’Etna. Que ne suis-je appelé à contempler cet admirable
spectacle dans toutes ses horreurs ?” Mais, comme pour mieux nous
indiquer l’axe de sa rêverie amplifiante, l’auteur continue : “Que
n’ai-je les yeux d’une fourmi pour admirer ce bouleau embrasé ; avec quels
transports de joie aveugle et de frénésie d’amante, ces essaims de petites
phalènes blanchâtres viennent s’y précipiter ! Voilà pour elles le volcan
dans toute sa majesté ! Voilà le spectacle d’un immense incendie. Cette
lumière éclatante les enivre et les exalte comme ferait pour moi la vue de
toute la forêt embrasée.”
Dès que la rêverie est
concentrée, apparaît le génie du volcan. “Viens mon roi. Ceins ta couronne
de flamme blanche et de souffre bleu d’où s’échappe une pluie étincelante de
diamants et de saphyrs !” Et le rêveur, prêt au sacrifice,
répond : “Me voici ! enveloppe-moi dans des fleuves de lave
ardente, presse-moi dans tes bras de feu, comme un amant presse sa fiancée.
J’ai mis le manteau rouge. Je me suis paré de tes couleurs. Revêts aussi ta
brûlante robe de pourpre. Couvre tes flancs de ces plis éclatants. Etna, viens,
Etna ! brise tes portes de basalte, vomis le bitume et le soufre. Vomis la
pierre, le métal et le feu !…” Dans le sein du feu, la mort n’est pas
la mort. “La mort ne saurait être dans cette région éthérée où tu me
transportes… Mon corps fragile peut être consumé par le feu, mon âme doit
s’unir à ces éléments subtils dont tu es composé. – Eh bien ! dit
l’Esprit, en jetant sur (le Rêveur) une partie de son manteau rouge, dis adieu
à la vie des hommes, et suis-moi dans celle des fantômes.”
L’amour, la mort et le feu sont unis dans le
même instant. Par son sacrifice dans le cœur de la flamme, l’éphémère nous
donne une leçon d’éternité. La mort totale et sans trace est la garantie que
nous partons tout entiers dans l’au-delà.
Par conséquent, on peut dire
que c’est l’élément Feu que George Sand portait en sa psyché qui lui a insufflé
cette image ou plutôt ce “fantasme”, sublimé magistralement de manière
poétique, de la mort par le feu à travers ce mythe d’Empédocle.
Le complexe de Vulcain :
Le plus grand ennemi du feu est
l’eau, entre ces deux éléments que sont l’eau et le feu il y a incompatibilité
et affrontement : l’eau détruit le feu et de son côté le feu détruit l’eau
en la faisant s’évaporer et en la transformant en élément air. Il n’est que de
voir le forgeron battre et façonner le fer rougi, pour ensuite le plonger dans
un bac rempli d’eau. Le bouillonnement tumultueux et fusant de la rencontre des
deux éléments a inspiré Gaston Bachelard à la notion du “complexe de Vulcain”
qui pourrait s’appliquer à des thèmes où l’eau et le feu dominent et se
heurtent violemment.
Si la trempe du fer rougi met
en avant la lutte mortelle de l’eau et du feu, elle révèle aussi la création
d’une puissance. En effet, le métal qui est passé par le feu et l’eau devient
résistant et acquiert de la souplesse. Ainsi le mélange Feu/Eau dans un thème
indique la trempe d’une âme.
De même, ce mélange entre ces
deux éléments que sont l’Eau et le Feu, se retrouve aussi dans l’eau-de-vie,
car qui n’a pas bu un verre d’alcool sans penser à boire du feu ? Gaston
Bachelard écrit : “L’eau-de-vie, c’est l’eau de feu. C’est une eau qui
brûle la langue et qui s’enflamme à la moindre étincelle. Elle ne se borne pas
à dissoudre et à détruire comme l’eau-forte. Elle disparaît avec ce qu’elle
brûle. Elle est la communion de la vie et du feu. L’alcool est aussi un aliment
immédiat qui met tout de suite sa chaleur au creux de la poitrine.”
Le complexe d’Hoffmann :
Le mystère de cette eau
porteuse de feu a inspiré au philosophe Gaston Bachelard la notion de “Complexe
d’Hoffmann”, le célèbre conteur et compositeur. Ce dernier usa abondamment de
l’eau de feu et plus particulièrement du punch qui est si flambant et si corsé,
qu’il peut prêter son nom à ce que l’on pourrait nommer plus
prosaïquement : “Le complexe d’alcoolisme”.
De l’ivresse du punch montent
des visions fantastiques et Hoffmann lui-même analyse fort bien les effets de
l’alcool sur les créations lorsqu’il écrit : “On parle souvent de
l’inspiration que les artistes puisent dans l’usage des boissons fortes, on
cite des musiciens, des poètes qui ne sauraient travailler autrement. Je n’en
crois rien, mais il est certain que lorsqu’on est dans l’heureuse disposition,
je pourrais dire dans la constellation favorable où l’esprit passe de la
période d’incubation à celle de la création, une boisson spiritueuse inspire
aux idées un mouvement plus vif. La comparaison qui me vient à l’esprit n’est
pas bien noble mais de même qu’une roue de moulin travaille plus vite quand le
torrent grossit et augmente de force, de même quand l’homme se verse du vin le
mouvement intérieur prend une allure plus rapide.”
Cette eau de feu dispensa ses
étranges flammes dans la création de l’œuvre du conteur, mais aussi, elle se
rendit maître de sa vie et de sa mort car Hoffmann mourut de polynévrite
alcoolique.
Ernest Théodor Amadeus
Hoffmann est né le 24 janvier 1776 à Königsberg (Allemagne) à 12
heures.
Son thème présente une
structure importante qui relie Uranus conjoint à l’AS Gémeaux au trigone d’une
conjonction Soleil-Mercure-MC en Verseau, cette structure est très sèche. Le
feu apparaît ici par la présence d’Uranus, du Soleil et de Pluton, en outre,
Mercure, maître d’AS, s’identifie par conjonction à deux planètes de Feu :
le Soleil et Pluton.
La seconde structure importante
de ce thème est l’angularité à l’AS de Jupiter, celui-ci s’oppose à Vénus qui
s’apprête à se coucher. Vénus est reliée, par double carré à l’opposition
Lune-Neptune. Ici, avec Jupiter et Vénus nous avons deux planètes d’Air, donc
humides et La Lune et Neptune sont deux planètes d’eau donc froides et humides.
Par conséquent, cette seconde structure, dissonante, est humide.
Jupiter, angulaire à l’AS porte
aux excès et Neptune opposé à la Lune en Poissons crée un complexe de fuite de
la réalité dans les vapeurs d’une imagination délirante, ce qui est inhérent à
l’alcoolisme.
Ainsi, le complexe d’Hoffmann
est représenté par l’ensemble dissonant valorisé par les planètes humides
incluant Jupiter et surtout une Lune en Poissons qui fait écho à Neptune. Le
tout dans un cadre de Feu qui apparaît dans la première structure :
Uranus, Soleil, Pluton et Mars culminant.
Poètes du Feu :
Arthur Rimbaud né
le 20 octobre 1854 à Charleville (Ardennes) à 6 heures.
Dans son thème le feu apparaît
avec Pluton au couchant, au carré du MC, opposé au Soleil angulaire à l’AS et
il forme un quinconce avec la Lune. Mars est au semi-carré de l’AS et au sextile
de la Lune.
Ce Thème est aussi marqué par
l’Air avec Jupiter angulaire au FC au carré de l’AS, du Soleil et de Vénus.
Vénus se lève, elle est conjointe à la Lune et elle a Maîtrise sur l’AS et les
luminaires en Balance.
Il est permis ici de supposer
que la naissance a dû avoir lieu aux alentours de 7 heures 15 minutes plaçant
un AS au début du Scorpion et un MC au milieu du Lion, valorisant ainsi
l’opposition Mercure-Uranus, tout en laissant l’opposition Pluton-Soleil sur
l’axe de l’Horizon.
Il est le feu qui embrase, qui
dévore et qui consume. Dressé contre la civilisation occidentale moderne, il en
a hérité cependant la précipitation et l’instabilité tourmentées. Il a vécu en
trois ans, a-t-on dit, l’évolution littéraire de l’âge moderne. Dans sa chasse
spirituelle, il brûle les étapes, doctrines, systèmes, univers ; il se
brûle lui-même et, avant d’avoir vingt ans, consumé par le feu de l’enfer,
“roussi”, et n’ayant découvert, en fait d’absolu, que sa propre projection
démesurée, il se retrouve les mains vides, “rendu au sol avec la réalité
rugueuse à étreindre”.
Guy Michaud écrit : “Rimbaud
semble être né sous le signe du feu. Le feu qui embrase, mais aussi le feu qui
dévore et qui consume. Comment a-t-on pu ne pas dire que la précipitation
constitue le rythme même de sa vie ? « On est chez soi et on a le
temps » (Saison en enfer), Rimbaud parlait pour d’autres. En vérité, il
n’a pas le temps. Il a vécu en trois ans l’évolution littéraire de l’âge
moderne. Est-ce là le fait d’un homme qui prend son temps ? Dès qu’il
s’éveille, il lui faut tout : le monde, la vérité, la certitude. Il n’a de
cesse qu’il n’ait trouvé le lieu et la formule.”
Et Mallarmé de le
résumer : “Éclat, lui, d’un météore, allumé sans motif autre que sa
présence, issu seul et s’étreignant.”
Son univers imaginaire est un
monde pur, où tout est blanc et or, dans l’ardeur de l’été et de midi, aux
“heures d’argent et de soleil” ; dans ce monde, il n’est que métaux
précieux et brillants, neige, cristal ; le soleil s’y joue “sur la soie des
mers et des fleurs arctiques” et tout s’y termine “par des anges de flamme et
de glace.”
Emile Zola né le
2 avril 1840 à Paris à 23 heures.
Son thème présente un Jupiter, maître d’AS
Sagittaire qui se lève, au quinconce de l’amas en Bélier et au trigone de la
conjonction Vénus Uranus. Mars et Pluton sont conjoints aux luminaires et à
Mercure en Bélier. L’Air et le Feu dominent, alliés à une note de Terre par
Saturne au carré du MC et au trigone de l’amas au Bélier.
C’est un homme qui s’est fait
seul avec passion. Ecrivain réaliste, c’est surtout du Feu de la conjonction
Mars-Pluton en Bélier qu’il tire la matière de son inspiration ; un feu de
la vie primitive, sauvage, agressive, destructive, celui de la « bête
humaine ».
Dans La Débâcle, le
soldat Maurice meurt en rêvant qu’un feu purificateur va dévaster Paris. Dans l’Assommoir,
la scène de la forge prend neuf grandes pages et finit sur l’image d’un coucher
d’astre rouge, et le soleil est le personnage essentiel de La Faute de
l’abbé Mouret.
Dans la psychanalyse du Feu,
Gaston Bachelard rappelle une scène de combustion humaine spontanée imaginée
par Zola avec le Docteur Pascal :
“Par le trou de l’étoffe, large
déjà comme une pièce de cent sous, on voyait la cuisse nue, une cuisse rouge,
d’où sortait une petite flamme bleue. D’abord Félicité crut que c’était du
linge, le caleçon, la chemise qui brûlait. Mais le doute n’était pas permis,
elle voyait bien la chair à nu, et la petite flamme bleue s’en échappait,
légère, dansante, telle qu’une flamme errante, à la surface d’un vase d’alcool
enflammé. Elle n’était guère plus haute qu’une flamme de veilleuse, d’une
douceur muette, si instable que le moindre frisson de l’air la déplaçait.” “Félicité
comprit que l’oncle s’allumait là, comme une éponge imbibée d’eau-de-vie.
Lui-même en était saturé depuis des ans, de la plus forte, de la plus
inflammable. Il flamberait sans doute tout à l’heure des pieds à la tête.”
Quand le lendemain le Docteur Pascal vient voir l’oncle Macquart : “Rien
ne restait de lui, pas un os, pas une dent, pas un ongle, rien que ce tas de
poussière grise, que le courrant d’air de la porte menaçait de balayer.” Et
Gaston Bachelard rappelle le Complexe d’Hoffmann : “Et finalement voici
apparaître le secret désir de l’apothéose par le feu ; Zola entend l’appel
du bûcher total, du bûcher intime ; il laisse deviner dans son inconscient
de romancier les indices très clairs du complexe d’Empédocle : l’oncle
Macquart était donc mort « royalement, comme le prince des ivrognes,
flambant de lui-même, se consumant dans le bûcher embrasé de son propre corps…
s’allumer soi-même comme un feu de la Saint-Jean ! » Où Zola a-t-il
vu des feux de la Saint-Jean qui s’allumaient d’eux-mêmes, comme des passions
ardentes ? Comment mieux avouer que le sens des métaphores objectives est
inversé et que c’est dans l’inconscient le plus intime qu’on trouve
l’inspiration des flammes ardentes qui peuvent, du dedans, consumer un corps
vivant ?” (La Psychanalyse du Feu, collection Idée/Gallimard, pages
156 à 158).
Enfin, en réponse à une
question, Zola avait noté : “La couleur que je préfère : le rouge.”
Il mourut asphyxié.
Conclusion :
L’œuvre de Gaston Bachelard est
très riche en symbolique, nous n’avons fait qu’ébaucher ses grandes lignes. Le
but était de vous sensibiliser à ces images poétiques qui, bien sûr, ont des
retentissements sur le réel. Par conséquent, tout astrologue se doit d’avoir lu
et médité l’ouvrage de Gaston Bachelard dont je vous recommande vivement la
lecture : “La Psychanalyse du Feu” Éditions Gallimard, Collection
Idées.
Selon la mythologie, Atlas se présente comme le petit-fils de Gaia, il est le fils de Japet et de l’océanide Clyméné, parfois on lui octroie pour mère l’océanide Asia. Il appartient à la génération divine antérieure à celle des Olympiens, celle des êtres monstrueux et sans mesure. Il participa à la lutte des Géants et des Dieux, il combattit notamment Zeus Jupiter. Dès que Zeus eut gagné la guerre, il condamna Atlas à soutenir sur ses épaules la voûte céleste. C’est ainsi que la statuaire antique nous le montre portant la sphère de l’univers et ployant sous le poids de cette énorme boule de matière et d’espace;
La légende raconte encore, que le géant Atlas fut pétrifié et transformé en montagne sur laquelle reposait la voûte du ciel.
Dans ce mythe nous pouvons lire une analogie avec la destinée de l’homme qui, s’incarnant sur la terre en punition du péché originel selon la Bible, est obligé de porter le lourd poids de cette incarnation. Ainsi, jeté à bas du ciel l’homme est soumis à une terrible chute que seule la terre arrête. D’ailleurs, Gaston Bachelard écrit : “La terre a été créée pour arrêter une chute : le mot terra lu à l’envers donne le mot arrêt.” (Page 388);
Ainsi, la terre qui arrête la chute est le terrain de l’incarnation où l’homme a pour tâche de tenter de reconquérir de nouveau le ciel. Le voilà donc cet homme, irrémédiablement soumis aux lois de la pesanteur : plus d’envol possible, il ne peut que se redresser et tenter par la verticalité de lutter contre cette pesanteur.
Le mythe d’Atlas est celui de la montagne qu’il faut soulever, il a donné naissance à ce que Gaston Bachelard a nommé “le complexe d’Atlas”. Ce complexe imprime à l’homme le sens de l’effort qu’il doit fournir pour assumer sa situation d’homme incarné, pour soulager et aider les autres en soutenant.
Afin d’illustrer ce complexe on peut faire appel à l’aviateur Didier Daurat né le 2 janvier 1891 à Montreuil sous Bois (Seine) à 13 heures.
Frédéric MUSCAT
LA TERRE
Alors que le
Feu est positif et masculin la Terre est négative et féminine. La Terre
symbolise l’attente passive inhérente à ce principe féminin. Elle est un
réceptacle, elle contient la graine qui va germer, elle enfante la plante qui
se nourrit d’elle. C’est ainsi que la terre, depuis la nuit des temps a
entretenu le mythe de la Terre mère.
La
symbolique mythologique de la terre :
Dans
la mythologie Greco-romaine, la Terre est appelée “Gaia”, elle épousa Ouranos
(le Ciel) qui contient le feu. De cette union vont naître deux enfants :
Japet et Chronos. Japet eut deux enfants : Prométhée et Atlas. Dans ce
mélange génétique Prométhée se présente comme l’enfant qui a hérité du Feu, –
d’ailleurs dans la symbolique du Feu nous avions parlé du complexe de
Prométhée.
En
revanche, Atlas et Chronos sont les enfants qui appartiennent à la Terre et
c’est leurs symboliques que nous allons étudier ici.
Le
complexe d’Atlas et la pesanteur :
Selon la mythologie, Atlas se présente comme le petit-fils de Gaia, il est le fils de Japet et de l’océanide Clyméné, parfois on lui octroie pour mère l’océanide Asia. Il appartient à la génération divine antérieure à celle des Olympiens, celle des êtres monstrueux et sans mesure. Il participa à la lutte des Géants et des Dieux, il combattit notamment Zeus Jupiter. Dès que Zeus eut gagné la guerre, il condamna Atlas à soutenir sur ses épaules la voûte céleste. C’est ainsi que la statuaire antique nous le montre portant la sphère de l’univers et ployant sous le poids de cette énorme boule de matière et d’espace;
La légende raconte encore, que le géant Atlas fut pétrifié et transformé en montagne sur laquelle reposait la voûte du ciel.
Dans ce mythe nous pouvons lire une analogie avec la destinée de l’homme qui, s’incarnant sur la terre en punition du péché originel selon la Bible, est obligé de porter le lourd poids de cette incarnation. Ainsi, jeté à bas du ciel l’homme est soumis à une terrible chute que seule la terre arrête. D’ailleurs, Gaston Bachelard écrit : “La terre a été créée pour arrêter une chute : le mot terra lu à l’envers donne le mot arrêt.” (Page 388);
Ainsi, la terre qui arrête la chute est le terrain de l’incarnation où l’homme a pour tâche de tenter de reconquérir de nouveau le ciel. Le voilà donc cet homme, irrémédiablement soumis aux lois de la pesanteur : plus d’envol possible, il ne peut que se redresser et tenter par la verticalité de lutter contre cette pesanteur.
Le mythe d’Atlas est celui de la montagne qu’il faut soulever, il a donné naissance à ce que Gaston Bachelard a nommé “le complexe d’Atlas”. Ce complexe imprime à l’homme le sens de l’effort qu’il doit fournir pour assumer sa situation d’homme incarné, pour soulager et aider les autres en soutenant.
Afin d’illustrer ce complexe on peut faire appel à l’aviateur Didier Daurat né le 2 janvier 1891 à Montreuil sous Bois (Seine) à 13 heures.
