jeudi 6 juin 2013

Classification selon Gaston Bachelard


Introduction

      Une typologie forte intéressante est celle élaborée par Gaston Bachelard sur le symbolisme de l’imagination créatrice.
Gaston Bachelard a pu dégager quatre grands types d’imagination conditionnés respectivement par les quatre éléments traditionnels. On aurait ainsi quatre grandes familles de poètes qui se caractérisent par leurs images familières :

-         Des poètes du Feu ;
-         Des poètes de la Terre :
-         Des poètes de l’Air ;
-         Des poètes de l’Eau.

Ainsi Gaston Bachelard, dans son ouvrage La Psychanalyse du Feu (Editions Gallimard) écrit :
“Il nous semble bien qu’il y a quelque rapport entre la doctrine des quatre éléments physiques et la doctrine des quatre tempéraments. En tout cas les âmes qui rêvent sous le signe du feu, sous le signe de l’eau, sous le signe de l’air, sous le signe de terre se révèlent comme bien différentes. En particulier, l’eau et le feu restent ennemis jusque dans la rêverie et celui qui écoute le ruisseau ne peut guère comprendre celui qui entend chanter les flammes : ils ne parlent pas la même langue.
En développant, dans toute sa généralité, cette Physique, ou cette Chimie de la rêverie, on arrive facilement à une doctrine tétravalente des tempéraments poétiques. En effet, la tétravalence de la rêverie est aussi nette, aussi productive, que la tétravalence chimique du charbon. La rêverie a quatre domaines, quatre pointes par lesquelles elle s’élance dans l’espace infini. Pour forcer le secret d’un vrai poète, d’un poète sincère, d’un poète fidèle à sa langue originelle, sourd aux échos discordants de l’éclectisme sensible qui voudrait jouer de tous les sens, un mot suffit : « Dis-moi quel est ton fantôme ? Est-ce le gnôme, la salamandre, l’ondine ou la sylphide ? » Or, - l’a-t-on remarqué ? – tous ces êtres chimériques sont formés et nourris d’une matière unique : le gnôme terrestre et condensé vit dans la fissure du rocher, gardien du minéral et de l’or, gorgé des substances les plus compactes ; le salamandre tout en feu se dévore dans sa propre flamme ; l’ondine des eaux glisse sans bruit sur l’étang et se nourrit de son reflet ; la sylphide que la moindre substance alourdit, que le moindre alcool effarouche, qui se fâcherait peut-être d’un fumeur qui « souille son élément » s’élève sans peine dans le ciel bleu, heureuse de son anorexie.” (Op. cit. Page 147/148).
Ces images fondamentales qui s’imposent aux poètes ne sont pas isolées ; elles commandent de véritables réseaux d’images qui ont tendance à s’engendrer les unes les autres, à se répondre, à se grouper selon des rapports d’analogie subtils mais persistants.
C’est ainsi que le professeur Guy Michaud, qui a repris cette recherche, déclare : “qu’à l’image de l’Eau s’associent volontiers les images végétales, donc le vert, et aussi la lune, la pâleur, le reflet, les demi-teintes, tandis que l’image du Feu entraîne généralement avec elle les images animales et aussi le rouge vif, le soleil, les sonorités éclatantes des trompettes et des cors.”
Il faut procéder à un véritable recensement d’images dans l’œuvre de chaque poète, afin de définir d’une façon concrète et objective des structures mentales-types ou du moins les types d’imagination en question.
D’une façon plus générale, dit-il, il y a chez tout écrivain UNE VIE DES IMAGES qui constitue un monde sans cesse en mouvement, et il n’est pas rare de voir chez le même auteur des composantes tempéramentales se traduire par une sorte de “panaché” d’images qui s’appellent ou se repoussent suivant une formule spécifique du caractère personnel.
Gaston Bachelard parle d’une véritable LOI DES QUATRE ÉLÉMENTS dans le règne de l’imagination, qui s’étend à tous les domaines de l’imaginaire.
Il cite à ce propos un vieil auteur, Lessius, qui plaçait le rêve sous la dépendance des quatre éléments : “Les songes des Bilieux sont de feux, d’incendies, de guerres, de meurtres ; ceux des Mélancoliques d’enterrements, de sépulcres, de spectres, de fuites, de fosses, de toutes choses tristes ; ceux des Pituiteux de lacs, de fleuves, d’inondations, de naufrages ; ceux des Sanguins de vols d’oiseaux, de courses, de festins, de concerts, de choses même que l’on n’ose nommer.” 
Il estime donc qu’à un ÉLÉMENT on puisse rattacher un TYPE de REVERIE qui commande les croyances, les passions, l’idéal, la philosophie de toute une vie ; et il y parle, par exemple, d’une esthétique, d’une psychologie, d’une morale, d’une poétique et d’une philosophie du FEU.
“La rêverie reprend sans cesse les thèmes primitifs, travaille sans cesse comme une âme primitive, en dépit des succès de la pensée élaborée, contre l’instruction même des expériences scientifiques.” (Op. cit. page 13).
Nous avons donc là une classification de premier ordre qui englobe tout un UNIVERS de l’HOMME et qui ne s’adresse pas seulement au poète, au peintre ; mais c’est ici surtout où l’imaginaire règne en maître, qu’il est le plus facilement décelable.
Pour nous autres, astrologues, il n’y a même pas de transposition à faire, puisque la base de cette typologie est NÔTRE : les ÉLÉMENTS.
Ceci nous autorise à dire qu’une telle classification est d’essence astrologique et confirme la validité psychologique des bases typologiques de l’astrologie. A notre avis, cette nouvelle étude n’est qu’un prolongement sur un autre plan – celui  de l’imagination – de la classification tempéramentale (Cours n°1 du Deuxième Niveau : Les Tempéraments selon Hippocrate).
Au surplus, rien n’est plus déterminé, astrologiquement, que ces images recherchées à la racine même de la force imaginante ; c’est le lieu idéal où l’HOMME participe à la VIE UNIVERSELLE.
C’est donc surtout ici que l’astrologie doit donner un fidèle écho à la vérité profonde de l’humain.