Son thème présente un Soleil en Capricorne qui culmine au
MC, un AS Taureau. Saturne est en Vierge, au trigone du MC, de l’AS et du
Soleil. Mercure est angulaire au MC et au trigone de la Lune. Ainsi, avec
Saturne, Mercure, le Capricorne nous avons des valeurs de Terre. En outre, nous
voyons un sextile de Mars au Soleil apportant le dynamisme.
Didier
Daurat est l’un des pionniers de l’aviation, il présida au défrichement de la
ligne Dakar – Récif - Buenos Aires - Santiago du Chili. Il joua un rôle
essentiel puisque c’est lui qui soutenait tout l’édifice de la ligne grâce à sa
précision, sa ténacité, son jugement dur et impartial. Il se présente face à
ses biographes comme un être surhumain, une sorte d’Atlas qui soutenait sans
jamais faillir tout l’édifice de la ligne à la fois si lourd et si fragile.
Joseph Kessel dans son ouvrage consacré à Mermoz dit de Didier Daurat : “Il
avait pendant la guerre, commandé une escadrille avec sang froid et puissance”
Il disait : “Laissez les hommes à leur nature et il n’en sortira rien
de bon. Donnez leur un but collectif, placez ce but, par l’exigence même que
vous montrerez, à une hauteur presque inaccessible, idéale, bloquez tous les
efforts dans une concurrence, une émulation sans fin et vous ferez de la molle
pâte humaine une substance de qualité” et Joseph Kessel écrit : “Certains
chefs agissent par l’amour qu’ils inspirent, par la chaleur fraternelle et
contagieuse où ils font vivre leurs subordonnés qui sont en même temps leurs
camarades. D’autres, au contraire, choisissent la solitude. Ils n’entraînent
pas. Ils dirigent. Leur cœur et leurs nerfs n’interviennent pas dans leur
comportement. Mais seulement la volonté et l’esprit. Ils n’ont pas besoin
d’être aimés ou du moins ne le montrent pas. Ils veulent être obéis et faire
grand. Didier Daurat appartenait entièrement à ce dernier type.”
Parlant du
complexe d’Atlas, Gaston Bachelard écrit : “Dans la vie imaginaire
comme dans la vie réelle, le destin des forces est d’aller trop loin. Dans le
règne de l’imagination, on n’est fort que lorsqu’on est tout puissant. Les
rêveries de la volonté de puissance sont des rêveries de la volonté de
toute-puissance. Le sur-homme n’a pas d’égaux. Il est condamné à vivre, sans en
passer une ligne, la psychologie de l’orgueil. Même lorsqu’il ne se l’avoue
pas, il est une image parmi l’imagerie des héros légendaires.”
Le philosophe Arthur
Schopenhauer qui est né le 22 février 1788 à Dantzig (Allemagne) à 12
heures 30 minutes.
Son thème
présente un Saturne dominant en compagnie de Mercure, autre planète de Terre,
angulaire au MC et conjoint au Soleil. De son côté Mercure aspecte l’AS et la
Lune en Vierge angulaire au FC. En outre Mars, est au lever en aspect du MC et
de l’amas au MC.
Selon Gaston
Bachelard, Arthur Schopenhauer a senti ce mythe d’Atlas comme la “dialectique
de l’accablement et du redressement qui caractérise l’imagination de la
pesanteur” et il le personnalisa par l’image du pilier qui soutient le
toit. Gaston Bachelard conclut sur Schopenhauer en écrivant : “On peut
dire que le pilier est, pour lui, une illustration du mythe d’Atlas, et qu’à
contempler le pilier on sensibilise un complexe d’Atlas. Atlas est un pilier du
ciel, le pilier est un Atlas du toit.” (page 389);
Pierre
Loti, né le 14 janvier 1850 à Rochefort (Charente Maritime) à 23 heures
30 minutes.
Son thème
présente une angularité au FC du Soleil et de Vénus en Capricorne (Vénus est
maîtresse d’AS Balance) ; Saturne vient de se coucher ; Mercure est
conjoint à la Lune et au trigone de l’AS.
Dans son roman
La Mort de Philae, il nous fait vivre son sentiment des pierres.
Accablé, il ressent, devant la Thèbes égyptienne, ce sentiment d’effort et
d’écrasement des piliers : “Ces pierres… disent la fatigue de
s’accabler les unes sous le poids des autres depuis des millénaires… Oh !
celles d’en bas, qui soutiennent la charge des empilements formidables !”
A ce stade
Gaston Bachelard fait là une constatation très importante sur l’imagination et
qui, pour nous astrologues symbolistes, est fondamentale. En effet,
l’imagination, contrairement à ce qu’on peut croire, a un sens, de la
cohérence, elle est structurée. “Si l’on reconnaissait que le pilier
ne porte rien ou qu’il fonctionne à faux poids, toute la majesté d’une
œuvre architecturale tournerait à la dérision. Il faut que le « vivant
pilier » fasse sincèrement sa tâche de redressement.” (La
Terre et les rêveries de la volonté page 391)
“La joie
que nous éprouvons à la contemplation d’une œuvre architecturale, dit
Schopenhauer, serait subitement et singulièrement amoindrie, si nous venions
à découvrir qu’elle est bâtie en pierre ponce. Nous ne serions guère moins
désappointés en apprenant qu’elle est construite en simple bois, alors que nous
la supposions en pierre.”
“Ce
désappointement, dit Gaston Bachelard, arrête, en quelque manière,
toutes les rêveries de la volonté de porter. Notre imagination voit
subitement que ses forces de redressement imaginaire se trompent d’objet. Notre
être intime devient, de ce seul fait, adynamique. L’imagination, quoi qu’en
pensent les psychologues qui en font une faculté d’illusion, ne veut pas se
tromper elle-même en assumant le rôle des athlètes qui travaillent avec des
haltères creuses.
Une fois de plus, par ce besoin de sincérité qu’on pourrait appeler ici
la sincérité dans les choses, se révèle comme un engagement total de l’être
imaginant. On nous objectera qu’alors l’être entier s’engage pour rien, pour
une illusion éphémère. Mais une image éphémère amasse tant de valeurs sur un
instant qu’on peut bien dire qu’elle est l’instant de la première
réalisation d’une valeur.” (La Terre et les rêveries de la volonté page 391)
C’est un principe
fondamental que nous livre ici Gaston Bachelard, que toute personne qui
travaille sur la symbolique se doit de méditer en profondeur.
Pour résumer
de manière synthétique et globale le complexe d’Atlas, on dira qu’il contient
en lui la notion d’effort, la représentation de la montagne, l’image du pilier
qui soutient devenant colonne.
Cependant,
chez celui qui a maîtrisé petit à petit la pesanteur et qui gravit petit à
petit la montagne matérielle ou spirituelle, tel l’alpiniste, il y a à ce
moment-là la satisfaction d’avoir surmonté l’obstacle.
L’homme face à
la terre est face à ce qui symbolise le plus le réel, le concret, le tangible,
d’ailleurs l’expression populaire dit d’un individu qui a le sens du réel qu’il
a “les pieds sur terre”.
L’homme de la
terre ne met pas en doute son existence, il s’accomplit en elle. Le voile de
maya (l’illusion) chère aux orientaux n’a que peu de signification pour lui,
car même sous un monde d’apparences l’homme de la terre devine clairement la
matière et la réalité des choses tel un Stéphane Mallarmé qui décrit
magnifiquement : “Un chandelier, laissant son argent austère rire le
cuivre…” Ainsi, sous l’apparence de l’argent, il perçoit la véritable
matière qui est le cuivre, ceci est une réflexion d’homme de Terre, précis,
analyste, cherchant sous l’apparence la réalité des choses. Stéphane
Mallarmé était né le 18 mars 1842 à Paris à 7 heures, il était marqué
par la Terre (Saturne en Capricorne angulaire au MC) et le Feu (conjonction
Mars/AS/Pluton en Bélier).
L’homme de la
Terre atteint la certitude concrète des choses par le sentiment de la beauté de
la matière à laquelle il est très attaché. Gaston Bachelard qui était marqué
par la Terre (conjonction Saturne/Mercure/MC, AS et la Lune en Vierge)
écrit : “Comment le scepticisme des yeux peut-il avoir autant de
prophètes tant le monde est si beau, si profondément beau, si beau par ses
profondeurs et ses matières.”
C’est à
travers la contemplation de la nature que l’homme de la Terre s’élève à une
vision cosmique de l’univers et même divine, c’est le cas de Pierre Teilhard
de Chardin né le 1er mai 1881 à Orcines (Puy de Dôme) à 7
heures.
Gaston Bachelard,
dont le signe de la Vierge valorisé dans son thème le pousse à se préoccuper
des minéraux, dit en contemplant un cristal de calcite : “Devant ce
merveilleux objet qui est la source occasionnelle d’une si libre activité
imaginaire, nous apprendrons alternativement à briller et à durcir, dégageant
toutes les puissances de la clarté pure et solide. Nous verrons se réunir, dans
une synthèse extraordinaire, les images de la terre profonde et les images du
ciel étoilé ; nous trouverons l’étonnante unité de la rêverie constellante
et de la rêverie cristalline.” (La Terre et les rêveries de la Volonté
page 290)
Ainsi, à
travers un simple cristal, il voit la profondeur de la terre et il perçoit le
ciel étoilé. En outre, à travers ce texte, nous pouvons comprendre l’influence psychologique des
pierres précieuses.
La
volonté de travail :
Si la terre
arrête l’homme à sa surface c’est parce qu’elle est résistante, elle constitue
donc à la fois l’obstacle auquel on s’affronte et la planche de sécurité à
laquelle on se raccroche. De plus, dans le cas de l’arrêt face à la terre
l’être se trouve confronté face à la matière terre comme face à une adversité
qu’il lui faut maîtriser. Gaston Bachelard y voit ici une dynamique du contre.
Pour maîtriser la terre il faut donc tailler dans la masse de ses dures parties
ou pétrir les parties les plus molles. Ainsi, Gaston Bachelard perçoit dans la
terre une dialectique du dur et du mou qui incite l’homme au travail par la
volonté de s’en rendre maître. Il écrit : “Il me semble que les
matières terrestres, dès que nous les prenons d’une main curieuse et courageuse
excite en nous la volonté de les travailler. Dans le mou la terre dit oui et
c’est le travail féminin du potier, du boulanger, qui associe la terre à l’eau
pour modeler et pétrir la pâte. Dans le dur la terre dit non et c’est le
travail masculin et viril du métallurgiste et du forgeron qui associe la terre
au feu”.
De toute
façon, la matière terre se vainc par la persévérance, le travail et la volonté
d’une cumulation de forces venues du plus profond de l’être. L’homme de la
terre se réalise dans un travail, dans une activité qu’il ne faut pas confondre
avec l’activité du feu. Au feu l’activité est élan, bond en avant. A la terre
l’action est lenteur, effort, progression mesurée.
Si l’homme de
feu est un intensif celui de la terre est un persévérant, un concentré :
dans les deux il y a tension mais elle est différente : la tension du feu
exprime une frénésie, celle de la terre exprime une attention et une vigilance.
Le travail de
la terre est celui de l’image que nous nous faisons de la matière et ce travail
de la matière inclut l’importance de la main. Nous retrouvons ici la lettre M
dans matière (la matière primitive : prima materis), main, mère (la
terre mère), man (l’homme), etc. La main permet de façonner la matière pour en
faire un objet et l’on voit avec la terre toute l’importance tactile,
particulièrement développée chez le Taureau qui est un signe sensitif
pré-rationnel.
Bien sûr
l’adresse et l’habileté se trouvent incluses dans cette symbolique et c’est
toute la valeur de terre que porte Mercure planète en analogie avec les mains
et l’habileté manuelle.
Associé au
sens du réel, du concret, le travail de la terre débouche sur la notion
d’utilité et de fonctionnalité qui trouvera son développement maximum dans le
signe de la Vierge.
La
symbolique de la racine :
A cette terre
qui l’arrête dans sa chute et le retient prisonnier dans le filet de la
pesanteur, l’homme s’accroche comme à une racine.
La racine est
un mot clé de l’homme de la terre et la richesse de cette symbolique a
longuement retenu l’attention de Gaston Bachelard. Dans son ouvrage La Terre et
les rêveries du repos il écrit : “La racine est toujours une
découverte. On la rêve plus qu’on ne la voit. (…) La racine est l’arbre
mystérieux, elle est l’arbre souterrain, l’arbre renversé. Pour elle, la terre
la plus sombre – comme l’étang sans l’étang – est aussi un miroir, un étrange
miroir opaque qui double toute réalité aérienne par une image sous terre.”
De son côté,
Carl Gustav Jung avait remarqué que le symbole de la racine faisait parti des
archétypes inconscients universels et que dans toutes les civilisations, on
retrouve des références symboliques de la racine.
La racine
pénètre dans le sol, sa force ténèbrante perce lentement avec obstination et
persévérance les entrailles secrètes de la terre. Elle s’insinue petit à petit
et contourne si nécessaire les obstacles.
Force de
pénétration, elle est aussi force de maintien. Par exemple, on a fixé les dunes
des Landes grâce à la racine des pins. La racine à son tour conditionne la
symbolique de l’arbre. Gaston Bachelard écrit : “L’arbre est un
stabilisateur, un modèle de droiture et de fermeté. Dans la vie de la
métaphore, il y a comme une loi de l’action et de la réaction : chercher
la terre stable, avec un grand désir de stabilité, c’est rendre stable une
terre fuyante.” (Page 318)
L’arbre
enraciné, dont le feuillage s’échappe à l’air libre, nous conduit à la
dialectique même du nomade et du sédentaire. L’homme de la Terre est un
sédentaire qui tend à se stabiliser ou bien à retourner, dès qu’il le peut, à
sa terre natale. Par conséquent, la notion d’enracinement ou de déracinement
est une des préoccupations psychologiques des gens marqués par la terre.
Jean
Giono, né le 30 mars 1895 à Manosque (Alpes de Haute Provence) à 7
heures.
Il était puissamment marqué par le signe du Taureau, dont Saturne était
angulaire au DS. Il a écrit un ouvrage qui a pour titre : “Regain”
dans lequel il décrit Panturle, le héros vagabond qui prend racine dans un
village abandonné. Il retravaille la terre abandonnée, épouse Arsule et ils
vont créer un foyer. La fin du livre est très significative : “Il est
debout devant ses champs, il a ses grands pantalons de velours brun à côte, il
semble vêtu avec un morceau de ses labours, les bras le long du corps, il ne
bouge pas, il a gagné c’est fini, il est solidement renforcé dans la terre
comme une colonne.”
Dans l’image
finale on remarque la fusion entre l’image de la colonne et celle de la racine.
Voir le film de Marcel Pagnol qui a adapté ce scénario avec Jean Giono, tous
les plans y sont représentés : la main écorchée par le soc, car il n’a pas
de charrue, il est donc obligé de prendre le soc dans ses mains pour labourer
son champ de blé. A la fin, sa femme Arsule est en train de semer le blé avec
lui quand elle lui apprend qu’elle attend un enfant. Panturle c’est un
“Complexe d’Atlas” et un “Complexe d’enracinement” bien intégré.
Une
autre fonction de la racine est de puiser, pour l’arbre, la vie de la terre
nourricière. La fonction d’assimilation qui découle directement de la notion
d’oralité est importante pour comprendre la psychologie de l’homme de la terre.
C’est celui qui accumule les connaissances, engrange les richesses, et ce,
parfois avec boulimie et avidité surtout si Saturne vient s’en mêler. Car
n’oublions pas que Saturne est un facteur d’avidité lorsqu’il est valorisé et
qu’il participe dans un cadre de terre.
L’homme
de la terre absorbe, c’est un oral comme le buvard absorbe l’encre, comme le
sol desséché absorbe la pluie bienfaisante. Ici, nous touchons une variante
d’un complexe que nous allons étudier plus loin, à savoir le complexe de Jonas.
Si l’on coupe l’arbre, il reste la racine enfouie
dans le sol qui devient alors symbole d’espérance. En effet, cette morte
vivante porte l’espoir d’un nouvel arbre qui peut repousser à partir d’elle. De
même, si l’on arrache la racine, elle se venge, devient Mandragore et fait
mourir celui qui la tire du sol. Ainsi, en face des forces de vie du Taureau
s’expriment les forces de mort du Scorpion.
La
symbolique de la maison :
La terre qui
symbolise, sous nos pieds, la sécurité par sa stabilité, reçoit aussi notre
besoin d’être protégé. Ainsi la grotte enclose dans la terre fut la première
demeure de l’être humain. Elle constitue la matrice naturelle dans laquelle
l’homme vient de temps en temps se réfugier. La grotte protège le repos et
l’amour mais elle est aussi le berceau des premières industries nous dit Gaston
Bachelard. Elle est également la marque de l’attachement à un lieu. La terre
aide, en effet, l’homme à se fixer. Les hommes se multipliant et les grottes
étant rares, il a fallu recréer artificiellement la caverne et mettre un toit
au-dessus de sa tête. Ce toit va acquérir la même symbolique que la grotte.
Gaston Bachelard cite Paul Claudel : “La toiture est l’invention
purement de l’homme qui a besoin que soit complète la clôture de cette cavité
pareille à celle de la tombe et du ventre maternel qu’il réintègre pour la
réfection du sommeil et de la nourriture.”
C’est la
création de la maison, œuvre par excellence de l’homme de la terre architecte.
Grotte ou maison, le nid humain permet outre le refuge et le repos, l’isolement
et la vie repliée sur elle-même. La maison devient ainsi cellule, celle du
moine, par exemple, qui peut s’y concentrer, en effet, la méditation a besoin
d’un lieu clos. L’homme retrouve dans la maison l’intimité qui n’est possible
que dans un lieu fermé qui garde la chaleur et qui limite le regard matériel.
La maison protège efficacement l’homme contre les dangers et les rudesses du
monde extérieur et surtout, elle le rassure en lui offrant un cadre à sa
dimension, car dans la maison l’homme n’est plus directement face à l’univers
infini et effrayant. En fin de compte, la maison se présente comme l’univers en
miniature, l’univers ramené à la dimension humaine.
Pierre
Loti, dans son Roman d’un Enfant évoque la grotte il
écrit : “C’est le coin du monde auquel je reste le plus fidèlement
attaché, après en avoir aimé tant d’autres ; comme nulle part ailleurs, je
m’y sens en paix, je m’y sens rafraîchi, retrempé de prime jeunesse et de vie
neuve. C’est ma sainte Mecque, à moi, ce petit coin-là ; tellement que, si
on me dérangeait, il me semble que cela déséquilibrerait quelque chose dans ma
vie, que je perdrais pied, que ce serait presque le commencement de ma fin.”
Ce court
passage témoigne de l’intérêt que porte l’homme de la terre au besoin de se
retirer, de s’isoler dans sa maison, grotte ou chambre, pour y méditer.
Les anciens
qui ne pouvaient et ne voulaient se représenter un univers infini, avaient
représenté l’univers comme une sorte de boîte que l’on nomme le tabernacle. Le
tabernacle contient tout l’univers : la terre, le soleil et les étoiles
suspendues au couvercle de cette maison géante. Par conséquent, dans la maison
l’homme échappe à ses peurs cosmiques qui en fait sont liées à
l’incompréhension de la notion d’infini. C’est aussi l’église ou le temple, qui
sont des lieux où l’homme tente de ramener Dieu à sa dimension, il tente de le
capturer, de le rendre plus proche et plus familier.
La terre c’est
le fini face à l’infini, c’est la matière dans l’infinitude de l’espace, c’est
le rationnel dans l’irrationnel, car l’homme de terre est un rationnel.
Protégé de
l’espace dans sa maison, l’homme de la terre y est aussi protégé du temps, en
ce sens qu’il peut s’y organiser en vue de l’avenir. La maison, lui permet en
effet de cumuler, d’emmagasiner ses provisions et de faire des réserves :
à la cave il y a les récoltes humides qui doivent garder toutes leurs pulpes et
au grenier, il y a les récoltes sèches. Ses possessions le rassurent quant à
l’avenir, qu’il peut alors attendre sans trop d’inquiétude.
Par exemple,
la cigale de La Fontaine n’a certainement pas de terre dans son thème, elle
vagabonde comme son auteur qui était un Cancer de type vagabond. Par contre, la
fourmi elle, est marquée par la Vierge : elle est prévoyante, elle a
préparé le long hiver dans sa maison qui est remplie de provisions.
Ainsi protégé
des intempéries, de la nuit, des ennemis, l’homme de la terre est heureux
concentré dans sa maison, qui est l’univers ramené à sa dimension.
La
symbolique du labyrinthe :
Cette maison,
l’homme de la terre, peut la rendre complexe : il peut multiplier le
nombre de ses chambres, des couloirs et de ses escaliers qui vont peupler ses
rêves et son imagination, en un mot, il peut y mettre tout ce qu’il porte.
Alors, la maison devient labyrinthe qui hante l’inconscient collectif depuis que
l’architecte Dédale en dirigea la construction dans la Crête Antique.
Ceci arrive
souvent, chez celles et ceux qui sont marqués par la terre. Leurs maisons, non
pas qu’elles soient grandes car ce n’est pas Jupiter qui joue ici, mais elles
peuvent avoir plusieurs petites pièces, l’être se refermant ainsi sur lui-même.
Ce labyrinthe
évoque aussi la vache avec ses nombreux estomacs et encore la racine qui
multiplie ses tunnels dans le sol. Il symbolise aussi les tours et les détours
de la pensée de l’homme de la terre comme le hiéroglyphe du Capricorne du
retour sur lui-même, ainsi que celui de la Vierge avec son jambage en retour
sur lui-même. Ces tours et détours peuvent aller jusqu’à la rumination mentale
dans les multiples estomacs psychiques du taureau.
Ainsi l’homme
de la terre porte un labyrinthe mental dans lequel il est appelé à faire ses
tours et détours à la recherche de lui-même et de son propre Minotaure qu’il se
doit de vaincre.
Le roi Minos
était un roi de l’île de Crête, il avait fait construire le labyrinthe pour y
contenir un monstre très dangereux : le Minotaure au corps d’homme et à la
tête de taureau. Au passage, il est à remarquer que Minos est le nom que l’on
donne à l’hypothétique transplutonienne, qui aurait pour domicile le signe du Taureau.
En outre, la légende du labyrinthe contenant le Minotaure se rapporte à une
époque très ancienne, plus de 2000 ans avant notre Ère, c’est-à-dire à la fin
de l’ère du Taureau, dont la destruction du Minotaure marque la fin.
Le nom de
Minos commence par la lettre M de matière, c’est donc avant tout le symbole de
l’involution dans la matière après la chute et il symbolise les dangers de
l’oralité et de la possession. Oral, le Minotaure l’est jusqu’à dévorer la
chair de jeunes gens et de jeunes filles qu’on lui offre pour l’apaiser. Il est
aussi le symbole d’un des plus graves défauts de l’homme de la terre et plus
particulièrement de l’homme du Taureau qui est la jalousie. En effet, le
Minotaure c’est la jalousie qu’a éprouvée Minos - car l’histoire du Minotaure
est l’acte mythique de la zoophilie par excellence. Ce Minotaure est tout
simplement le fils monstrueux que sa femme a eu avec un taureau et Minos se
vengea en la trompant abondamment à son tour.
Le Minotaure
c’est le déferlement des instincts les plus bas de l’homme de la terre qui
peuvent le conduire à sa perte. Selon la légende, c’est le courageux Thésée qui
s’aventura dans le labyrinthe pour tuer le monstre. Thésée c’est la lumière qui
pénètre dans les ténèbres, c’est la conscience qui cherche à découvrir et à
tuer les pulsions instinctives.
Remarquons que
dans son orthographe, Thésée commence par TH : le téta grec et la Cabale
nous dit que c’est la lettre qui signifie Dieu Théos. C’est la lutte du Soleil
qui est le symbole de Dieu contre les ténèbres et avec le Soleil nous pensons
immédiatement à la lumière clarté conscience du Feu.
En outre, dans
son périple Thésée est aidé du fil d’Ariane – qu’il va dérouler au cours de son
déplacement dans le labyrinthe jusqu’au Minotaure – qui va lui permettre de
sortir une fois sa tâche terminée, sans se perdre dans le labyrinthe.
Ce fil qui est
celui de l’araignée qu’elle sort d’elle-même (Ariane et araignée ont la même
étymologie) c’est le chemin de la pensée qui va au plus profond du psychisme
humain. Ce fil est celui de la psychanalyse, c’est le fil conducteur de la
pensée.
Il apparaît
donc que l’homme de la Terre doit être son propre Thésée, c’est-à-dire qu’il
doit aller à la recherche de son propre Minotaure sous peine de se faire
dévorer par lui.
En fait, dans
le labyrinthe Thésée ne rencontre que lui-même, ne lutte que contre Thésée et
ne terrasse qu’une part de son âme, bien sûr la part mauvaise.
Pour l’homme
de la terre, le labyrinthe est le lieu de son épreuve, de son labeur, de sa
méditation. C’est aussi le chemin initiatique. Il est à l’image de sa pensée
toute faite de dédale qui tourne longtemps autour d’un problème avant de
l’aborder de face pour tenter de le résoudre. Ceci est une attitude spécifique
des gens de la terre qui calculent longtemps avant d’attaquer un problème.
Le
complexe de Jonas :
Une autre légende se rattache à la symbolique de la terre.
Celle-ci n’appartient plus à la mythologie gréco-romaine mais à la Bible, livre
qui nous dévoile aussi toutes les facettes psychiques de l’homme, c’est la
légende de Jonas.
Jonas était
l’un des douze prophètes et il lui arriva une aventure pour le moins originale
puisqu’il fut avalé par une baleine et il resta trois jours et trois nuits à
l’intérieur de l’animal avant d’en ressortir vivant.
Gaston
Bachelard sent l’homme de la terre comme étant soumis au complexe de Jonas. Ce
complexe découle directement de la notion d’oralité et d’assimilation inhérente
en particulier au Taureau, à la Vierge et à Saturne. Il est aussi préfiguré
dans la maison grotte ou la tombe qui symbolise le retour de l’homme dans le
sein protecteur de la terre mère. N’oublions pas que le Christ passa aussi
trois jours et trois nuits dans le tombeau.
Ce complexe de
Jonas est présent également dans l’image de la terre sèche toujours prête à
absorber l’eau. C’est l’homme de la terre qui au plus haut s’initie par un
savoir qu’il ingurgite ou sinon c’est celui qui accumule des possessions
matérielles, tel le père Grandet si bien décrit par le Taureau Honoré de
Balzac.
C’est aussi
l’homme de la terre qui pénètre dans la baleine pour l’explorer et suivre le
trajet des zones de l’inconscient, et créer par exemple la psychanalyse comme
le fit le Taureau Sigmund Freud, pour en sortir grandi.
Gaston
Bachelard écrit : “Sortir du ventre c’est naître, sortir d’un
sarcophage, c’est renaître.”
Jonas qui
reste trois jours, comme le Christ au tombeau, est donc l’image de la
résurrection. D’ailleurs le mythe de Jonas s’apparente un peu au mythe du
labyrinthe, si ce n’est qu’il est assimilé à un problème marin aquatique, un
problème d’eau puisqu’il fait référence à une baleine – ici il est très
intéressant de noter que le symbole du Capricorne est une chèvre à queue de
poisson. En outre dans les signes de terre il y a souvent une référence à l’eau
comme c’est le cas de la Vierge avec le M. Par conséquent, le complexe de Jonas
se rapproche davantage de la Vierge et du Capricorne dans un cadre aquatique
Poissons/Neptune.
Pierre Loti,
dans son roman Propos d’Exil évoque un “Jonas”. Naviguant dans une
jonque mandarine, un jour de chaleur lourde et sous un ciel très sombre, Pierre
Loti écrit : “Une toiture courbe, trop basse, s’allongeant par-dessus
nous en dos de poisson, avec une charpente comme des vertèbres, nous donnant le
sentiment d’être emprisonnés dans le ventre d’une bête.”
Résumé
:
Afin de ne pas
nous perdre dans le labyrinthe, nous allons faire un petit résumé de toutes les
notions que nous avons vues jusqu’ici.
- Le Complexe
d’Atlas, qui représente la notion de l’effort, de soutien à l’image du pilier
ou de la colonne et qui débouche sur la satisfaction de surmonter l’obstacle.
- La notion de concret et de structure.
- La notion de résistance et d’obstacle que Gaston
Bachelard a nommé la dynamique du contre.
- La dialectique du dur et du mou qui incite l’homme au
travail.
- La dialectique de l’homme du feu face à l’homme de la
terre.
- L’importance de la main qui permet de façonner la
matière et par là, la valeur de terre que prend Mercure.
- La symbolique de la racine avec les notions de maintien
et de sédentarité, le complexe d’enracinement, la fonction d’assimilation qui
découle du complexe d’oralité.
- La symbolique de la grotte qui prend les notions de
protection, d’isolement, de concentration et de cumul des provisions.
- La symbolique du labyrinthe qui représente les tours et
détours de la pensée ; les dangers de l’oralité, de la possession et de la
jalousie avec le complexe de Minos. Le complexe de Minos évoque aussi le fil
d’Ariane, le cheminement de la pensée qui descend au plus profond dans l’inconscient.
- Le complexe de Jonas qui est une variante du mythe du
labyrinthe, avec la notion d’absorption, d’ingurgitation et le lien avec les
valeurs aquatiques.
Chronos
:
Dans l’étude
de la terre on ne peut passer sous silence l’influence de Saturne Chronos et
voir comment cet élément intègre la notion de temps.
Avec la terre
il ne faut pas négliger la lenteur et le temps : Gaston Bachelard écrit
page 91 : “Vivre lentement, vieillir doucement, voilà la loi temporelle
des objets de la terre, de la matière terrestre. L’imagination terrestre vit ce
temps enfoui. On pourrait le suivre, ce temps de lente et notoire intimité,
depuis la pâte fluide jusqu’à la pâte épaisse, jusqu’à la pâte qui, solidifiée,
garde tout son passé.”
Par sa
stabilité et sa relative immobilité, il semble que la terre qui arrête la chute
de l’homme arrête également plus ou moins le temps.
En effet, on
se sert de la terre pour évoquer la notion d’éternité, car au cours d’une vie
humaine la terre ne présente guère de changement visible. Autrefois d’ailleurs,
on contait aux petits enfants l’histoire suivante : Une hirondelle frôle
tous les ans un rocher au bord de la mer en revenant de sa migration, quand le
rocher sera usé l’éternité sera accomplie.
Un autre
symbole de l’éternité est celui du serpent, animal terrestre par excellence qui
forme un anneau en se mordant la queue, c’est le fameux Ouroboros bien connu
des cabalistes et des Symbolistes.
Au feu tout
était changement et vitesse, à la terre tout est lenteur et patience. L’homme
de la terre ne vit pas dans l’immédiat, il tient compte du temps, il compte
avec Chronos, il est concerné par l’avenir à long terme et aussi par le passé
auquel il se rattache par ses racines. En psychanalyse, nous dit Gaston
Bachelard, “quand on prononce le mot racine, le rêveur répond descendre au
passé.”
L’être de la
terre revient à ses racines, à son passé, à ses ancêtres laboureurs et les plus
anciens vestiges de la vie sont conservés par la pierre que ce soit les dolmens
ou les immémoriaux fossiles. Les hommes marqués par la terre, sont les plus
doués pour conserver les œuvres importantes et les préserver de l’usure du
temps.
C’est
effectivement les gens de la terre et plus particulièrement les signes de la
Vierge et du Capricorne, mais il y a aussi le Cancer qui va tout à fait dans ce
sens et dont les archétypes parfois se confondent avec ceux de la terre, c’est
le Cancer qui est tourné vers le passé. En outre, il ne faut pas oublier que
l’axe Cancer/Capricorne est l’axe du temps.
Chez ces
individus, il y a toujours cette préoccupation, c’est-à-dire une espèce
d’inquiétude intérieure, parce qu’il y a comme une impossibilité à vivre le
présent, il y a un retour vers le passé et dans le même temps une projection
permanente vers un avenir lointain, planifié, rassurant, sécurisant.
C’est-à-dire que l’avenir est construit sur des strates du passé, de la
tradition, mais le présent est complètement absent.
Conclusion :
Ici aussi, nous n’avons fait
qu’ébaucher l’œuvre de Gaston Bachelard, aussi je vous recommande vivement la
lecture de ses deux ouvrages : “La Terre et les rêveries de la volonté”
et “La Terre et les rêveries du repos” Éditions José Corti.
L’AIR
L’AIR
“On peut classer les poètes en leur demandant de
répondre à la question suivante : Dis-moi quel est ton infini, je saurai
le sens de ton univers, est-ce l’infini de la mer ou du ciel, est-ce l’infini
de la terre profonde ou celui du bûcher ?” Ainsi s’exprime
Gaston Bachelard à la page 12 de son ouvrage L’Air et les Songes.
Et dans ce même
ouvrage à la page 19, le poétologue écrit : “Nous n’avons donc pas tort, croyons-nous, de caractériser les quatre
éléments comme les hormones de l’imagination. Ils mettent en action des groupes
d’images. Ils aident à l’assimilation intime du réel dispersé dans ses formes.
Par eux s’effectuent les grandes synthèses qui donnent des caractères un peu
réguliers à l’imaginaire.”
Fort de cette
idée clé, sur laquelle Gaston Bachelard nous sensibilise, nous allons continuer
notre analyse des deux éléments restants qui sont : l’Air et l’Eau.
Pour définir l’élément Air nous allons le comparer avec
les trois autres éléments, cette méthode nous permettra de mieux dégager ce que
l’Air a de spécifique.
Mouvement, ascension et sublimation :
Si
nous nous adressons à ce remarquable ouvrage de Gaston Bachelard qui a pour
titre L’Air et les Songes, nous nous apercevons que le sous-titre de ce
livre vaut une explication. En effet, le sous-titre est le suivant : “Essai
sur l’imagination du mouvement”. Voici que ce sous-titre est très
significatif et il nous introduit d’emblée dans la pensée de Gaston Bachelard :
le Mouvement.
Mais ce
n’est pas tout. Dès les premières pages, l’auteur y développe plus largement
ses idées, il écrit, à la page 16 : “Avec l’air, le mouvement prime la
substance. Alors, il n’y a de substance que s’il y a mouvement. Le psychisme
aérien nous permettra de réaliser les étapes de la sublimation.”
Ainsi donc,
l’air est mouvement, tel est le premier point à retenir et le premier
qualificatif qu’il convient d’utiliser pour dépeindre au plus vrai les natifs
marqués par l’Air.
Le
Mouvement, mais quelle sorte de mouvement ? A la page 17 dudit ouvrage
Gaston Bachelard nous répond : “Les phénomènes aériens nous donneront
des leçons très générales et très importantes de montée, d’ascension, de
sublimation.”
Ainsi, les
phénomènes de l’air sont des phénomènes de mouvements ascensionnels. L’air est
un mouvement dirigé vers le haut, mais Gaston Bachelard ajoute aussitôt :
de sublimation. Cette dernière notion de sublimation est la plus
importante, à tel point que Gaston Bachelard insiste en écrivant quelques
lignes plus loin : “Le psychisme
aérien nous permettra de réaliser les étapes de la sublimation.”
La “sublimation”
est l’élément capital qu’il convient de souligner afin de ne pas le laisser
passer sans en extraire toute la substance astrologique. Disons même, que cette
dernière pensée de Gaston Bachelard résume, en un remarquable raccourci,
l’élément Air.
Ce raccourci
qui unit dans un premier temps Air à ascension, puis à sublimation, c’est le
nœud autour duquel s’articule la vérité de l’Air, c’est son absolu. C’est, à
n’en point douter, la représentation de l’air dans l’imagination collective et
son mode d’influence dans la psyché humaine.
La
psychologie ascensionnelle des natifs d’Air, est avant tout une psychologie de
la sublimation et en une très belle phrase Gaston Bachelard précise : “L’air
imaginaire est l’hormone qui nous fait grandir psychiquement.” C’est une
étonnante clé que nous donne Gaston Bachelard pour comprendre la destinée des
êtres marqués par l’Air.
Afin que
nous soyons d’accord sur les termes usités, nous devons faire appel à
l’étymologie du mot Sublimation. On trouve comme première
signification : “Transformation directe d’un solide en vapeur sans
passer par l’état liquide.” Ceci est très intéressant au niveau matériel,
car cela donne bien le substrat sur lequel l’idée peut se fonder. En deux on
trouve : “Action d’élever jusqu’au sublime”. Nous avons regardé le
mot sublime, la racine étymologique de sublime vient du latin sublimis
qui signifie : “élevé dans les airs, haut” En trois, on trouve la
définition psychanalytique de la sublimation : “Mécanisme de défense du
Moi, par lequel certaines pulsions instinctuelles sont détachées de leur objet
primitif et intégrées à la personnalité en s’investissant dans des objets
équivalents ayant une valeur sociale positive.”
Nous pouvons
dès maintenant, poser le postulat primordial : l’air est un principe d’ascension,
donc de sublimation.
Ce postulat
élévation/sublimation, nous allons le retrouver constamment en action, au
niveau du vécu, dans les grands thèmes afférents à l’Air. Ce postulat premier
va également se trouver en images poétiques qui sont d’admirables symboles qui
nous aideront à mieux comprendre la psychologie aérienne. La fonction des
poètes est très importante et nous intéresse au plus haut point, puisque les
poètes travaillent avec une matière imagée, un concret qu’ils rendent céleste
grâce à la transmutation de la matière en images, celles-ci portées par des
sons qui parlent directement à l’âme. C’est justement par le biais d’une
fonction poétique que nous pouvons entrer dans une astrologie vivante et non
stéréotypée et cérébralisée.