Gaston Bachelard a vu le jour le 27 juin 1884 à 11 heures à Bar-sur-Aube (Aube). 

A la lumière de la biographie de Jacques Brosse parue dans Le Dictionnaire des Auteurs (Édition Robert Laffont collection Bouquins), vous allez voir apparaître les caractéristiques de son thème.  Mais d’abord situons-le :
Le thème est marqué par les angularités d’Uranus en Vierge, de Mercure et de Saturne en Gémeaux, tout ceci est la marque d’une hyper-cérébralisation.
Petit-fils de paysans champenois, son père était cordonnier, cependant il finira dans l’administration des P.T.T. en qualité de surnuméraire puis de commis.
         Gaston Bachelard n’avait cessé d’apprendre seul à la veillée après le travail du jour. Ce sont ces soirées laborieuses, cette solitude méditative qu’il évoque dans son dernier livre La Flamme d’une chandelle paru en 1961.
         En 1912, le jeune autodidacte obtient sa licence de mathématiques.
         Après la coupure de la guerre, il entre dans l’enseignement secondaire et reste de longues années professeur de physique et chimie au collège de Bar-sur-Aube.
         Marié et bientôt veuf, il vit seul avec sa fille Suzanne et se charge de son éducation. Il n’en poursuit pas moins son ascension universitaire. Agrégé de philosophie en 1922, il est docteur ès lettres en 1927. Sa thèse : Études sur l’évolution d’un problème de physique : La propagation thermique dans les solides marque déjà par son sujet et son esprit la place qu’il occupera dans l’évolution de la philosophie contemporaine.
         En 1927, il publie l’Essai sur la connaissance approchée, où il examine en savant et en philosophe la connaissance “dans sa tâche d’affinement, de précision, de clairvoyance”. Avec cet ouvrage apparaissait “dans la sphère de la philosophie française un style insolite, mûri dans le travail solitaire, loin des modes et des modèles universitaires ou académiques, un style philosophique rural” (G. Canguilhem).
         Dans La Valeur inductive de la Relativité, c’est en tant que “méthode de découverte progressive” qu’est étudiée la théorie de la Relativité, grâce à laquelle on est passé “d’un enseignement réaliste à un enseignement relativiste”.
         Enfin, Gaston Bachelard entre à l’Université, il est nommé en 1930 professeur de Philosophie à la Faculté des lettres de Dijon, poste qu’il occupe dix ans. De 1940 à 1950 il est titulaire de la chaire de philosophie des sciences à la Sorbonne. Devenu en 1955 professeur honoraire, Gaston Bachelard dirige l’Institut d’histoire des sciences et est élu membre de l’Académie des sciences morales et politiques. En 1961, il reçoit le Grand Prix national des lettres.
         Après avoir tenté d’insérer les nouveaux concepts de la chimie au sein de la philosophie des sciences élargies qu’il s’efforce de promouvoir dans Le Pluralisme cohérent de la chimie moderne, Gaston Bachelard aborde un domaine tout nouveau, l’analyse philosophique des œuvres littéraires, avec L’Intuition de l’Instant. Études sur la Siloë de Gaston Roupnet (1932). Il conçoit son étude comme une explication des thèmes de l’œuvre, comme l’exposé des résonances de ceux-ci dans la méditation du lecteur philosophe. Les Intuitions atomistiques (Essai de clarification) (1933) ouvrent une autre section de la