Certes, il est nécessaire
d’apprendre les choses de manière rationnelle et cérébrale, c’est ce que nous
avions fait au premier niveau, mais ensuite il faut pratiquer une astrologie du
vécu. Ainsi des séries d’images prises sur le vif à l’inconscient des créateurs
illustrent ce que sont les signes, les planètes et les éléments qui les
sous-tendent. A partir de là, les choses seront vécues certes au niveau
intellectuel, mais aussi et surtout au niveau de la sensibilité et de
l’émotionnel, et alors là, elles seront à tout jamais gravées en votre
âme.
Avant d’aller plus avant, nous
allons prendre un exemple concret en faisant appel à Gérard de Nerval. Dans un
de ses poèmes qu’il consacra à Jésus Christ qui s’intitule “Le Christ aux
oliviers”, chapitre V, il fait appel certes à des images matérielles qui
sont finalement des images aériennes, il écrit :
“C’était bien lui, ce fou,
cet insensé sublime…
Cet Icare oublié qui
remontait les cieux,
Ce Phaéton perdu sous la
foudre des dieux,
Ce bel Atys meurtri que
Cybèle ranime !
(…)
- Celui qui donna l’âme aux enfants du limon.”
Avez-vous remarqué, à la
lecture de ce poème, comment dans cette vision l’histoire de Jésus, qui est
sienne, dès le début le poète emprunte à la symbolique de l’Air son image
comparative puisqu’il écrit : “Cet Icare oublié qui remontait les
cieux.”
Or, ce texte est une magie. En
effet, dès qu’on le lit ou l’entend automatiquement on regarde vers le ciel.
Quand on dit : “C’était bien lui, ce fou, cet insensé sublime… Cet
Icare oublié qui remontait les cieux” automatiquement le diseur regarde
vers le haut, ou bien, il illustre sa pensée par un geste qui s’élève. Il ne
viendrait à l’idée de personne de dire ce texte en regardant le sol. Si un
conteur lit cette phrase : “C’était bien lui, ce fou, cet insensé
sublime…Cet Icare oublié qui remontait les cieux” en regardant ses pieds,
le public s’exclamerait en disant que cet homme est fou, qu’il ne comprend rien
à son métier de conteur. Vous voyez, c’est une magie, Gérard de Nerval en
dégageant des images aériennes nous oblige à regarder en l’air.
Les poètes marqués par
l’élément aérien, lorsqu’ils sont dans l’obligation de faire intervenir un
corps matériel à leur rêve d’envol, introduisent naturellement dans leur
arsenal d’images poétiques des notions d’ailes, d’oiseaux, d’aviation, de vol…
Mais ne nous y trompons pas, ces concepts matériels ne sont là que pour
traduire et mettre en image leur état d’âme de sublimation.
Ainsi, lorsque le Gémeaux
Gérard de Nerval nous parle de Jésus, il dit : “Celui qui donna l’âme
aux enfants du limon.” L’âme est bien une affaire d’Air et de sublimation.
Par conséquent, il faut savoir
lire les génies entre les lignes et savoir les entendre avec des oreilles
d’Astrologue afin de pouvoir, ensuite, déchiffrer les vibrations de l’âme
humaine.
Dialectique Air/Terre :
Si nous employons la méthode
des contraires, et que nous mettions en face de l’élément Air, - qui est dans
la nature l’élément le plus subtil, le plus léger, le plus volatil - l’élément
le plus lourd : la Terre. C’est le limon : “Jésus qui donna l’âme
aux enfants du limon.”
Gérard de Nerval
L’antithèse qui soutient ici
l’inspiration poétique est une antithèse d’élément que nous retrouvons dans le
thème de Gérard de Nerval, puisqu’en outre d’un Soleil angulaire au DS en
Gémeaux, nous avons un Mercure en Taureau qui est lui aussi angulaire au DS, en
outre, le Taureau contient la Lune, Vénus et Mars. Par conséquent, le poète a
traduit sa double polarité : Gémeaux/Taureau en Mot et en image. Ainsi, Jésus
qui donna l’âme (Gémeaux) aux enfants du limon (Taureau). Par
conséquent, ce seul vers à lui seul résume son thème.
Ainsi, la dialectique Air/Terre
nous fait bien comprendre les mariages d’éléments à l’intérieur d’un thème.
C’est-à-dire, les mécanismes thématiques qui font que nous ne sommes pas
tributaires d’un seul élément mais de plusieurs qui sont imbriqués en notre
psyché.
La dialectique Air/Terre, est
une dialectique où légèreté et lourdeur vont s’opposer. De ce fait,
s’opposeront tout naturellement évolution et risque d’involution ;
sublimation ou tentative de sublimation et danger de banalisation ; ou
bien s’opposeront encore ascension et chute.
C’est tout le parallèle entre
la chute vers la terre et la chute vers le plus profond de la terre de Lucifer,
l’ange maudit. Quant à l’ascension au ciel du Christ au troisième jour, elle se
présente comme une antithèse : c’est un symbole extraordinaire. Avec cette
dialectique Terre/Air se trouve posé le problème du dégagement du corps hors de
la lourde gangue de la matière et l’élargissement de l’âme, de sa montée dans
le subtil infini de l’azur. Evolution de l’âme est ce que nous propose, en sa
nuance première, l’élément Air.
Si nous comparons l’attitude
psychique de ceux qui sont marqués par l’Air par rapport à ceux qui sont
marqués par la Terre, on perçoit avec l’Air une attitude de libération et avec
la Terre, une attitude d’enrichissement. Ainsi le suggèrent les imaginations
terrestres qui rêvent de ne rien perdre tandis que les imaginations aériennes
rêvent de tout donner.
Pour les natifs de la Terre
donner c’est abandonner, c’est devenir léger et du coup perdre quelque chose
d’eux-mêmes, de leur substance, de leur gravité, de leur personnalité,
c’est-à-dire leurs racines, car sans racines, les natifs marqués par la Terre
ont peur de mourir, ils se voient à l’image d’un arbre coupé.
Au contraire, pour les natifs
marqués par l’Air, tout donner c’est s’affirmer, c’est exister plus pleinement.
En effet, donner c’est s’alléger, c’est exister dans la verticalité et la
légèreté.
Il ne faut voir ici que deux
attitudes différentes, sans privilégier l’une par rapport à l’autre. Les natifs
de Terre ont raison de se creuser des racines, de mettre l’accent sur le verbe
avoir, au même titre que les natifs marqués par l’Air ont raison de mettre
l’accent sur le feuillage et les oiseaux et de tout donner afin d’être plus.
Chaque individu a tort et raison en même temps, ce n’est qu’une question de
“point de vue”. Ainsi, il ne s’agit pas de juger, mais de comprendre et
d’adhérer à la vérité profonde de la personne. Si vous êtes face à un natif
marqué par la Terre, il faut que vous acceptiez les symboles de la Terre et son
comportement, car il ne s’agit pas de dire : “Il faudrait vous alléger,
etc…” Il le voudrait peut-être mais ce n’est pas le problème, ce qui compte
c’est “sa” vérité et non pas la vôtre.
Si j’insiste sur ce point,
c’est parce que l’on a naturellement tendance à projeter son propre univers
intérieur sur autrui. La projection est un point fondamental à connaître, car
il nous induit constamment en erreur : c’est d’ailleurs pour ces motifs,
qu’en astro-psychanalyse, nous aborderons ce point en profondeur.
Donc, pour un psychisme aérien,
ce qui est riche en matière est lourd et pauvre en mouvement. Car pour lui, ce
qui compte c’est le mouvement, et toute pesanteur matérielle est considérée par
lui, comme une entrave à son élan intérieur, à sa perfectibilité voire à sa
purification.
Simone Veil a écrit un très
joli livre dont le titre : La pesanteur et la Grâce, symbolise
parfaitement la dialectique Terre/Air.
Tandis que pour un terrien,
tout ce qui est léger est contraire à sa gravité, à la profondeur de sa
méditation.
Pour que le natif aérien adhère
à sa véritable nature, il se doit de rompre avec une matière trop riche, afin
d’imposer un mouvement, une libération, une mobilité, un envol.
Dans l’imaginaire aérien toutes
les images deviennent libres, mobiles, elles montent, le vent les prend.
Cependant le rêve de vol peut être double, Gaston Bachelard écrit : “Par
sa substance, en effet, le rêve de vol est soumis à la dialectique de la
légèreté et de la lourdeur. De ce seul fait, le rêve de vol reçoit deux espèces
très différentes : il est des vols légers ; il est des vols lourds.
Autour de ces deux caractères s’accumulent toutes les dialectiques de la joie
et de la peine, de l’essor et de la fatigue, de l’activité et de la passivité,
de l’espérance et du regret, du bien et du mal.” (L’Air et les Songes
page 30)
Poussons plus loin notre
investigation, méditons une phrase d’Albert Béguin qui écrit dans L’Âme
romantique : “Dès ici bas… l’âme appartient à deux mondes, l’un de
la pesanteur, l’autre de la lumière.” Albert Béguin ajoute : “Mais
il serait faux de croire que l’un soit néant, l’autre réalité.”
Ainsi à la suite de cette
phrase d’Albert Béguin, on peut opposer l’Air à la Terre, la Légèreté à la
Pesanteur mais aussi la Lumière à la Pesanteur. Cette dialectique qui met en
face à face Pesanteur et Lumière correspond, elle aussi, à une sorte de
bi-réalisme de l’imaginaire qui commande toute vie psychique.
Louis Ferdinand Céline voyait
dans la lumière et dans la pesanteur la dualité primordiale de la nature.
Face aux abîmes obscurs de la
Terre se présentent les lumineuses cimes aériennes.
Dialectique Air/Eau :
Si nous poursuivons la
dialectique entre les éléments et que nous plaçons face à l’élément Air
l’élément Eau, nous allons voir apparaître les points de divergences.
Par son élan, l’Air se présente
comme une verticalité, par son état l’Eau se présente dans la nature comme une
horizontalité. Par conséquent, l’Air et l’Eau se présentent à nous comme deux
axes différentiels du monde : l’axe vertical d’une part et l’axe horizontal
de l’autre. De telle sorte qu’un être qui est marqué par ces deux éléments doit
passer de l’horizontalité à la verticalité. C’est le thème du jet d’eau,
c’est-à-dire que cet être doit jaillir et s’élever pour vivre son thème au plus
haut niveau.
Dialectique Air/Terre :
Si nous voulons préciser
l’exacte zone de différence qui existe entre et l’Air les deux éléments
précités : la Terre et l’Eau, il suffit de faire appel à un poète marqué
par la Terre et l’Eau comme par exemple Edgar Allan Poe, né le 19
janvier 1809 à Boston (USA) à 2 heures 30 minutes, qui est le prototype même de
l’Eau et de la Terre.
En effet, dans son thème l’Eau est présentée par une Lune
angulaire au FC accompagnée de Vénus, de Jupiter et de Pluton, le tout est dans
le signe aquatique des Poissons. En outre, la Lune est au carré de Neptune,
Maître de l’amas, conjoint à Saturne, ces deux derniers s’apprêtent à se lever.
L’Ascendant étant au Scorpion. La Terre apparaît comme sous-dominante par un
Saturne qui s’apprête à se lever, au carré du MC et au sextile d’une
conjonction Soleil-Mercure en Capricorne.
Lorsque nous
lisons les œuvres d’Edgar Allan Poe, une première remarque s’impose à notre
esprit, c’est que tout y est horizontalité et pesanteur. Par exemple, dans La
Chute de la maison Usher, il y a une atmosphère lourde et pesante. Voir des
œuvres comme Le Corbeau, Le Domaine de la Fée, Morella,
autant de chefs-d’œuvre dont les êtres marqués par l’Air ont horreur. Car les
êtres marqués par l’Air ont besoin de s’élever et voilà qu’Edgar Poe les tire
par les pieds et les oblige à tomber, car l’univers de Poe est un univers
horizontal, lourd et pesant, alors que l’Air est vertical et léger ou lourd,
mais vertical. Tandis qu’avec la Terre et l’Eau nous avons la lourdeur, rien ne
décolle.
Gaston Bachelard
écrit : “Comme la rêverie d’Edgar Poe est une rêverie de la lourdeur,
elle alourdit les objets. Les souffles mêmes de l’air prennent de la lourdeur,
de la lenteur dans des draperies, dans des velours. Au cours des récits ainsi
que dans beaucoup de poèmes, insensiblement tous les voiles se chargent. Rien
ne s’envole.” (L’Air et les Songes page 120)
Par exemple dans
un ouvrage d’Edgar Poe : Le Masque de la Mort rouge, on peut y lire
: “La septième salle – la dernière – du palais de Prospero est
rigoureusement ensevelie de tentures de velours noir qui revêtaient tout le
plafond et les murs, et retombaient en lourdes nappes sur un tapis de même
étoffe.” Vous sentez combien c’est lourd. Nous retrouvons, d’ailleurs, le
même effet dans une autre œuvre d’Edgar Poe qui a pour titre Ligéia, “les
murs, prodigieusement hauts, étaient tendus du haut jusqu’en bas d’une
tapisserie lourde et d’apparence massive qui tombait par vastes nappes, - tapisserie
faite avec la même matière qui avait été employée pour le tapis du parquet, les
ottomanes, le lit d’ébène, le baldaquin du lit et les somptueux rideaux qui
cachaient en partie la fenêtre.”
Dans toutes les
chambres dramatiques d’Edgar Poe, on retrouve ce même effet de lourdeur
enveloppante, sur toute chose, en une horrible caresse. Disons que la mort pose
son voile de lourdeur.
La même lenteur,
la même lourdeur est imposée aussi dans les poèmes et dans les contes. La
sensation dynamique de l’affaiblissement de l’âme est réalisée dans une
atmosphère pesante. A propos d’Edgar Poe, Gaston Bachelard conclut en
écrivant : “Alors l’air tout proche, l’air qui devrait être notre
liberté est notre prison, une prison étroite, l’atmosphère est pesante. La terreur
nous rend à la terre.”
Tout au
contraire en est-il des textes de poètes marqués par l’Air. Ici tout s’y fait
léger, subtil, ascensionnel. Par exemple Gérard de Nerval exprime ces
symboles de l’Air dans un poème qui s’intitule : Une Allée du
Luxembourg :
Lorsque nous
lisons les œuvres d’Edgar Allan Poe, une première remarque s’impose à notre
esprit, c’est que tout y est horizontalité et pesanteur. Par exemple, dans La
Chute de la maison Usher, il y a une atmosphère lourde et pesante. Voir des
œuvres comme Le Corbeau, Le Domaine de la Fée, Morella,
autant de chefs-d’œuvre dont les êtres marqués par l’Air ont horreur. Car les
êtres marqués par l’Air ont besoin de s’élever et voilà qu’Edgar Poe les tire
par les pieds et les oblige à tomber, car l’univers de Poe est un univers
horizontal, lourd et pesant, alors que l’Air est vertical et léger ou lourd,
mais vertical. Tandis qu’avec la Terre et l’Eau nous avons la lourdeur, rien ne
décolle.
Gaston Bachelard
écrit : “Comme la rêverie d’Edgar Poe est une rêverie de la lourdeur,
elle alourdit les objets. Les souffles mêmes de l’air prennent de la lourdeur,
de la lenteur dans des draperies, dans des velours. Au cours des récits ainsi
que dans beaucoup de poèmes, insensiblement tous les voiles se chargent. Rien
ne s’envole.” (L’Air et les Songes page 120)
Par exemple dans
un ouvrage d’Edgar Poe : Le Masque de la Mort rouge, on peut y lire
: “La septième salle – la dernière – du palais de Prospero est
rigoureusement ensevelie de tentures de velours noir qui revêtaient tout le
plafond et les murs, et retombaient en lourdes nappes sur un tapis de même
étoffe.” Vous sentez combien c’est lourd. Nous retrouvons, d’ailleurs, le
même effet dans une autre œuvre d’Edgar Poe qui a pour titre Ligéia, “les
murs, prodigieusement hauts, étaient tendus du haut jusqu’en bas d’une
tapisserie lourde et d’apparence massive qui tombait par vastes nappes, - tapisserie
faite avec la même matière qui avait été employée pour le tapis du parquet, les
ottomanes, le lit d’ébène, le baldaquin du lit et les somptueux rideaux qui
cachaient en partie la fenêtre.”
Dans toutes les
chambres dramatiques d’Edgar Poe, on retrouve ce même effet de lourdeur
enveloppante, sur toute chose, en une horrible caresse. Disons que la mort pose
son voile de lourdeur.
La même lenteur,
la même lourdeur est imposée aussi dans les poèmes et dans les contes. La
sensation dynamique de l’affaiblissement de l’âme est réalisée dans une
atmosphère pesante. A propos d’Edgar Poe, Gaston Bachelard conclut en
écrivant : “Alors l’air tout proche, l’air qui devrait être notre
liberté est notre prison, une prison étroite, l’atmosphère est pesante. La terreur
nous rend à la terre.”
Tout au
contraire en est-il des textes de poètes marqués par l’Air. Ici tout s’y fait
léger, subtil, ascensionnel. Par exemple Gérard de Nerval exprime ces
symboles de l’Air dans un poème qui s’intitule : Une Allée du
Luxembourg :
Elle a passé, la jeune fille
Vive et preste comme un
oiseau ;
A la main une fleur qui brille,
A la bouche un refrain nouveau.
C’est peut-être la seule au monde
Dont le cœur au mien répondrait,
Qui venant dans ma nuit profonde
D’un
seul regard l’éclaircirait !
Mais non, - ma jeunesse est
finie…
Adieu, doux rayon qui m’a lui, -
Parfum, jeune fille, harmonie…
Le bonheur passait, - il a
fui !
Dans
les termes mêmes du poème, on retrouve les symboles et les mots propres à l’air
tels que : vive, preste, oiseau, fleur, brille, refrain nouveau, également
la lumière par : éclaircirait. Donc ici, tout est léger, subtil et fin.
Paul
Valéry, né le 30 octobre 1871 à Sète (Hérault) à 19 heures.
Son thème
présente un AS et une Lune en Gémeaux, la Lune se lève, elle est
harmonieusement reliée à Vénus et à Jupiter. Lui aussi, obéit à une dynamique
Gémeaux, et là c’est la même légèreté avec des termes typiquement aériens tels
que : la colombe, l’azur, la brise, le firmament. Tous ces termes sont
usités dans le poème qui s’intitule Palme :
Patience, patience,
Patience dans l’azur !
Chaque atome de silence
Est la chance d’un fruit
mûr !
Viendra l’heureuse
surprise :
Une colombe, la brise
L’ébranlement le plus doux,
Une femme qui s’appuie,
Feront tomber cette pluie
Où l’on se jette à genoux !
Qu’un peuple à présent s’écroule,
Palme ! …
irrésistiblement !
Dans la poudre qui se roule
Sur les fruits du
firmament !
Tu n’as pas perdu ces heures
Si légère tu demeures
Après ces beaux abandons
Pareille à celui qui pense
Et dont l’âme se dépense
A s’accroître de ses dons !
L’appareil
sublimatif apparaît dans la dernière phrase : “Pareille à celui qui
pense et dont l’âme se dépense à s’accroître de ses dons !”
C’est ce que nous disons : c’est en
donnant que le natif marqué par l’Air “s’accroît de ses dons !”.
De même Alain Fournier,
né le 3 octobre 1886 à la Chapelle d’Angillon (Cher) à 5 heures.
Son thème
présente une Vénus conjointe à l’AS, en aspect du MC et d’une Lune angulaire au
FC. La Balance contient un amas composé du Soleil, de Mercure, de Jupiter et
d’Uranus. Dans son œuvre Le Grand Maulne, on y sent une poésie très
palpable, une rêverie immatérielle.
Dialectique Air/Feu :
Maintenant,
nous allons mettre dans un face à face l’Air et le Feu. Ce dernier vis-à-vis va
nous permettre de préciser définitivement les limites de l’Air. Nous allons
faire appel à un poète marqué par le Feu et l’Air : William Blake,
né le 28 novembre 1757 à Londres (Angleterre) à 19 heures 30 minutes.
Dans son thème
le Feu est représenté par Uranus conjoint au MC, au trigone de l’AS, Mars en
Lion est au sesqui-carré du MC et au semi-carré de la Lune, le Sagittaire contient
le Soleil. L’Air est représenté par une angularité de Vénus au DS et Jupiter
est conjoint au Soleil et au Mercure puis il aspecte les deux angles par
trigone.
Dans un poème qui s’intitule Message, Blake écrit :
Pauvre, pâle, pitoyable forme
Que je suis dans la tempête !
Des fleurs de fer et des hurlements de plomb
Dans un poème qui s’intitule Message, Blake écrit :
Pauvre, pâle, pitoyable forme
Que je suis dans la tempête !
Des fleurs de fer et des hurlements de plomb
Entourent
ma tête douloureuse.
Dans la
poétique blakienne, l’air ne s’apaise pas, c’est la tempête – “Des
fleurs de fer et des hurlements de plomb” – et ailleurs, dans ses textes on
trouve des coulées de laves, des éblouissements d’or. Lorsqu’il parle d’Air,
avec le feu l’air reste “énergie”. C’est donc avant tout la leçon dynamique que
Blake tire de l’Air, à telle fin que sur son sujet Gaston Bachelard
écrivit : “Chez Blake, l’imagination dynamique est une information de
l’énergie. Pour comprendre Blake, il faut que le lecteur s’apprenne à alterner
tous les muscles du corps, et qu’il y joigne essentiellement à l’effort un
souffle, un souffle de colère.” (L’Air et les Songes page 97)
“Un souffle
de colère” est une terminologie qui convient parfaitement à un mélange
Air/Feu. Aussi, la remarque que fait Gaston Bachelard est évidente, en effet,
si nous sommes amenés à prononcer ce texte de William Blake : Pauvre,
pâle, pitoyable forme que je suis dans la tempête ! Des fleurs de fer et
des hurlements de plomb entourent ma tête douloureuse. Il faut en effet,
alterner les muscles de son corps et ceci n’est pas du tout la même dialectique
intérieure que : Patience, patience, patience dans l’azur ! Chaque
atome de silence est la chance d’un fruit mûr ! Vous sentez bien qu’au
niveau même du physique ce n’est du tout la même forme. Dans le Feu, nous le
savons, il y a tension, tandis que dans l’Air il y a détente.
Pour
finir, prenons un autre poème de Paul Valéry qui a pour titre La Fileuse,
dans lequel vous allez sentir le charme aérien et subtil qui se dégage de ce
texte.
Assise, la fileuse au bleu de
la croisée
Où le jardin mélodieux se
dodeline ;
Le rouet ancien qui ronfle l’a
grisée.
Lasse, ayant bu l’azur, de
filer la câline
Chevelure, à ses doigts si
faibles, évasive,
Elle songe, et sa tête petite
s’incline.
Un arbuste et l’air pur font
une source vive.
Qui, suspendue au jour,
délicieuse arrose
De ses pertes de fleurs le
jardin de l’oisive.
Une tige, où le vent vagabond
se repose,
Courbe le salut vain de sa
grâce étoilée,
Dédiant magnifique, au vieux
rouet, sa rose.
Gaston
Bachelard disait au sujet de La Fileuse qu’en chaque strophe il y a “un
peu d’air pur, un peu d’air bleu, un flocon reposé.”
Ce
poème finit avec la rose, qui est un symbole sublimatif. Ce poème, laisse à
l’âme une impression de tranquillité, de bonheur apaisé, une espèce de
libération de l’âme.
D’ailleurs
est-il besoin réellement de souligner que dans le règne de l’imagination
l’épithète qui est le plus proche du substantif Air, c’est l’épithète Libre.
D’ailleurs ne dit-on pas “libre comme l’air”. Or, la liberté, pour les
natifs marqués par l’Air, sous-entend le bonheur : libre, heureux, au
niveau de l’inconscient collectif c’est la même chose. Par conséquent, le
bonheur est un des problèmes chers à l’âme des natifs d’Air.
Frédéric
Nietzsche, né le 15 octobre 1844 à Röcken (Prusse) à 9 h 30 ; qui était marqué par le Feu, avait une composante d’Air, par
la Vénus angulaire au MC et le Soleil et Mercure en Balance. Il se désignait
lui-même comme un aérien, il écrit dans Poésies :
“Nuit
d’orage – qu’importe de vous ?
A nous
autres esprits libres, esprits aériens, esprit joyeux.”
Par
conséquent, parce que l’esprit est libre, l’esprit est joyeux. Voilà ce que
Nietzsche nous dit. Et c’est une vérité ! En effet, pour Nietzsche,
l’air est la substance même de notre liberté, la substance de la joie
surhumaine.
D’ailleurs si
l’on voulait délimiter la joie de chacun des éléments, on peut dire que la joie
aérienne est liberté ; la joie terrestre est richesse et pesanteur ;
la joie ignée est amour, désir et passion ; la joie aquatique est
repos, rêverie et bercement.
Gaston
Bachelard écrit à la page 157 (Op. cit.) : “Dans le règne de
l’imagination, l’air nous libère des rêveries substantielles, intimes,
digestives. Il nous libère de notre attachement aux matières : il est donc
la matière de notre liberté.”
Pour
terminer notre première approche dialectique entre l’Air et les trois autres
éléments, nous pouvons citer un passage de Poésies de Frédéric
Nietzsche. Celui-ci résumera quelques notions que nous venons d’aborder au
sujet de l’élément Air. Il écrit
ceci :
Jette dans
l’abîme ce que tu as de plus lourd !
Homme
oublie ! Homme oublie !
Divin est
l’art d’oublier !
Si tu veux
t’élever,
Si tu veux
être chez toi dans les hauteurs
Jette à la
mer ce que tu as de plus lourd !
Voici la
mer, jette-toi à la mer,
Divin est
l’art d’oublier.
Gaston
Bachelard enchaîne en écrivant : “Ici, avec Nietzsche, il s’agit de
jeter loin de nous tous nos poids, tous nos regrets, tous nos remords,
toutes nos rancunes, tout ce qui en nous regarde vers le passé – il s’agit de
jeter à la mer tout notre être pesant pour qu’il disparaisse à jamais. Ainsi
nous anéantirons notre double pesant, ce qui, en nous, est terre,
ce qui, en nous, est passé intime caché. Alors nous surgirons
libres comme l’air, hors du cachot de nos propres cachotteries. Nous serons
subitement sincères avec nous-mêmes.” (L’Air et les Songes page 165)
Les images symboliques aériennes :
Pour que notre compréhension de
l’Air soit plus complète, nous allons rechercher, à présent, quelques-uns des
mots qui associent au plus juste leur image avec la représentation de cet
élément impalpable qu’est l’Air.
En premier, se présentent à
notre esprit des mots comme l’oiseau et l’aile. En effet, dans oiseau et
aile, on retrouve des mots comme : légèreté, élan, envol, ascension,
liberté…
Gaston Bachelard, écrit : “Ce
qui est beau, chez l’oiseau, primitivement, c’est le vol. Pour l’imagination
dynamique, le vol est une beauté première. On ne voit la beauté du plumage que
lorsque l’oiseau se pose à terre, lorsqu’il n’est plus pour la rêverie, un
oiseau.”
L’oiseau et l’aile, qui
symbolisent l’oiseau, se rattachent à l’amour. Ainsi, les expressions courantes
comme : “l’amour donne des ailes…”. L’oiseau est présent encore dans les
rituels du mariage où l’on fait voler des colombes…
On peut se poser la question
suivante : d’où vient cette adjonction de l’oiseau avec l’amour ?
Gaston Bachelard évoque Toussenel
lequel, dans son ouvrage Le Monde des Oiseaux écrit : “Quand
vous aviez vingt ans, vous avez quelquefois senti dans le sommeil votre corps
allégé quitter le sol et planer dans l’espace, défendu contre la loi de
gravitation par des forces invisibles.” En vertu de l’infinie douceur du
vol onirique, Toussenel valorise le souvenir de la nuit : “C’était,
dit-il, une révélation que Dieu nous faisait et un avant-goût qu’il nous
donnait des jouissances de la vie aromale…” La vie aromale est une vie
future qui nous attend quand nous serons rendus à notre état purement aérien.
Et Gaston Bachelard écrit : “Le vol est ainsi à la fois un souvenir de
nos rêves et un désir de la récompense que Dieu nous donnera, aussi « nous
envions le sort de l’oiseau et nous prêtons des ailes à celle que nous aimons,
parce que nous sentons d’instinct que, dans la sphère du bonheur, nos corps
jouiront de la faculté de traverser l’espace comme l’oiseau traverse
l’air ». On le voit, la Ptéropsychologie formule un idéal, une transcendance que réalise déjà l’expérience du rêve.” (L’Air
et les Songes page 82)
D’autre part, dans Phèdre,
Platon a cette réflexion : “La force de l’aile est, par nature, de
pouvoir élever et conduire ce qui est pesant vers les hauteurs où habite la
race des dieux. De toutes les choses attenantes au corps, ce sont les ailes qui
le plus participent à ce qui est divin.”
Aussi bien, avec le symbole de
l’aile nous rejoignons d’emblée le problème de la sublimation.
Enfin, dans Le Monde des
Oiseaux, Toussenel écrit : “L’oiseau, vif, gracieux, léger, reflète
de préférence les images adorées, jeunes, suaves et pures.” En fait ce sont
ces dernières images, nous dit Gaston Bachelard, qui sont les réalités
psychiques premières. C’est parce que nous vivons par l’imagination un vol
heureux, un vol qui nous donne l’impression de jeunesse, c’est parce que le vol
onirique est souvent – contre toutes les leçons de la psychanalyse classique –
une volupté du pur que nous donnons tant de qualités morales à
l’oiseau qui traverse le ciel de nos journées. (…) Dans l’inconscient déjà,
toutes les impressions diverses de légèreté, de vivacité, de jeunesse, de
pureté, de douceur, avaient échangé leur valeur symbolique. L’aile n’a fait,
ensuite, que donner un nom au symbole, et l’oiseau est venu en dernier lieu
pour donner de l’être au symbole.
En second lieu, parmi les
symboles afférents à l’élément Air, arrive l’arbre. L’arbre aide le poète à
dépasser les cimes, à vivre une vie aérienne. Toutefois, le symbole de l’arbre
est double, il présente une dualité. En effet, ce symbole présente un élan
prodigieux qui projette l’arbre aussi bien en bas, c’est-à-dire jusqu’au cœur
de la terre avec ses racines – jusqu’au cœur de la terre ceci veut dire là où
les hommes morts s’enfoncent dans l’obscurité, dans l’humide, le dense
sous-sol, là où l’humain peut rejoindre ses ancêtres. Mais, d’autre part,
l’arbre se projette aussi vers les hauteurs de l’Air. Par conséquent, nous
sentons bien qu’avec le symbole de l’arbre, il y a d’un côté la vie profonde,
obscure et souterraine et de l’autre, le séjour aérien. Ainsi, par
extrapolation poétique ou métaphysique, on peut dire que l’arbre unit
l’infernal au céleste, c’est-à-dire qu’il unit l’Air à la Terre, la lumière à
la nuit.
Grâce à cette dualité de
l’arbre, voici résumée, sans qu’il y paraisse, l’exacte dualité du premier
signe d’Air : Les Gémeaux. En effet, le Gémeaux est un signe d’Air, mais
il a pour Maître une planète de Terre qui est Mercure, d’où l’aspect cérébral
du signe, tandis que l’air lui donne sa mobilité, son mouvement.
Face à un arbre comme par
exemple un pin, les imaginations les plus diverses peuvent revivre leur thème
favori, que l’imagination soit ignée, aquatique, terrestre ou aérienne. Si vous
prononcez le mot arbre, vous allez induire un certain nombre de mots clés que
l’individu va prononcer ou bien qu’il va traduire en rêve.
Les uns rêvent comme Arthur
Schopenhauer, par exemple, à la vie souterraine du pin (Terre). Les autres,
devant le mot inducteur “arbre”, vont rêver au bruissement des aiguilles et du
vent, ou bien au chant des oiseaux (Air). D’autres, au contraire, vous diront
qu’ils sentent puissamment la victoire aquatique de la vie végétale, ils
percevront la sève monter (Eau). D’autres sauront d’instinct que l’arbre est le
père du feu, et si vous leur dites arbre ils répondront : bûche, foyer,
feu, etc. Ils vous parleront, peut-être du bois qui crépite, de la résine qui
s’écoule dans la flamme, ils peindront un rêve de feu et de lumière (Feu).
Un même objet du monde
terrestre, peut donner le spectre complet des imaginations matérielles ;
les rêves les plus divers viennent se réunir sur une même image matérielle,
quelle que soit l’image donnée.
Enfin, s’associe à l’idée de
l’arbre quelque chose qu’il ne faut pas passer sous silence, parce qu’elle
s’associe à l’idée de l’Air, c’est la peur de tomber. C’est une peur primitive,
car les ancêtres de l’homme étaient arboricoles, ils vivaient dans les arbres
et par conséquent ils avaient la peur inconsciente de choir de l’arbre où ils
étaient, car s’ils tombaient de l’arbre, ils risquaient d’être dévorés par les
fauves. D’ailleurs, l’expression populaire dit bien, lorsqu’il y a une chute
sociale : “s’accrocher aux branches”, cette expression a son origine ici.
La peur de tomber est une peur primitive que l’on va retrouver comme une
composante, parmi les peurs les plus variées dans la composante aérienne.
Inversement, dans les signes
d’Air, il y a aussi la chute vers le haut. Les êtres marqués par l’air
souhaitent une chute vers le haut. Je prends un exemple : dans un texte du
Psaume du Roi de Beauté de Czeslaw Milosz, on peut lire :
“… Je voudrais m’endormir
sur ce trône du temps ! Tomber de bas en haut dans l’abîme divin.”
Vous voyez la traduction de
l’idée de chute vers le haut qui hante la pensée des natifs marqués par l’Air.
Ici, sans qu’il y paraisse, nous venons de décrire le troisième signe d’Air qui
est le Verseau. Car dans le hiéroglyphe du Verseau, nous savons qu’entre les
deux vagues il y a tout un abîme aérien voire l’éventuel abîme divin.
Quant à la Balance, qui elle
est l’équilibre entre les deux signes que sont les Gémeaux et le Verseau, la
Balance pèse les mondes, elle pèse l’âme, elle est jugement dernier et rien
n’échappe à cette pesée de l’âme où tout est valeur, la vie est valorisation.
L’être marqué par la Balance pèse toujours des choses différentes avant de
faire son choix, c’est-à-dire avant d’équilibrer sa balance. Cependant, le
poids n’est pas sur les choses et sur le monde, il est sur notre âme, le poids
est toujours sur notre esprit et sur notre cœur. Le poids des choses est sur
l’homme et le rôle de la Balance est précisément de peser l’homme.
Conclusion :
Ici aussi, nous n’avons fait
qu’ébaucher l’œuvre de Gaston Bachelard, aussi je vous recommande vivement la
lecture de son ouvrage : “L’Air et les Songes” Édition José Corti.
L’EAU
Dans La
Mythologie du Rhin et les contes de la mère-grand, X. B. Saintine
écrit :
“Les Celtes
usaient de divers et étranges moyens vis-à-vis des dépouilles humaines pour les
faire disparaître. Dans tel pays, on les brûlait, et l’arbre natif fournissait
le bois du bûcher ; dans tel autre, le Todtenbaum (l’arbre de
mort), creusé par la hache, servait de cercueil à son propriétaire. Ce
cercueil, on l’enfouissait sous terre, à moins qu’on ne le livrât au courant du
fleuve, chargé de le transporter Dieu sait où ! Enfin, dans certains
cantons existait un usage, - usage horrible ! – qui consistait à exposer
le corps à la voracité des oiseaux de proie ; et le lieu de cette
exposition lugubre, c’était le sommet, la cime de ce même arbre planté à la
naissance du défunt, et qui cette fois, par exception, ne devait pas tomber
avec lui.” Et Saintine, commentant ces coutumes, ajoute : “Or, que
voyons-nous dans ces quatre moyens si tranchés de restituer les dépouilles
humaines, à l’air, à l’eau, à la terre et au feu ?”
Commentant
cette page Gaston Bachelard nous dit ceci : “Dès sa naissance, l’homme
était voué au végétal, il avait son arbre personnel. Il fallait que la mort eût
la même protection que la vie. Ainsi replacé au cœur du végétal, rendu au sein
végétant de l’arbre, le cadavre était livré au feu ; ou bien à la
terre ; ou bien il attendait dans la feuillée, à la cime des forêts, la
dissolution dans l’air, dissolution aidée par les oiseaux de la Nuit, par les
milles fantômes du Vent. Ou bien enfin, plus intimement, toujours allongé dans
son cercueil naturel, dans son double végétal, dans son dévorant
et vivant sarcophage, dans l’Arbre, il était donné à l’eau, il était abandonné
aux flots.” (L’Eau et les Rêves, page 99).
Cette loi, énoncée par Saintine, Gaston
Bachelard se propose de l’appeler la loi des quatre patries de la Mort.
Nous voyons donc, une fois de plus, l’importance des quatre éléments dans leur
rapport intime avec l’âme et le comportement humain.