pensée bachelardienne : l’étude archéologique et psychanalytique de la pensée scientifique en évolution. C’est déjà sur l’élémentaire, ici la poussière, que Gaston Bachelard met l’accent. Cet ouvrage annonce à la fois une œuvre magistrale du philosophe et historien des sciences, La Formation de l’esprit scientifique : contribution à la psychanalyse de la connaissance objective, étude systématique de quelques-uns des concepts aujourd’hui périmés sur lesquels ont vécu les sciences au XVIIe et au XVIIIe siècle, et la série consacrée à l’étude des éléments à travers les écrivains et les poètes qui le fit connaître des non-philosophes et qui débute la même année (1938) avec La Psychanalyse du Feu.
         Mais si Gaston Bachelard se retourne ainsi vers le passé c’est pour mieux montrer la non-fixité des positions acquises par la science, d’affirmer sa mobilité nécessaire. Aussi en 1934, dans Le Nouvel Esprit scientifique souligne-t-il que les anciennes théories ne sont jamais que des cas particuliers de théories nouvelles plus vastes et qui les englobent. Poursuivant son enquête épistémologique sur les conditions intellectuelles qui déterminent la marche en avant de la pensée scientifique, le philosophe examine successivement L’Expérience de l’espace dans la physique contemporaine, puis en 1951 L’Activité rationaliste dans la physique contemporaine. Rassemblant les résultats acquis au fur et à mesure de l’élaboration de ses travaux précédents, Gaston Bachelard pose les bases de la nouvelle philosophie des sciences. Dans Le Rationalisme appliqué, il expose le primat théorique de l’erreur : “un vrai sur fond d’erreur, telle est la forme de la pensée scientifique”, dans La Philosophie du non, le caractère tout provisoire de l’utilité de l’intuition : “Les intuitions sont très utiles : elles servent à être détruites.” Enfin, Le Matérialisme rationnel (1953) reconsidère “le matérialisme de la matière” et annonce l’avènement d’un nouveau rationalisme matérialiste, d’un matérialisme ordonné, déjà sous-jacent dans la science contemporaine.
    C’est avec cinq ouvrages parus de 1938 à 1948 : La Psychanalyse du feu ; L’Eau et les Rêves ; L’Air et les Songes ; La Terre et les Rêveries de la volonté ; La Terre et les Rêveries du repos et également grâce à ses cours de Sorbonne auxquels assistaient, à côté des étudiants, quelques-uns des écrivains et des artistes les plus éminents, que Gaston Bachelard dut d’exercer une influence qui dépassa de beaucoup le cadre de l’Université. A cette série d’études sur la rêverie spontanée qui donne naissance à l’œuvre littéraire, se rattachent naturellement La Dialectique de la durée, “propédeutique à une philosophie du repos” au moyen de la “rythmanalyse”, La Poétique de l’Espace et La Poétique de la rêverie, dans lesquelles la pensée de Gaston Bachelard, sans rien perdre de sa prudence critique, aboutit à une ample méditation sur l’Universel. 
         Il devait quitter ce monde le 16 octobre 1962.

             LE FEU

       La rêverie est extrêmement différente du rêve par cela même qu’elle est toujours plus ou moins centrée sur un objet. Le rêve chemine linéairement, oubliant son chemin en courant. La rêverie travaille en étoile. Elle revient à son centre pour lancer de nouveaux rayons.

La transformation :

De tout temps, les chimistes et les physiciens ont été préoccupés par la composition du Feu. En effet, il ne se laisse pas contenir sagement comme l’eau, l’air ou la terre, car privé de combustible il s’éteint et disparaît. Il lui faut donc un aliment pour l’entretenir et tenter de le capturer momentanément. Le feu n’existe que dans l’action de brûler et que dans la transformation de quelque chose qui brûle. Ainsi, ce sont là les premières caractéristiques de sa symbolique psychologique.
Point de dynamisme sans une énergie à dépenser et sans motivation à satisfaire, le combustible épuisé le feu s’éteint, mais que l’on jette une nouvelle bûche et immédiatement la flamme se réanime. Ainsi, l’homme de feu se jette avec passion dans une nouvelle entreprise en ayant le sentiment de s’accomplir pleinement, car l’homme de feu ne vit que dans la dynamique de la flamme.
Par sa complexion même le feu est transformation.

La notion de création et de sexualité :

Dans la nature, le feu ne se rencontre pas à l’état naturel à la surface de la Terre, il n’est stabilisé que par les autres éléments et l’homme de la préhistoire ne le voyait qu’épisodiquement sortir de la gueule des volcans en éruption ou flamboyer dans le foyer des incendies allumés par la foudre. Mais les volcans se calment et les incendies s’éteignent, la flamme se rapetisse pour mourir dans ses cendres et l’homme se retrouve, à partir de ce moment-là, en face des seuls  éléments Terre, Air et Eau. Certes, en haut dans le ciel il y a le Soleil et les étoiles, mais ils sont inaccessibles et on ne peut acquérir le feu.
Comment posséder le feu comme on tient la terre, comme on respire l’air ou comme on puise l’eau ? Il a donc fallu recréer le feu sur la terre et ceci est l’œuvre de l’homme.
Peut-être a-t-on commencé par recueillir le feu des incendies naturels et à l’entretenir patiemment jours après nuits ?
Cette méthode précaire et fastidieuse a bientôt fait place à la création spontanée du feu par le frottement de deux pièces de bois l’une contre l’autre. Dans un morceau de bois évidé rempli de copeaux, on fait tourner très vivement un bâtonné et de l’échauffement intense du frottement naît une flamme qui se nourrit des copeaux.
Les raisons objectives invoquées pour expliquer comment les hommes auraient été conduits à imaginer ce procédé sont bien faibles. Souvent l’homme pratique le bio mimétique, c’est-à-dire qu’il s’inspire de la nature qui est une grande pourvoyeuse d’idées. Mais, Gaston Bachelard constate que la nature n’offre aucun exemple de la sorte. Il écrit à ce sujet : “Aucune des pratiques fondées sur le frottement, en usage chez les peuples primitifs pour produire le feu, ne peut être suggérée directement par un phénomène naturel.”

De son côté, August Wilhelm von Schlegel fait remarquer que “la seule invention du feu, pierre angulaire de tout l’édifice de la culture, comme l’exprime si bien la fable de Prométhée, dans la supposition de l’état brut, présente des difficultés insurmontables. Rien de plus trivial pour nous que le feu ; mais l’homme aurait pu errer des milliers d’années dans les déserts, sans en avoir vu une seule fois sur le sol terrestre. Accordons-lui un volcan en éruption, une forêt embrasée par la foudre : endurci dans sa nudité contre l’intempérie des saisons, sera-t-il accouru tout de suite pour s’y chauffer ? n’aura-t-il pas plutôt pris la fuite ? L’aspect du feu épouvante la plupart des animaux, excepté ceux qui, par la vie domestique s’y sont habitués… Même après avoir éprouvé les effets bienfaisants d’un feu que lui offrait la nature, comment l’aurait-il conservé ?… Comment une fois éteint aurait-il su le rallumer ? Que deux morceaux de bois sec soient tombés pour la première fois entre les mains d’un sauvage, par quelle indication de l’expérience devinera-t-il qu’ils peuvent s’enflammer par un frottement rapide et longtemps continué ?”