Pour définir l’élément aquatique, nous allons
employer une triple méthode. Dans un premier temps, nous allons tenter de
préciser ce que représente l’eau dans la nature. Puis, ensuite, nous nous
essaierons à cerner les particularités de chacune de ces trois eaux différentes
que sont l’eau du Cancer, l’eau du Scorpion et l’eau des Poissons.
Enfin, nous dégagerons les grands complexes
afférents à l’élément aquatique tel qu’ils apparaissent dans les travaux de
Gaston Bachelard.
L’Eau dans la nature :
Si l’on replace l’eau dans la nature et que
l’on essaie de la situer par rapport aux autres éléments, on remarque dès
l’abord que l’eau est un miroir.
C’est le miroir de la terre, c’est une
particularité qui lui est propre et que ne possèdent pas les autres éléments.
Lorsque dans un paysage se situent un plan d’eau, un lac, un bassin, un
ruisseau, tout s’y mire. Nous pourrions ajouter : tout s’y regarde.
Ainsi, voilà que grâce à l’eau, tout paysage devient, soudain, comme un être
vivant capable de se voir.
C’est qu’en effet, ce double frémissant des
choses que fait l’eau en leur donnant mouvement, leur donne vie. Le pouvoir
vitalisant des miroirs est connu. Parce qu’elle est miroir, miroir mobile,
l’eau a de même le pouvoir magique d’insuffler la vie aux choses. Un paysage
sans eau, figé en son immuable et millénaire immobilité est un paysage mort.
Ainsi, aux choses qui par leur statisme paraissent comme privées de vie, l’eau,
soudain, donne vie. Par sa puissance de miroir qui bouge, elle les rend à notre
semblance. Avec et grâce à l’eau, tout paysage devient comme un être vivant,
comme un alter ego. C’est ainsi qu’un arbre, un roc, un nuage, par leur
présence deviennent autant d’amis chers et familiers, de doubles de nous-mêmes,
auxquels on croit pouvoir se confier.
Humaniser les choses est donc un des premiers
pouvoirs de l’eau. C’est un étrange pouvoir que d’humaniser ainsi les choses et
de nous montrer que sous l’apparence de la mort il y a la vie frémissante qui
circule. En nous dévoilant ce mystère l’eau nous montre qu’elle a un pouvoir occulte.
Or, parce qu’elle est miroir, l’eau nous
apparaît de ce fait comme l’œil de la terre. Dans la nature c’est l’eau qui
voit. Le feu réchauffe ou bien il détruit ; la terre soutient ; l’air
parle, il suffit de penser au bruit du vent dans les arbres, mais c’est l’eau
qui regarde.
Paul Claudel né le 6 août
1868 à Villeneuve sur Fère (Aisne) à 4 heures.
Son thème est
marqué par un Neptune angulaire au MC au trigone du Soleil et une valorisation
du Cancer par la présence de Mercure et Vénus qui se lèvent.
Paul Claudel
n’avait été sans remarquer cette particularité de l’eau, dans son ouvrage L’Oiseau
noir dans le Soleil levant, il écrit : “L’eau est le regard de la
terre, son appareil à regarder le temps…” Voilà une belle notion. A cette
notation de Paul Claudel, de son côté Gaston Bachelard donne un écho
typiquement Cancer quant il écrit : “Dans la nature, c’est l’eau qui
voit, c’est encore l’eau qui rêve.”
Il conviendra
donc de ne jamais perdre de vue ce pouvoir de rêverie de l’eau. Si l’eau se
présente à nous comme l’un des premiers éléments du rêve naturel, cela tient à
sa vertu de miroir. Cependant, l’eau est un miroir qui a moins de précision que
la glace ou le métal, elle est un miroir flou qui donne un mystère aux reflets.
C’est parce qu’elle est miroir que l’eau est un grand chemin ouvert à
l’imagination et à la rêverie, c’est l’eau que l’on contemple et que l’on rêve.
Par l’eau, la
rêverie est aidée car l’eau est un modèle de calme et de silence. L’eau
dormante est silencieuse et de ce fait elle porte au silence.
L’eau dormante et silencieuse met dans
les paysages, comme le dit Paul Claudel, des “lacs de chant”.
Maurice
Maeterlinck, né le
29 août 1862 à Gand (Belgique) à 8 heures 30 minutes.
L’eau apparaît dans son thème
par un Neptune angulaire au DS et une Lune en Secteur I qui s’approche de l’AS.
Dans Pelléas et Mélisande,
à l’acte 1, c’est auprès de la fontaine de Mélisande que Pelléas murmure :
“Il y a toujours un silence extraordinaire… On entendait dormir l’eau.”
Gaston Bachelard écrit :
“Il semble que, pour bien comprendre le silence, notre âme ait besoin de voir
quelque chose qui se taise ; pour être sûre du repos, elle a besoin de
sentir près d’elle un grand être naturel qui dorme.” (L’Eau et les Rêves,
page 258)
Comme en l’âme humaine tout est
lié, c’est donc à partir de sa vertu contemplative, de la puissance du silence,
que l’eau porte l’homme à la méditation, et pour reprendre la terminologie dont
nous avons usé, nous dirons que l’eau est un miroir ouvert à la méditation.
On dit que l’œil est la fenêtre
de l’âme, l’eau dans la nature peut être considérée à son tour comme l’âme de
la terre, puisqu’elle est l’œil de ce monde.
Une paroi rocheuse c’est une
puissance, mais ceci a, dans le même temps, quelque chose d’inhumain lorsqu’il
n’y a pas la présence de l’eau pour en doubler l’image et donner une âme à ces
rochers. Les rocs, la terre, sans l’âme de l’eau font sentir la puissance d’une
espèce de dieu implacable et terrible. Ainsi, sans l’âme de l’eau la nature
inchangée depuis des millénaires, fait peur, elle est une puissance
oppressante, dès que l’eau apparaît, on a tout d’un coup l’impression que l’âme
est insufflée aux rochers, on sent la présence de Dieu qui nous regarde, qui
nous aime et nous comprend. On peut même dire que l’eau rend son humanité au
dieu implacable des rochers et des montagnes, on a l’impression à ce moment-là
que dieu, peut-être prie à travers ce frémissement subtil de l’eau.
C’est la raison pour laquelle
les êtres qui sont marqués par l’Eau, sont des âmes douées de force
contemplative. Il leur est donné le pouvoir suprême du silence, de la prière et
de la méditation. Ainsi, on pourra dire que l’eau dans une carte du ciel, c’est
dieu qui s’exprime à travers ce thème.
Résumé :
Si nous voulons maintenant
résumer notre acquis, nous pourrons dire que :
-
L’eau est un miroir qui donne vie.
-
L’eau est un œil qui regarde le monde.
-
L’eau contemple, médite et rêve.
-
L’eau est silence, calme et douceur.
- C’est parce que l’eau est présence de dieu en nous
qu’elle est prière.
- Elle est l’âme, et son pouvoir occulte s’exerce au-delà
de la mort.
Les différentes eaux :
Il convient de distinguer
plusieurs sortes d’eaux ; selon qu’elle est l’eau du ruisseau, de l’étang
ou de l’océan. De même, il faut isoler les eaux fraîches, les eaux lourdes, les
eaux transparentes, les eaux glauques, les eaux calmes, les eaux agitées. Il
faut différencier les eaux profondes, malsaines, croupissantes, dangereuses,
mortelles des eaux vives, vivifiantes, etc.
Autant de sortes d’eaux, autant
de moment de la vie de l’eau et autant de symboles.
Ainsi, nous allons apercevoir
au fur et à mesure qu’à chacun des trois signes d’Eau correspond une eau qui
lui est propre. Toutefois, nous ne serons pas sans remarquer qu’une relation
existe entre des eaux aussi différentes que celles du Cancer, du Scorpion ou
des Poissons, cette relation tient tout entière dans ce que Gaston Bachelard
appela : “Les caractères féminins de l’eau imaginaires”, il
écrit : “En face de la virilité du feu, la féminité de l’Eau est
irrémédiable. Elle ne peut pas se viriliser.” (page 135/136)
Par conséquent, les trois
signes d’Eau sont des signes féminins et c’est ce qui les relie entre eux.
Cependant, nous allons examiner les particularités de chacune des eaux.
Les Eaux du Cancer :
Pour connaître les eaux du
Cancer nous pouvons accorder notre confiance à Gaston Bachelard
qui est né le 27 juin 1884 à Bar-sur-Aube (Aube) à 11 heures.
Son thème
présente une puissance de cérébralisation avec Mercure, Saturne, Uranus la
Vierge et les Gémeaux, mais en filigrane le Signe du Cancer contient le Soleil
et Vénus. Nul doute que c’est cette sensibilité cancérienne qui l’a amené à
travailler sur l’imaginaire des poètes.
L’eau du Cancer, à travers
l’œuvre de Gaston Bachelard, nous la situons comme une eau courante, c’est
l’eau des sources, l’eau des cours d’eau limpides, l’eau qui court sur les
pierres, c’est l’eau des ruisseaux, l’eau des fleuves et aussi des torrents. En
un mot, ce sont les eaux où demeurent les écrevisses, puisque le signe du
Cancer veut dire écrevisse.
A travers une page de Gaston
Bachelard nous allons apprécier la démarche propre aux natifs marqués par le
Cancer, qui est un aspect de se livrer, de parler d’eux-mêmes et de ramener les
choses au niveau de l’enfance et des souvenirs de la prime jeunesse. C’est
ainsi, qu’il écrit : “Par une psychanalyse de la connaissance objective
et de la connaissance imagée nous sommes devenus rationalistes à l’égard du
feu. La sincérité nous oblige à confesser que nous n’avons pas réussi le même
redressement à l’égard de l’eau. Les images de l’eau, nous les vivons encore,
nous les vivons synthétiquement dans leur complexité première en leur donnant
souvent notre adhésion irraisonnée.
Je retrouve toujours la même
mélancolie devant les eaux dormantes, une mélancolie très spéciale qui a la
couleur d’une mare dans une forêt humide, une mélancolie sans oppression,
songeuse, lente, calme. Un détail infime de la vie des eaux devient souvent
pour moi un symbole psychologique essentiel. Ainsi l’odeur de la menthe aquatique
appelle en moi une sorte de correspondance ontologique qui me fait croire que
la vie est un simple arôme, que la vie émane de l’être comme une odeur émane de
la substance, que la plante du ruisseau doit émettre l’âme de l’eau…” (page
10).
Marcel Proust né
le 10 juillet 1871 à Paris à 23 heures, était fortement marqué par le signe du
Cancer, et nous connaissons de lui l’histoire de la madeleine. L’odeur de la madeleine lui rappelle toute son
enfance, tout son passé. C’est exactement la même démarche que fait Gaston
Bachelard avec l’odeur de la menthe aquatique.
Toutes les rivières ont une
odeur et si un individu qui est marqué par le Cancer a passé son enfance au
bord d’une rivière, il retrouvera cette odeur, toute sa vie, dès qu’elle se
présentera à lui et elle lui rappellera ainsi son enfance et son passé.
Gaston Bachelard
continue : “C’est près de l’eau et de ses fleurs que j’ai le mieux
compris que la rêverie est un univers en émanation, un souffle odorant qui sort
des choses par l’intermédiaire d’un rêveur. Si je veux étudier la vie des
images de l’eau, il me faut donc rendre leur rôle dominant à la rivière et aux
sources de mon pays.
Je suis né dans un pays de
ruisseaux et de rivières, dans un coin de la Champagne vallonnée, dans le
Vallage, ainsi nommé à cause du grand nombre de ses valons. La plus belle des
demeures serait pour moi au creux d’un vallon, au bord d’une eau vive, dans
l’ombre courte des saules et des osières. Et quand octobre viendrait, avec ses
brumes sur la rivière…” (page 11)
Vous voyez, il ne finit pas sa
phrase, c’est dire assez s’il est parti dans sa rêverie et qu’il la suggère
nous laissant ainsi à la nôtre.
Et il termine sa page en
disant : “Mon plaisir est encore d’accompagner le ruisseau, de marcher
le long des berges, dans le bon sens, dans le sens de l’eau qui coule, de l’eau
qui mène la vie ailleurs, au village voisin. Mon « ailleurs » ne va
pas plus loin.” (page 11)
De même, en cancérien, il
établit un lien entre l’eau et le clapotis berçant de la vague.
Ecoutons-le : “Des quatre éléments, il n’y a que l’eau qui puisse bercer.
C’est elle l’élément berçant. C’est un trait de plus de son caractère
féminin : elle berce comme une mère” (page 177).
Il ajoute : “L’eau nous
porte. L’eau nous berce. L’eau nous endort. L’eau nous rend notre mère.”
(page 178).
Voilà encore une citation qui
nous fait comprendre en profondeur l’âme des êtres marqués par le Cancer. Si
vous devez définir le Cancer, vous n’avez qu’a émettre cette citation : “L’eau
nous porte. L’eau nous berce. L’eau nous endort. L’eau nous rend notre mère.” Elle
est primordiale.
D’ailleurs l’image de la barque
que l’on retrouve en permanence dans d’innombrables références littéraires, est
un berceau reconquis. C’est ainsi, par exemple, que l’on enlèverait une
composante importante de la poésie d’Alphonse de Lamartine si on retranchait
l’habitude de rêver sur les flots.
Dans Confidences,
Lamartine nous dit que la barque donne “une des plus mystérieuses voluptés
de la nature.” Ou bien il suffit de lire un poème comme le Lac de
Lamartine :
“Ô lac,
L’année à peine a fini sa
carrière,
Et près des flots chéris
qu’elle devait revoir” etc.
Lorsqu’on se laisse prendre au
rythme de la poésie et de la musique de ce texte on est bercé exactement comme
dans une barque sur l’eau.
Ce goût de rêver qui est cher
aux êtres marqués par la Lune et le Cancer, nous le retrouverons marquant de
son empreinte toutes les œuvres des cancériens et des lunaires. Il nous suffit
simplement de noter les titres des œuvres de Gaston Bachelard : L’Eau
et les Rêves ; L’Air et les Songes ; La Terre et les Rêveries de la Volonté ;
La Terre et les Rêveries du Repos ; La Poétique de la Rêverie.
De même chez Jean Cocteau,
né le 5 juillet 1889 à Maison Laffitte (Seine et Oise) à 1 heure. Son thème
présente une conjonction Soleil-Mars en Cancer qui sort de l’angularité du FC.
La Lune aspecte l’AS, le MC, Mercure et Vénus qui est angulaire à la pointe de
l’AS Taureau. Il y a une œuvre de Cocteau qui s’intitule Le Discours du
grand Sommeil qui part de la même idée : le repos.
Michel de Ghelderode né
le 3 avril 1898 à Ixelles-Bruxelles (Belgique) à 8 heures 50 minutes. Son thème
présente un AS Cancer et la Lune est angulaire au FC et au sextile de l’AS. Il
a écrit une pièce qui s’intitule : Noyade dans les Songes.
Luigi Pirandello
né le 28 juin 1867 à Agrigente (Sicile) à 3 heures 15 minutes. Son thème
présente une conjonction Soleil-Uranus en Cancer. Il a écrit une pièce qui
s’intitule : Je Rêvais Peut-Être.
Vous voyez ce goût de rêver
propre aux Cancers et aux lunaires.
Jean Cocteau, dans une lettre
datée de 1955 qu’il adressa à Madame Maurois lui confia : “Plus je
vieillis, plus je vois que ce qui ne s’évanouit pas ce sont les rêves.”
De son côté, Gaston Bachelard
écrit : “L’eau est la matière où la Nature, en d’émouvants reflets,
prépare les châteaux du rêve.” (page 72)
Enfin, il existe, avec le
Cancer et la Lune, une dernière analogie qui est celle entre l’eau et le lait
maternel.
Gaston Bachelard écrit : “Tout
liquide est une eau ; ensuite toute eau est un lait. Le rêve a une racine
pivotante qui descend dans le grand inconscient simple de la vie enfantine
primitive.” (Page 158).
Remarquons, au passage, que
cette valorisation substantielle qui fait de l’eau un lait inépuisable :
le lait de la nature mère, est là encore une des valorisations qui marque l’eau
d’un caractère profondément féminin.
D’ailleurs les savants parlent
des eaux mères, de l’eau matrice de toute vie sur terre. Selon leurs hypothèses
toute vie animale aurait son origine dans l’eau. A une certaine époque de la
formation de notre terre, au moment où certaines substances étaient en
dissolution dans l’eau, il y avait une certaine température et la vie aurait
commencé là, dans les eaux.
Cette notion d’eau Mère est
enfouie dans l’inconscient collectif. Paul Claudel, dont le thème présente
Mercure, Vénus et Uranus en Cancer apporte du lait au moulin de Gaston
Bachelard quand dans Connaissance de l’Est il décrit ce qu’est à ses
yeux un fleuve, il écrit ceci : “Il est la liquéfaction de la substance
de la terre, il est l’éruption de l’eau liquide enracinée au plus secret de ses
replis, du lait sous l’attraction de l’Océan qui tète.”
Il faut vraiment être marqué
par le Cancer pour voir les fleuves de ce monde comme des ruisseaux de lait et
un océan en train de téter. Vous voyez comment c’est puissamment introjecté
dans l’inconscient collectif et combien ces grandes œuvres nous font toucher du
doigt la psyché même des Cancers.
Les Eaux du Scorpion :
Toute différente est l’eau du
Scorpion, c’est une eau brutale et angoissante.
Contrairement aux eaux du
Cancer, Gaston Bachelard, est peu prolixe sur ces eaux noires qui s’apparentent
au Scorpion. Il est vrai qu’à la lecture de son ciel de naissance, Mars, Pluton
et le Scorpion ne sont pas valorisés. Dans son ouvrage L’Eau et les Rêves il
écrit : “Il y a des rêveurs en eau trouble.” Nous pouvons remarquer
qu’ici il ne dit plus “je” mais “il y a” nous voyons donc que cette eau lui est
étrangère. Il continue : “Ils s’émerveillent de l’eau noire du fossé,
de l’eau travaillée par les bulles, de l’eau qui monte des veines dans sa
substance, qui soulève comme d’elle-même un remous de vase. Alors il semble que
ce soit l’eau qui rêve et qui se couvre d’une végétation de cauchemar. Cette
végétation onirique est déjà induite par la rêverie dans la contemplation des
plantes de l’eau. (…) Et notre cœur est remué par cette dynamique du noir. Et
notre œil endormi suit sans fin, noir sur noir, ce devenir de la noirceur.”
(Pages 190, 191)
Si le mystère des eaux noires
attire à tel point les êtres marqués par le Scorpion et Pluton, c’est parce que
l’eau immobile et pourrie des étangs est symbole de mort et de fermentation. C’est
donc un problème qui est propre au Scorpion, huitième signe, analogue au
Secteur VIII qui est secteur de mort, d’au-delà et de métamorphose.