Les psychologues et les psychanalystes pensent que l’origine en est sexuelle. En effet, l’idée du frottement aurait été suggérée par l’acte sexuel qui produit par l’échauffement des sens le feu extatique de la jouissance.
Gaston Bachelard écrit : “Si une explication rationnelle et objective est vraiment peu satisfaisante pour rendre compte d’une découverte par un esprit primitif, une explication psychanalytique, pour aventureuse qu’elle semble, doit finalement être l’explication psychologique véritable.
En premier lieu, il faut reconnaître que le frottement est une expérience fortement sexualisée. En second lieu, si l’on veut bien systématiser les indications d’une psychanalyse spéciale des impressions calorigènes, on va se convaincre que l’essai objectif de produire le feu par le frottement est suggéré par des expériences intimes. En tout cas, c’est de ce côté que le circuit est le plus court entre le phénomène du feu et sa reproduction. L’amour est la première hypothèse scientifique pour la reproduction objective du feu.”
Dès qu’on a formulé cette remarque psychanalytique, une foule de légendes et de coutumes s’expliquent aisément ; des expressions curieuses, mêlées inconsciemment à des explications rationalisées s’éclairent d’un jour nouveau.
Par conséquent, dans la psychologie du Feu appliquée à l’homme, il ne faudra pas négliger cette notion de sexualité. C’est une sexualité active et virile (Mars). Lorsque le feu est bien intégré dans une personnalité, il montre une sexualité importante et franche qui va de la flambée du coup de foudre (Bélier) aux passions brûlantes (Lion) et aux sentiments idéalisés (Sagittaire).

Le complexe de Prométhée et la notion de progrès :

Cette conquête prométhéenne du feu, qui est création, sépare définitivement l’homme de l’animal.
Si le feu va nourrir les rêveries des soirées de lumière et de chaleur gagnées sur le jour dès l’âge préhistorique, il va aussi dans un premier temps servir de protection efficace contre les bêtes sauvages en les tenant en respect. Et dans un second temps, il sera à l’origine d’un immense progrès scientifique. En effet, sans le feu domestiqué, la métallurgie n’aurait pas existé. Le feu a permis l’invention du socle de la charrue et hélas aussi, celle des armes.
“Prométhée est un amant vigoureux plutôt qu’un philosophe intelligent et la vengeance des dieux est une vengeance de jaloux”
Le feu donne la puissance et autorise la conquête. Puisant dans l’oxygène de l’air il peut fondre le métal de la terre et le cristal de la roche ; il peut aussi cuire la poterie et bouillir l’eau. Utilisant ainsi à son profit les autres éléments, il les manipule et les transforme et participe ainsi à d’alchimiques créations.
Il est intéressant de noter que l’électricité qui est rattachée au feu, fut aussi à connotation sexuelle. Gaston Bachelard écrit : “Sur l’idée du frottement, dont nous venons de souligner l’évidente sexualité première, nous allons retrouver, pour l’électricité, tout ce que nous avons dit sur le feu.” Il dit encore :
“Quand les harmoniques sexuelles inconscientes du frottement viennent à manquer, quand elles résonnent mal dans des âmes sèches et raides, aussitôt le frottement, rendu à son aspect purement mécanique, perd son pouvoir d’explication. De ce point de vue, on pourrait peut-être rendre compte psychanalytiquement des longues résistances qu’a rencontrées la théorie cinétique de la chaleur. Cette théorie très claire pour la représentation consciente, très suffisante pour un esprit sincèrement positiviste, paraît sans profondeur – entendons : sans satisfaction inconsciente – à un esprit préscientifique.”
A son image, l’homme de feu, en sa plus parfaite expression est atteint par un complexe de Prométhée qui le porte à aller toujours plus avant, à voir toujours plus grand et à monter toujours plus haut, il connaît l’exaltation de la volonté de se dépasser et Gaston Bachelard écrit :
“Nous nous proposons donc de ranger sous le nom de complexe de Prométhée toutes les tendances qui nous poussent à savoir autant que nos pères, autant que nos maîtres, plus que nos maîtres.”
Ce “plus” est la marque du Feu et du complexe de Prométhée. Par conséquent, le complexe de Prométhée est moteur de dépassement, il donne de la témérité aux conquérants, de l’assurance aux chefs, de l’audace au savant qui pressent une découverte révolutionnaire.
Mais le complexe de Prométhée donne aussi le goût du risque, car c’est lui qui pousse l’enfant (ou l’adulte) à jouer avec le feu et ce malgré les interdits.
A travers sa dynamique et son complexe de Prométhée, le Feu porte en lui un devenir. Gaston Bachelard écrit : “Le Feu est pour l’homme qui le contemple un exemple de prompt devenir et un exemple de devenir circonstancié. Moins monotone et moins abstrait que l’eau qui coule, plus prompt même à croître et à changer que l’oiseau au nid surveillé chaque jour dans le buisson, le feu suggère le désir de changer, de brusquer le temps, de porter toute la vie à son terme, à son au-delà. Alors la rêverie est vraiment prenante et dramatique ; elle amplifie le destin humain ; elle relie le petit au grand, le foyer au volcan, la vie d’une bûche et la vie d’un monde.”