Aussi bien, toutes les
descriptions d’étangs ou de mares que nous trouvons dans les œuvres des
plutoniens ou des Scorpions, sont avant tout la description d’un état d’âme.
Albert Camus, né
le 7 novembre 1913 à Mondovi (Algérie) à 2 heures. Il avait le Soleil en
Scorpion au sextile de l’AS et au quinconce du MC. Pluton s’approche de la
culmination, il aspecte la Lune par quadrature et le Soleil par sesqui-carré.
Dans une pièce qui a pour titre Caligula, le personnage de Caligula dit à
Scipion : “Tu es pur dans le bien comme je suis pur dans le mal. Tu ne
peux comprendre ce quelque chose en moi : ce lac de silence, ces herbes
pourries.”
Nous comprenons bien que tout
étang, dans l’âme du Scorpion ou du Plutonien, est la projection d’une angoisse
interne où l’eau noire joue son rôle symbolique.
Edgar Allan Poe
né le 19 janvier 1809 à Boston (USA) à 2 heures 30 minutes. Son thème présente
un Pluton angulaire au FC, au trigone de l’AS Scorpion, en outre, il est
conjoint à la Lune et à Vénus, au semi-carré du Soleil et de Mercure. Dans Nouvelles
Histoires Extraordinaires, il écrit “Je demeurais seul dans un monde de
gémissement, et mon âme était une eau stagnante.”
N’oublions pas le Scorpion est,
dans la quaternaire aquatique le signe d’Eau fixe. L’eau fixe épouse bien cette
qualité de stagnation, car rien n’est plus fixe que l’eau fixe et stagnante
d’un marais ou d’un marécage.
Afin de bien pénétrer l’essence
de cette Eau, nous ferons connaissance de l’œuvre d’Edgar Poe, nous verrons que
s’il avait le secret des eaux croupies, le secret des eaux inquiétantes, le
secret des eaux mortes, des eaux désespérées, c’est que chez lui le destin des
images de l’eau suivait très exactement le destin de la rêverie principale qui
était la rêverie de la mort.
Il y a un lien entre la mort et
les eaux immobiles et lourdes. A ce sujet Gaston Bachelard écrit : “Les
eaux immobiles évoquent les morts parce que les eaux mortes sont des eaux
dormantes.
En effet, les nouvelles
psychologies de l’inconscient nous enseignent que les morts, tant qu’ils
restent encore parmi nous, sont, pour notre inconscient, des dormeurs. Ils
reposent. Après les funérailles, ils sont, pour l’inconscient, des absents,
c’est-à-dire des dormeurs plus cachés, plus couverts, plus endormis.” (Page
90)
Les Eaux des Poissons :
Afin d’en finir avec cette
triple fresque aquatique, nous allons étudier l’eau des Poissons. Après l’eau
cardinale du Cancer, l’eau fixe du Scorpion, nous avons l’eau mutable des
Poissons. On peut donc se poser la question suivante : Quelle est l’eau
mutable dans la nature ?
C’est sans aucune hésitation,
l’immensité mouvante de l’océan. L’eau des Poissons c’est l’eau de l’infini en
mouvement. Car les rivières ont un lit, les océans n’en ont point : les
océans voyagent.
En l’océanique royaume
neptunien, c’est l’eau elle-même qui nous fait comprendre de quelle espèce est
faite la dualité des Poissons. En effet, on qualifie toujours les Poissons de
signe double. Pour expliquer une telle assertion il suffit de regarder la mer.
Il suffit de s’asseoir un temps au bord de la mer et de regarder la vague et
son double mouvement. On s’aperçoit ainsi que la vague avance, puis elle se
retire et puis une autre vient qui redescend encore, et puis une autre, et puis
une autre, encore une autre… On a l’impression que c’est toujours la même
vague, on a le sentiment qu’elle monte et qu’elle se retire et qu’elle ne peut
pas aller plus loin, elle monte pour se retirer et finalement au bout de
quelques heures, voilà qu’elle a monté insensiblement une marée en son plus
haut bord.
Vous avez donc ici, exactement
dépeint le mouvement d’âme des êtres marqués par les Poissons. Le flux et le
reflux de l’océan est l’image même des Poissons qui se présentent en lui comme
une respiration de l’infini. Nous avions vu dans le Cours n°36 (Premier
niveau), que le hiéroglyphe figuratif des Poissons est composé de deux
Poissons : un qui monte et l’autre qui descend, c’est ce double mouvement,
celui de la marée intérieure.
Ce double mouvement pulsatif se
présente comme un besoin profond en l’âme des Poissons. Par exemple, s’ils
doivent faire une démonstration, ils ont un besoin constant de revenir en
arrière, de reprendre leurs idées, de les redire pour avancer un petit peu plus
loin, puis de revenir en arrière, de reprendre leurs idées et d’avancer encore
un petit peu plus loin et au bout de quelques heures ils ont monté leur marée.
Par conséquent l’océan se
présente comme la respiration psychologique des Poissons. Par ce double
mouvement marin, les Poissons préhendent l’infini.
Quelle meilleure image de
l’infini que celle de la mer ? Elle émane du plus lointain passé du monde, de
la mémoire collective.
En effet, pour les premiers
hommes l’océan était infranchissable, leurs moyens de navigation étaient
rudimentaires, ils ne pouvaient pas se risquer à aller loin, ils ne pouvaient
guère quitter la côte des yeux. Ce n’était pas pensable d’aller au-delà des
limites qui leur étaient permises. Par conséquent, l’infini de la mer, ce qu’il
y avait au-delà se présentait pour eux comme un grand mystère. Il ne leur était
pas donné la possibilité d’aller voir. Ils avaient bien l’impression que
là-bas, quelque chose existait et que, quelque part là-bas le monde se
terminait et commençait le ciel. C’est pourquoi l’océan était porteur de la
grande idée divine. Car qu’y a-t-il au bout de la mer ? Certes, il y a le
ciel, mais qu’y a-t-il au bout de l’infini ? Si ce n’est Dieu.
Ajoutons à cela, que pour les
premiers hommes, au bout de la mer il y avait l’inconnu, et qui dit inconnu dit
danger de mort. Et Qu’est-ce qu’il y a au bout de la mort ? Si ce n’est
Dieu. Tout ceci est logique, vous voyez à peu près comment sont nés les
contenus symboliques des signes et des planètes.
Certes, acceptation ou refus de
Dieu, selon les thèmes des êtres marqués par les Poissons, mais toujours est-il
que le problème de Dieu passe à travers l’eau des Poissons. Comme on vient de
le voir ci-dessus, Dieu est inclus dans les deux mots de mer et
de mort. N’oublions pas que cette association de la mer et la
mort, où les deux mots sont presque semblables (mer et mort), préside en des
temps archaïques à la constitution même de la psyché humaine. Le premier
constructeur de barque, le premier navigateur qui osa se lancer sur l’océan et
quitter la terre mère et s’aventurer sur l’eau sans limite, risquait la mort.
Par conséquent, le premier matelot qui s’offrit à la mer était un héros de la
mort. Car aller vers l’infini et vers l’inconnu était (et, est encore de nos
jours et de tout temps le sera) quelque chose d’héroïque.
Christophe Colomb était un
nautonier de la mort.
Charles Baudelaire,
né le 9 avril 1821 à Paris à 15 heures. Son thème présente un Mercure, maître
d’AS Vierge, en Poissons, conjoint à Pluton et au carré de Neptune. Il ne s’est
pas trompé lorsqu’il écrit :
“O mort, vieux
capitaine, il est temps ! levons l’ancre !”
Vous voyez l’analogie. Bien
sûr, il y a des gens qui, peu poètes, quand ils entendent ces vers, s’exclament
: “Quelle drôle d’idée !”
Mais ceci n’est pas du tout une
drôle d’idée, c’est une vérité archétypique.
Nul doute, que Charles
Baudelaire n’ait trouvé cette idée dans le plus profond de son inconscient, là
où le rapport entre la mer et la mort était créé. Aussi bien, l’image que ce
vers évoque demeure éternelle. Une telle phrase
fait résonner en notre âme une zone de résonance inconsciente nous
entraînant dans un abîme de réflexion. Je dis bien pour peu qu’on ait
l’instrument de la sensibilité, et non pas celui de l’intelligence.
Gaston Bachelard, explique
cette association de la mort et de la mer lorsqu’il écrit : “L’adieu au
bord de la mer est à la fois le plus déchirant et le plus littéraire des
adieux. Sa poésie exploite un vieux fonds de rêve et d’héroïsme. Il réveille
sans doute en nous les échos les plus douloureux. Tout un côté de notre âme
nocturne s’explique par le mythe de la mort conçue comme un départ sur l’eau.
Les inversions sont, pour le rêveur, continuelles entre ce départ et la mort.
Pour certains rêveurs, l’eau est le mouvement nouveau qui nous invite au voyage
jamais fait. Ce départ matérialisé nous enlève à la matière de la terre. Aussi
quelle étonnante grandeur il a, ce vers de Baudelaire, cette image subite comme
elle va au cœur de notre mystère.” (Page 103)
Voyez-vous le rapport entre la
mer et la mort est très lourd de sens. Ainsi, Mer et Mort, se présentent comme
une espèce de confusion phonétique qui cache une confusion psychologique.
Cette association de l’eau et
de la mort on la retrouve dans une légende très extraordinaire qui est la
légende du Vaisseau Fantôme.
Il y a une pièce de théâtre de
Suton Weil qui s’intitule Au Grand Large. Les personnages sont dans un
navire, ils parlent de choses et d’autres, puis petit à petit, ils viennent à
s’apercevoir qu’ils sont morts et qu’ils sont embarqués vers l’infini. C’est
une pièce très impressionnante à faire passer le frisson. C’est sur ce rapport
archétypal que la pièce fut écrite et c’est pour ces motifs qu’elle touche le
public.
Gaston Bachelard, qui était
marqué par les eaux du Cancer et son thème ne présentait aucune valorisation
des Poissons et de Neptune, avait donc du mal à comprendre l’eau des Poissons.
Cependant, il a écrit une chose qui est très amusante mais qui ne rend pas le
ton des Poissons, car si on veut connaître l’eau des Poissons, il faut
questionner des êtres marqués par les Poissons. Gaston Bachelard écrit : “L’eau
du ciel, la pluie fine, la source amie et salutaire donnent des leçons plus
directes que toutes les eaux des mers. C’est une perversion qui a salé les
mers. Le sel entrave une rêverie, la rêverie de la douceur, une des rêveries
les plus matérielles et les plus naturelles qui soient. La rêverie naturelle
gardera toujours un privilège à l’eau douce, à l’eau qui rafraîchit, à l’eau
qui désaltère.” (Page 211).
Certes c’est puissamment vrai
pour les êtres marqués par le Cancer, mais pas pour ceux qui sont marqués par
les Poissons. Il parle de la rêverie de la douceur, ce qui est cancérien par
excellence. Mais la rêverie des Poissons n’est pas une rêverie de douceur,
c’est une rêverie de tumulte.
Je vous faisais remarquer que
les éléments représentaient la vraie patrie des êtres, car les individus se
retrouvent entre eux à travers ces éléments.
La citation de Gaston Bachelard
est très intéressante dans le sens où elle nous permet d’apprécier ce que pense
un Cancer de l’eau des Poissons.
Les complexes afférents à l’Eau :
Nous allons examiner maintenant
les complexes afférents à l’Eau et faire ainsi une sorte de psychanalyse de
l’eau. Psychanalyse qui nous permettra de dégager trois grands types principaux
de complexes, ou si vous préférez, trois grands types de climats psychologiques
selon qu’ils feront appel aux eaux fraîches du Cancer et de la Lune ; aux
eaux mortes du Scorpion et de Pluton ou aux eaux violentes des Poissons et de
Neptune.
Le Complexe de Nausicaa :
A la poésie des eaux fraîches
du Cancer s’associera une sexualisation au premier degré, en ce qu’elle est
toute de surface. C’est l’évocation, bien connue, des nymphes, des naïades qui,
aussitôt fait naître en l’esprit des images de nudité et s’accompagne d’une
certaine gamme de désir.
Cette mythologie plaquée, qui
est le fruit résiduel de la gréco-romaine, pourrait se ranger sous le nom
de : “complexe de Nausicaa”
Le thème de la baigneuse qui
est cher aux peintres, thème repris du reste par un certain nombre de
photographes de nus est une des manifestations de ce complexe de Nausicaa.
Toutes les photographies de naïades au bord de la mer ou au bord de rivière,
voire encore d’images de femmes au bain sont à rattacher à ce complexe de
Nausicaa. Gaston Bachelard écrit : “Quelle est donc la fonction sexuelle
de la rivière ? C’est d’évoquer la nudité féminine. Voici une eau bien
claire, dit le promeneur. Avec quelle fidélité elle refléterait la plus belle
des images ! Par conséquent, la femme qui s’y baignerait sera blanche et
jeune ; par conséquent elle sera nue. L’eau évoque d’ailleurs la nudité
naturelle, la nudité qui peut garder une innocence. Dans le règne de
l’imagination, les êtres vraiment nus, aux lignes sans toison, sortent toujours
d’un océan. L’être qui sort de l’eau est un reflet qui peu à peu se
matérialise : il est une image avant d’être un être, il est un désir avant
d’être une image.” (Page 49).
Le complexe du Cygne et de Léda :
A ce complexe de Nausicaa vient
s’ajouter, en le complexifiant légèrement, : “Le complexe du cygne”.
En littérature le cygne est un
ersatz de la femme nue. Le cygne c’est l’image allusive de la nudité permise,
c’est la blancheur immaculée et cependant ostensible. Gaston Bachelard
écrit : “Au moins, les cygnes se laissent voir ! Qui adore le
cygne désire la baigneuse”.
Mais sa teneur modifie le
précèdent complexe (le complexe de Nausicaa) en ce que, de par la blancheur
immaculée, il s’adresse de ce fait aux amateurs de virginité.
Par exemple Johann
Wolfgang Gœthe né le 28 août 1749 à Francfort sur le Main (Allemagne) à
12 heures. Son thème présente une Lune en Poissons angulaire au FC, au trigone
de l’AS, opposée au Soleil et au sesqui-carré d’un Neptune en Cancer. L’aspect
à Neptune n’est certes pas valorisant mais il met en présence deux planètes
aquatiques : la Lune et Neptune.
Gaston Bachelard commente une
scène du Second Faust de Goethe :
Une scène du Second Faust
va nous montrer en détail comment le cadre fait surgir le personnage, comment
aussi évolue, sous différents masques, le désir du rêveur. Voici cette
scène que nous diviserons en trois tableaux : le paysage – la femme – le
cygne.
D’abord le paysage
inhabité :
“Les eaux se glissent à
travers la fraîcheur des buissons épais, doucement agitées ; elles ne
murmurent point, elles coulent à peine ; de tous côtés, mille sources se
rassemblent en bassins purs et brillants, aplanis, creusés pour le bain.”
Il semble donc que la nature
ait formé des cryptes pour cacher des baigneuses. Aussitôt, dans le poème,
l’espace creux et frais se peuple suivant la loi de l’imagination des eaux.
Voici le second tableau :
“Florissantes et jeunes
figures de femmes, offertes à l’œil enchanté, doublées par le miroir
liquide ! Elles se baignent ensemble gaiement, nageant avec hardiesse,
marchant avec crainte ; et les cris enfin et la lutte dans les
flots !”
Alors le désir se condense, se
précise, s’intériorise. Il n’est plus une simple joie des yeux. L’image totale
et vivante se prépare :
“Ces belles devraient me
suffire, mon œil ici devrait jouir ; cependant mon désir va toujours plus
avant ; mon regard pénètre vivement jusqu’à cette retraite. Le riche
feuillage de la verdure épaisse cache la noble reine.” Et le rêveur
contemple véritablement ce qui se cache ; avec du réel, il fabrique du
mystère. Les images de “couverture” vont donc faire leur apparition. Nous
sommes maintenant au noyau du fantasme. Bien couvert, le noyau va
proliférer ; il va agglomérer les images les plus lointaines. Voici donc
d’abord les cygnes, ensuite le Cygne :
“O merveille ! des
cygnes aussi viennent à la nage de leurs retraites, avec des mouvements purs et
majestueux ; ils voguent doucement, tendres et familiers : mais comme
fièrement et avec complaisance la tête et le bec se meuvent… Un d’eux surtout
semble se rengorger avec audace, et fait voile rapidement à travers tous les
autres ; ses plumes se gonflent ; poussant les vagues sur les vagues,
il s’avance vers l’asile sacré…”
Les points de suspension – si
rare en allemand classique – sont mis par Gœthe aux bons endroits. Comme c’est
souvent le cas, les points de suspension “psychanalysent” le texte. Ils
tiennent en suspens ce qui ne doit pas être dit explicitement. (Pages 50 et
51).
Une des manifestations du
complexe du Cygne, propre aux amateurs de virginité se retrouve dans ce que
l’on appelle le complexe de Léda.
Léda est la fille du Roi
d’Etolie Thestios et d’Eurythémis. Léda eut plusieurs enfants. Parmi ceux-ci,
certains furent engendrés par Zeus, qui avait pris la forme d’un cygne pour
s’unir à elle.
Par conséquent, le complexe de Léda est une des
manifestations du complexe du cygne, à la différence que l’image est plus
explicite, car avec le complexe de Léda le complexe du cygne manifeste ses
traits humains. Par conséquent, on peut ranger sous deux appellations
différentes : les complexes du Cygne ou de Léda qui se présentent comme
des ersatz de la femme nue et qui sont utilisés dans l’art (peinture,
littérature, danse etc.).
Par exemple Pierre Louys,
né le 10 décembre 1870 à Gand (Belgique) à 10 heures. Son thème présente une
Lune en Cancer conjointe au DS. Il a écrit une nouvelle qui s’intitule Lêda
ou la Louange des bienheureuses ténèbres, l’orthographe de Lêda est celle
choisie par l’auteur.
Voici un extrait de cette
nouvelle :
“Le bel oiseau était blanc
comme une femme, splendide et rose comme la lumière” (page 21). Mais
l’oiseau blanc comme une femme dès qu’il tourne autour de la nymphe et la “regarde
de côté” a déjà abandonné toute valeur symbolique. Alors il s’approche de Lêda
(page 22). Quand le cygne “fut tout
près (de Lêda), il s’approcha encore, et se haussant sur ses larges pattes
rouges, étendit le plus haut qu’il put la grâce onduleuse de son col, devant
les jeunes cuisses bleuâtres et jusqu’au doux pli sur la hanche. Les mains
étonnées de Lêda prirent avec soin la petite tête et l’enveloppèrent de
caresses. L’oiseau frémissait de toutes ses plumes. Dans son aile profonde et
moelleuse, il serrait les jambes nues et les faisait plier. Lêda se laissa
tomber à terre.” Et deux pages plus loin, tout est consommé : “Lêda
s’ouvrait à lui comme une fleur bleue du fleuve. Elle sentait entre ses genoux
froids la chaleur du corps de l’oiseau. Tout à coup, elle cria :
Ah !… Ah !… et ses bras tremblèrent comme des branches pâles. Le bec
l’avait affreusement pénétrée et la tête du cygne se mouvait en elle avec rage,
comme s’il mangeait ses entrailles, délicieusement.”