La notion de changement :

Si tout ce qui change lentement s’explique par la vie, tout ce qui change vite s’explique par le feu. Le feu est l’ultra-vivant, il est le facteur premier du phénomène. En effet, on ne peut parler d’un monde du phénomène, d’un monde des apparences que devant un monde qui change d’apparence. Or, primitivement seuls les changements par le feu sont des changements profonds, frappants, rapides, merveilleux et définitifs. Par le feu tout change. “Quand on veut que tout change, on appelle le feu” conclut Gaston Bachelard.
Ainsi, par sa nature même, et ne s’immobilisant pas dans le présent, le feu n’existe donc que dans le changement. L’homme de feu n’est pas celui qui demeure immuablement le même, mais il est celui qui, toujours en action, est à la recherche prométhéenne d’un plus être. Il se modifie d’instant en instant et ne trouve son véritable accomplissement que dans ses perpétuelles transformations.
Il ne vit que de libérations successives, dégagé des attaches du passé, tourné vers ce qui va être, l’homme de feu vaut par ce qu’il devient.
Cette avancée vers un devenir est fort bien symbolisée par l’image de la flamme qui monte et s’élance vers le haut. Dans sa plus idéale expression, il y a une force qui pousse l’homme du feu à vaincre en quelque sorte la pesanteur et à se dégager des contingences terrestres.
Nous venons d’employer le mot “force”, comme plus haut nous avons parlé de “puissance”. C’est qu’il ne faut pas négliger le caractère énergétique du feu, car cette énergie se cumule tout aussi bien dans le cylindre du moteur qu’elle se comprime dans le muscle tendu du fauve pour permettre, par une brusque détente, le bond en avant.
Nous en venons, par cette dernière considération, à la notion de discontinuité. En effet, l’action du feu suit une courbe : après une forte montée la flamme retombe, il n’y a pas d’économie d’énergie. A savoir que la quantité de combustible, autrement-dit, la force de la motivation, pour l’homme de feu, détermine beaucoup plus la qualité de la flamme que sa durée. De ce fait, la régularité et la mesure ne sont point des vertus de l’homme de feu qui agit plutôt par flambées successives au fur et à mesure qu’arrive dans son psychisme le combustible de la motivation immédiate. Par conséquent, le feu est le devenir, mais non le devenir à long terme, car le devenir ne l’intéresse principalement que pour sa nouveauté immédiate. L’homme de feu est un intensif.

La socialisation du feu :

Le feu que nous avons à notre disposition et qu’une simple allumette fait apparaître comme par magie est, comme l’a si bien défini Gaston Bachelard, un être social.
“Pour voir le bien-fondé de cette remarque, il n’est pas besoin de développer des considérations sur le rôle du feu dans les sociétés primitives, ni d’insister sur les difficultés techniques de l’entretien du feu ; il suffit de faire de la psychologie positive, en examinant la structure et l’éducation d’un esprit civilisé. En fait, le respect du feu est un respect enseigné.”
En effet, l’enfant vis-à-vis du feu reçoit des interdits de la part de ses parents et éducateurs, du style : “Attention, tu vas te brûler !” ou bien, “il est interdit de s’approcher du feu” sous entendant par là : au risque de se brûler, etc.
Gaston Bachelard ajoute : “La brûlure, c’est-à-dire l’inhibition naturelle, en confirmant les interdictions sociales ne fait que donner, aux yeux de l’enfant, plus de valeur à l’intelligence paternelle. Il y a donc, à la base de la connaissance enfantine du feu, une interférence du naturel et du social où le social est presque toujours dominant. Peut-être le verra-t-on mieux si l’on compare la piqûre et la brûlure. Elles donnent, l’une et l’autre, lieu à des réflexes. Pourquoi les pointes ne sont-elles pas, comme le feu, objet de respect et de crainte ? C’est précisément parce que les interdictions sociales concernant les pointes sont de beaucoup plus faibles que les interdictions concernant le feu.”
Cette articulation est très importante, puisque l’Air et le Feu sont des éléments qui sont, par essence extravertis.

La notion de vie :

Par le mouvement de ses flammes qui bougent sans cesse, le feu suggère la vie. A ce propos on remarque que le feu s’identifie au verbe “être”. D’ailleurs nous en avons la preuve dans l’expression “feu un tel” pour désigner une personne défunte. Le terme “feu” est ici l’évolution linguistique de “fut” à savoir : “Il fut un tel.” De même, le feu de bois est une allusion à la pensée : “Il fut du bois.” Donc le feu concerne l’être.
Le feu suggère la vie et ce non seulement par ses mouvements mais aussi par sa chaleur. Il irradie cette chaleur qui est symbole de vie. Au contraire, la mort, par essence est froide, ne parle t-on pas de “froid cadavérique” et la neige silencieuse qui nimbe les paysages est souvent comparée au linceul car elle pose sur la nature une chape de froid qui semble arrêter toute vie : “Ce que je reconnais de vivant, s’exprime Gaston Bachelard, d’immédiatement vivant, c’est ce que je reconnais comme chaud. La chaleur est la preuve par excellence de la richesse et de la permanence substantielles ; elle seule donne un sens immédiat à l’intensivité vitale, à l’intensité d’être.”
Ce n’est pas par hasard que l’on nomme “eau de vie” un alcool qui donne une intense sensation de chaleur en le buvant. D’ailleurs, les Indiens d’Amérique nommaient l’alcool “l’eau de feu”.
Au sens figuré, nous pourrons donc qualifier d’être vivant celui qui possède une personnalité rayonnante et chaleureuse.

La notion de lumière :

Dispensateur de chaleur, le feu est aussi source de lumière. Cette articulation est importante. Les rayons du soleil venus du fond des espaces nous libèrent des ténèbres, et la lumière de la lampe prolonge ce jour que la rotation terrestre nous dérobe chaque soir. Cette lumière qui est fille du feu, engendre des symboles très riches et très complexes.
Eclairant le créé, elle sort de l’ombre les choses, elle les met en “lumière”. Elle met donc à l’évidence des yeux les choses et par là même, sa clarté devient synonyme de conscience et de lucidité. Ainsi, avec elle le doute est levé. Dans le psychisme humain, la lumière lutte contre les ténèbres de l’inconscient.
Ainsi, après le feu de l’élan pulsionnel, primitif et instinctif qui pousse l’être à agir (Bélier-Mars) nous accédons à la dialectique du feu lumière qui éclaire les zones conscientes du psychisme (Lion-Soleil). Portée à son plus ultime accomplissement, cette lumière peut devenir l’illumination spirituelle (Soleil) et le feu s’identifie alors avec l’esprit et devient le feu Dieu : le feu primordial, le feu créateur de l’univers tant matériel que spirituel. Dans la religion chrétienne c’est l’esprit saint qui descend vers l’homme le jour de la Pentecôte sous forme d’une flamme. C’est, dans toutes les religions, l’image de la lumière : le “Fiat”. Gaston Bachelard écrit : “Le feu lui-même n’est pas le vrai feu, il n’est que le feu flambant, brillant, cendrant. Lointaine image du vrai feu, du feu lumière, du feu pur, du feu substantiel, du feu principe. Du feu sexualisé que produit l’homme primitif au feu mystique, la gamme entière des diverses zones du psychisme humain et des possibilités de l’esprit est parcourue. C’est la symbolique de la lumière qui permet d’atteindre à cette ultime et incomparable hauteur, car seule, la lumière autorise l’idéalisation du feu. Elle permet de faire de la lampe du profane le phare du mystique et du saint.”
Pour Rainer Maria Rilke : “Être aimé veut dire se consumer dans la flamme ; aimer c’est luire d’une lumière inépuisable”. Car aimer, c’est échapper au doute, c’est vivre dans l’évidence du cœur.