Ce récit de Pierre Louys n’a
plus rien à voir avec le Second Faust de Gœthe, on sent la teneur sexuelle qui
est beaucoup plus explicite.
A propos de la nouvelle de
Pierre Louys, Gaston Bachelard écrit :
“Le complexe du Cygne décèle
immédiatement des traits humains, trop humains. Les images de couverture ne
remplissent pas leur rôle. On y voit trop clair. Un lecteur libidineux est tout
de suite servi, directement servi. De telles pages ont perdu tout leur mystère
et il n’est pas besoin d’un psychanalyste pour les expliquer. Le cygne est ici
un bien inutile euphémisme.” (Pages 55-56)
Le complexe de Narcisse :
A ces deux complexes mineurs
que sont le Cygne et Léda, vient s’ajouter un complexe beaucoup plus important
qui est : Le Complexe de Narcisse.
Ce complexe fait, lui aussi,
parti de l’arsenal des sources et de bassins. La légende est connue, ce beau
jeune homme, si beau qu’il ne cessait de s’admirer dans le miroir de la claire
fontaine. Il se trouvait si admirablement beau qu’il voulut se pencher pour
embrasser son image, c’est-à-dire s’embrasser lui-même. Comme l’image était au
fond de l’eau, il coula et se noya. Sur le lieu où il périt poussa une fleur si
belle qu’elle reçut le nom de Narcisse.
Par conséquent, le complexe de
Narcisse c’est le complexe de l’admiration de soi-même et c’est un des
complexes clés du Cancer et de la Lune. Nous le développerons plus en détail en
astro-psychanalyse.
Nous venons donc de voir les
trois complexes afférents au Cancer et la Lune : Le complexe de Nausicaa,
le complexe du Cygne ou de Léda, et le complexe de Narcisse. Cependant, si le
mot complexe vous gène, il vous suffit de le remplacer par : “Climat
psychologique”.
A l’inquiétude qui émane des
eaux mortes, dormantes, profondes et dangereuses du Scorpion, vont s’associer
deux complexes ou climats psychologiques, c’est à savoir : Le Complexe
de Caron d’une part et le Complexe d’Ophélie d’autre part, qui sont
deux complexes clés du Scorpion.
Le complexe de Caron :
Une eau qui court, par exemple,
celle du ruisseau du Cancer est une eau vivante. Une eau qui stagne, par
exemple, celle immobile des étangs du Scorpion est une eau qui est sur le point
de mourir. En elle s’assemblent tous les schèmes de la vie attirée par la mort,
de la vie qui veut mourir ou qui va mourir.
L’eau du Scorpion (ou de
Pluton) se présente donc comme une invitation à la mort.
Par exemple, dans l’œuvre d’Edgar
Poe, nous voyons avec quel génie poétique il a su tirer parti de cette
association de l’eau et de la mort. Par exemple des œuvres comme La chute de
la maison Usher ou L’Ile des fées sont à lire dans l’optique de ce
cours pour bien connaître l’eau et l’âme du Scorpion et du Plutonien.
Cette association de l’eau et
de la mort se retrouve dans le mythe de Caron, qui est un mythe à teneur
typiquement scorpionnesque.
Caron, qui s’écrit aussi
Charon, avait pour fonction de faire passer les âmes à travers les marais de
l’Achéron, sur l’autre rive du fleuve des morts. En paiement, les morts
devaient lui donner une obole. C’est pour cela qu’on avait coutume de placer
une pièce de monnaie dans la bouche des cadavres au moment où on les
ensevelissait. On représente Caron comme un vieillard très laid, avec une barbe
hirsute et toute grise ; il a un manteau en haillons et un chapeau rond.
Il dirige la barque funèbre, mais ne rame pas. Ce sont les âmes elles-mêmes qui
font cet office. Il se montre tyrannique et brutal envers elles, comme un vrai
subalterne. Lorsque Héraclès (Hercule) descendit aux Enfers, le héros le força
à le passer dans sa barque, et comme Charon refusait, Héraclès s’empara de la
gaffe du passeur et lui en asséna de tels coups que l’autre n’eut qu’à obéir.
D’ailleurs, Charon fut châtié par la suite, pour avoir permis à un vivant de
pénétrer chez les morts et dut passer tout un an enchaîné.
A propos du mythe de Caron,
Gaston Bachelard écrit : “Tout ce que la mort a de lourd, de lent, est
aussi marquée par la figure de Caron. Les barques chargées d’âmes sont toujours
sur le point de sombrer. Etonnante image où l’on sent que la mort craint de
mourir, où le noyé craint encore le naufrage !” C’est merveilleux
comme idées, c’est une remarque d’une grande subtilité que fait ici Gaston
Bachelard, il continue : “La mort est un voyage qui ne finit jamais,
elle est une perspective infinie de dangers. Si le poids qui surcharge la
barque est si grand, c’est que les âmes sont fautives. La barque de Caron va
toujours aux enfers. Il n’y a pas de nautonier du bonheur.” (Page 108).
La démonstration est d’une très
grande richesse intellectuelle.
Le complexe d’Ophélie :
A ce complexe de Caron, vient
se greffer un second complexe, non moins capital, c’est le Complexe
d’Ophélie. Parce que l’eau est une image symbolique de la mort et de
l’anéantissement elle est l’image du suicide. Le suicide hante l’âme des
Scorpions et des plutoniens.
Attention, ce n’est pas parce
que l’on est marqué par Pluton ou le Scorpion que l’on se suicide !!! Ici,
nous sommes dans l’univers de la rêverie, car pour commettre un tel acte il
faut que participent des éléments dont nous n’avons pas encore traité.
Si vous vous promenez avec des
êtres fortement marqués par le Scorpion et Pluton et que vous les laissez
libres de vous mener où ils veulent, ils risquent, mis à part les cimetières,
de vous mener vers un étang et immanquablement la rêverie prendra la tournure
de la mort, de l’anéantissement voire du suicide. Ceci est immanquable, laissez-les
parler, c’est prodigieusement intéressant pour la connaissance de l’âme de ces
êtres. Certes, ils ne parleront pas de leur suicide, mais, par exemple, au bord
de cet étang ils peuvent parler de mort ou de faits qui se rattachent à la
mort. Faites l’expérience et vous verrez…
Par conséquent, avec cette
image du suicide nous débouchons sur le complexe d’Ophélie. Ophélie est tiré de
l’œuvre de William Shakespeare qui s’intitule Hamlet.
Hamlet est le Personnage
principal du drame de Shakespeare, inspiré d’un prince danois devenu
légendaire. Mélancolique, tenté par le néant, Hamlet se sent écrasé par le rôle
que lui assigne la fatalité : pour venger son père, dont le spectre lui a
appris l’assassinat, il doit tuer son oncle. Il simule la démence et délaisse sa
fiancée, Ophélie, qui devient folle et se noie. Il finit par accomplir sa
vengeance en y laissant sa propre vie. Le monologue d’Hamlet (To be or not
to be..., “Être ou ne pas être...”) est célèbre.
Gaston Bachelard écrit : “L’eau
est l’élément de la mort jeune et belle, de la mort fleurie, et, dans les
drames de la vie et de la littérature, elle est l’élément de la mort sans
orgueil ni vengeance, du suicide masochiste.” (Page 113)
Pour toujours Ophélie
apparaîtra aux rêveurs et aux poètes comme une jeune fille flottant sur l’eau
avec ses fleurs, sa douce mélopée et sa chevelure étalée sur l’onde. Cette
jeune fille est sacrifiée.
William Shakespeare
est né le 26 avril 1564, l’heure est malheureusement inconnue. Le jour de sa
naissance, la Lune était en Scorpion, opposée au Soleil et au trigone de Pluton
son maître. De son côté, Pluton était au carré de Vénus.
Dans la dernière scène
d’Hamlet, Ophélie apparaît, elle est devenue folle par l’action d’Hamlet et
elle chante, c’est la dernière image qu’on a d’elle : une jeune fille qui
a déroulé ses cheveux, qui s’est mise une couronne de fleur sur la tête et qui
chante une mélopée puis elle disparaît et quelques instants après on apprend
qu’elle s’est noyée dans le fossé du château d’Elseneur.
Voilà l’image que l’on garde
d’elle et cette image est très importante puisqu’elle percute au plus haut
point l’inconscient collectif. Mais plus que toute chose, Ophélie demeure pour
nous à jamais, une chevelure, une chevelure flottante parmi les Nénuphars, une
chevelure dénouée par les flots, une chevelure offerte aux caresses de la mort.
D’ailleurs, le metteur en scène
qui voudrait faire jouer Ophélie par une comédienne aux cheveux courts raterait
tous ses effets et ce serait une ineptie.
La vision de la chevelure
flottante anime à elle seule tout un symbole de la psychologie des eaux et
explique à elle seule l’intégralité du complexe d’Ophélie. Enfin, vous avez pu
remarquer que l’on prête aux Sirènes de très longues chevelures, car telle est
la force de l’inconscient collectif à savoir qu’au bord de l’eau tout est
chevelure.
Lorsque le rêveur contemple au
fond des rivières les herbes vertes retenues par les roseaux, il pense
immanquablement à une morte qui était là et dont les grands cheveux étaient
déroulés. Ceci fait partie de notre inconscient collectif qui est le même à
chacun de nous et que les grands poètes retrouvent au fond d’eux-mêmes et
qu’ils traduisent avec des mots et des images.
Gaston Bachelard émet cette
remarque : “L’eau qui est la patrie des nymphes vivantes est aussi la
patrie des nymphes mortes. Elle est la vraie matière de la mort bien féminine.”
A peine Hamlet aperçoit-il
Ophélie qu’il lui dit : “Nymphe” ; il ne lui dit pas : “Bonjour
Ophélie” ou bien : “Salut !” comme le font les auteurs modernes dans
leurs pièces. Mais il lui dit : “Nymphe” et dès qu’il dit ceci, dans
l’esprit du public l’évocation des eaux résonne déjà, car ce mot situe d’emblée
le personnage. Et Hamlet ajoute : “Nymphe, en tes oraisons,
souviens-toi de tous mes péchés” (Hamlet, acte III, scène I)
La résonance de cette réplique
est très grande, puisque par elle, dès le début de l’action on sent que c’en
est fait d’Ophélie. Car Ophélie doit mourir pour les péchés d’autrui. C’est le
fameux destin masochiste : “En tes oraisons, souviens-toi de tous mes
péchés”. Elle va donc mourir pour racheter Hamlet, c’est ce qui est dit
dans cette première réplique.
Ainsi Ophélie va mourir pour
les péchés d’Hamlet, elle va mourir au fil de l’eau (puisqu’il a dit Nymphe
et que l’eau est la patrie des nymphes mortes) doucement et sans éclat.
Perçue à travers ce complexe
d’Ophélie, l’eau se présente comme un élément “mélancolisant” car l’eau porte à
la mélancolie.
Maurice Maeterlinck,
qui avait un Neptune angulaire au DS et une Lune qui s’approche de l’AS. Dans
sa pièce, la Princesse Maleine, l’héroïne est dans la solitude de sa
chambre, hantée par le pressentiment de son destin, et elle murmure : “Oh !
comme ils crient, les roseaux de ma chambre !”
Si on analyse cette réplique
avec son intellect ceci n’a aucun sens, enfin quoi de plus stupide que des
roseaux qui crient dans une chambre ?Mais si on laisse de côté son
intellect et qu’on laisse parler son inconscient, on fait un pas en avant dans
les schèmes du Scorpion.
L’inverse de la chose se
produit : il suffit qu’une chevelure dénouée tombe ou “coule” sur des
épaules nues pour que surgissent en l’âme tous les symboles ophélisant.
Gabriel d’Annunzio,
né le 13 mars 1863 à Pescara (Italie) à 8 heures. Dans son roman, Forse che
si, Forse che no, la servante peigne Isabella devant un miroir. Voici ce
qu’elle dit : “ses cheveux glissaient, glissaient comme une eau lente,
et avec eux mille choses de sa vie, informes, obscures, labiles, entre l’oubli
et le rappel. Et tout d’un coup, au-dessus de ce flux…
Pourquoi ai-je fait
cela ? Pourquoi ai-je fait cela ? Et pendant qu’elle cherchait en
elle la réponse, tout se déformait, se dissolvait, fluait encore. Le passage
répété du peigne dans la masse de ses cheveux était comme une incantation qui
eût duré depuis toujours, qui devait continuer sans fin. Son visage, au fond du
miroir, s’éloignait, privé de contours, puis se rapprochait en revenant du
fond, et n’était plus son visage.”
Jamais un auteur marqué par le
Feu ou la Terre ou l’Air n’aurait écrit cela. Vous sentez la percussion de
l’Eau.
Par exemple George
Rodenbach, né le 16 juillet 1855 à Bruges (Belgique) à 2 heures. Son
thème est marqué par une Lune angulaire au FC et une conjonction Soleil-Mercure
en Cancer.
Dans son roman Bruges la
Morte, on assiste à l’ophélisation d’une ville entière. Sans jamais voir
une morte flottant sur les canaux, le romancier est saisi par l’image
shakespearienne. Voici ce qu’il écrit : “Dans cette solitude du soir et
de l’automne, où le vent balayait les dernières feuilles, il éprouva plus que
jamais le désir d’avoir fini sa vie et l’impatience du tombeau. Il semblait
qu’une morte s’allongeât des tours sur son âme ; qu’un conseil vînt des
vieux murs jusqu’à lui ; qu’une voix chuchotante montât de l’eau – l’eau
s’en venant au-devant de lui, comme elle vint au-devant d’Ophélie, ainsi que le
racontent les fossoyeurs de Shakespeare.”
Le complexe de Xerxès :
A l’émotion que donne la
violence de certaines eaux tumultueuses et mouvantes de la mer des Poissons, va
s’associer un dernier complexe qui va compléter la gamme des complexes de la
psychologie des eaux. Ce complexe nous le nommerons : le Complexe de
Xerxès qui est en relation avec Neptune et les Poissons.
A ce sujet remettons-nous sous
les yeux l’anecdote racontée par Hérodote dans
Histoire :
“Xerxès ayant donné l’ordre
de faire construire des ponts entre les villes de Sestos et d’Abydos, ces ponts
achevés, il s’éleva une affreuse tempête qui rompit les cordages et brisa les
vaisseaux. A cette nouvelle, Xerxès, indigné, fit donner, dans sa colère, trois
cents coups de fouet à l’Hellespont. J’ai ouï dire qu’il avait aussi envoyé
avec les exécuteurs de cet ordre des gens pour en marquer les eaux d’un fer
ardent. Il fit ainsi châtier la mer”
Paul Claudel dont le thème
était marqué par un Neptune angulaire au MC dominant et une Lune en Poissons,
dans le premier acte de sa pièce Le Partage de Midi, retrouve cette splendide
image, il écrit : “La mer, l’échine resplendissante, est comme une
vache terrassée que l’on marque au fer rouge.”
Le complexe de Xerxès est un
mélange de l’eau et du feu, c’est-à-dire quand dans un cadre Poissons ou
neptunien vous avez des signes ou des planètes de feu valorisées vous avez un
complexe de Xerxès. Ou bien encore, un Mars dominant en Poissons ou dans un
cadre Poissons ; une conjonction Mars-Neptune qui est une variante, etc.
Algernon Charles
Swinburne, né le 5 avril 1837 à Londres (Angleterre) à 5 heures. Son
thème présente un amas en Bélier composé des deux luminaires, de Mercure et de
Vénus. Un AS Poissons et Neptune est au semi-carré de l’AS et il s’oppose à
Mars. Mars est au sesqui-carré de l’AS et au trigone de l’amas en Bélier. Il y
a aussi une griffe de Xerxès par : Uranus en Poissons qui se lève.
Dans son roman Lesbia
Brandon, il écrit : “Chaque vague fait souffrir, chaque flot cingle
comme une lanière.” “La flagellation de la houle le marqua des épaules aux
genoux et l’envoya sur le rivage, avec la peau entière rougie par le fouet de
la mer.”
Gaston Bachelard écrit : “C’est
Swinburne qui nous permettra de désigner le héros des eaux violentes.”
Par conséquent, toute image
qui dépeint un plongeon ou exultant la lutte d’un nageur avec cet élément
dangereux qu’est la mer procède, en droite ligne, d’un complexe de Xerxès. Or
le saut dans la mer est une des épreuves de l’initiation, par conséquent, à la
lumière des Poissons et de Neptune, le complexe de Xerxès est à proprement
parler un complexe métaphysique.
Nous retrouvons ce complexe
chez de nombreux êtres marqués par les Poissons. En outre grâce à ce complexe
de Xerxès, on comprend mieux la double ligne symbolique du Signe des Poissons
que la tradition qualifie justement de signe double. En effet, d’un côté il y a
toute la ligne mélodique de l’emprise neptunienne qui est la correspondance
avec l’invisible, la fusion avec Dieu, l’oblativité, la douceur, la
gentillesse, la bienveillance, la tendresse, le calme, le goût du silence, etc.
Mais de l’autre côté, il y a toute la ligne mélodique de la violence, car l’eau
de la mer est violente, tumultueuse, mouvante, agitée. Regardez la mer un jour
de tempête et vous comprendrez. Ainsi, la mer en ses tempêtes peut être
considérée comme un symbole métaphysique, c’est l’avant propos de la colère
divine, c’est le “Dies i Re i la” qu’Hector Berlioz évoque dans la Marche
au supplice de sa Symphonie Fantastique. C’est toute l’histoire du
déluge, de la fin du monde selon l’apocalypse lorsque les eaux sont déchaînées,
d’où la charge métaphysique qui rejoint la pente première des Poissons et sa
mysticité. Mais c’est une métaphysique qui n’est pas tranquille, qui est
inquiétante.
Ainsi, avec ce complexe de
Xerxès, nous sommes devant l’évidence qu’il existe une violence contenue dans
le signe des Poissons. D’ailleurs la mythologie gréco-romaine ne s’y était
point trompée, lorsqu’elle signalait déjà la violence dans le signe des
Poissons, puisqu’elle avait montré le dieu Neptune Poséidon – Dieu planète qui
préside au signe des Poissons – frappant les flots de son trident pour qu’en
jaillissent la foudre, les éclairs et la tempête.




























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