La Passion et la dialectique Amour/Haine :

L’action du feu, source de vie, dispensateur de chaleur et de lumière ne s’arrête pas là. En effet, le feu rayonne aussi dans la sphère affective, c’est justement parce qu’il est source de vie que le feu préside à l’amour et mieux encore, à cette dialectique fondamentale qui régit tant la matière que l’esprit, c’est la dialectique de l’attraction et de la répulsion, la dialectique de l’amour et de la haine.
La chaleur du feu se prête à la température des sentiments et sa lumière éclaire brillamment la certitude des penchants et c’est la flambée exaltante de l’amour et la flambée dévorante de la haine qui attise au besoin l’esprit de vengeance. De l’amour à la haine crépitent les étincelles de la passion, car c’est au feu que revient le privilège d’éveiller la passion. Et l’on comprend pourquoi le feu alimente de tels extrêmes puisque c’est l’élément qui, selon Gaston Bachelard, reçoit aussi nettement les deux valorisations contraires : le bien et le mal. Gaston Bachelard écrit : “Le feu vit dans le ciel. Il monte des profondeurs de la substance et s’offre comme un amour. Il redescend dans la matière et se cache, latent, contenu comme la haine et la vengeance. Parmi tous les phénomènes, il est vraiment le seul qui puisse recevoir aussi nettement les deux valorisations contraires : le bien et le mal. Il est douceur au Paradis. Il brûle à l’Enfer. Il est douceur et torture. Il est cuisine et apocalypse. Il est plaisir pour l’enfant assis sagement près du foyer ; il punit cependant de toute désobéissance quand on veut jouer de trop près avec ses flammes. Il est bien-être et il est respect. C’est un dieu tutélaire et terrible, bon et mauvais. Il peut se contredire : il est donc un des principes d’explication universelle.”
Ceci est très important, parce que dans les thèmes on trouvera effectivement des individus toujours aux extrêmes : des mystiques passionnés, des assassins sanglants. Les gens qui sont marqués par le feu sont très vivants dans tous les sens du terme. Ici apparaît l’ange et le démon…
Le feu signe le mal et le péché et particulièrement le péché de chair.
L’être qui est pris dans les affres torturants de la passion et dans les débordements d’une hyper-sexualité envahissante, est brûlé par un feu intérieur dévorant. “Toute lutte contre les impulsions sexuelles doit donc être symbolisée par une lutte contre le feu.”
Ainsi, il y a un feu destructeur, auteur d’incendie et de crime, il y a un feu impur origine de la fièvre et de mal des ardents. Mais si le feu brûle en enfer ce n’est pas pour consumer le juste, au contraire, c’est pour torturer le pervers et s’il est un lieu de punition l’Enfer est aussi un lieu d’expiation. C’est là un paradoxe du feu qui d’impur devient purificateur. Dans les écritures il est dit que : le feu embrasera le monde au jugement dernier (Apocalypse de Saint-Jean).
Le feu qui sur terre désodorise la pourriture, détruit la mauvaise herbe, cautérise et assainit la plaie infectée, en l’âme il peut brûler d’une flamme si claire qu’elle tend à ressembler à la grande flamme primordiale qui pour l’initié représente le sommet de la perfection, c’est-à-dire Dieu.
Ainsi, il y a destruction, et cette destruction est utilisée en sa phase la plus haute, la destruction par le feu devient purification et elle permet d’accéder à la perfection et de retourner à ce feu primordial de la béatitude éternelle.

Le complexe d’Empédocle :

Cette dialectique destruction/purification a donné naissance à ce que Gaston Bachelard appelle si justement : “le complexe d’Empédocle”. Qui est Empédocle ?
A ce nom s’identifie un philosophe et médecin d’Agrigente, ville de l’ancienne Sicile. Il vécut au Ve siècle avant notre Ere. On assure qu’il se précipita dans la gueule du volcan l’Etna dans le but de faire croire qu’au moment de sa mort son corps aurait complètement disparu de la terre –exactement comme le Christ plus tard. De telle sorte que ses contemporains le croiraient remonté au ciel. Mais, le volcan était perfide et il vomit les sandales du philosophe comme pour révéler la supercherie de cet orgueilleux suicide…
L’histoire légendaire d’Empédocle sert de base au complexe de la mort par le feu. Pour des raisons d’un sublime idéal ou pour des causes névrotiques il y a l’appel du bûcher d’un Savonarole, le suicide sacrificiel par le feu des Bonzes ou d’un Jan Palach, désir d’un anéantissement par les flammes d’un d’Annuzio. Pour lors aucune corrélation astrologique n’a été tentée sur cette tendance. Cependant, à la lumière de quelques thèmes examinés, il semble que le feu de Mars et de Pluton préside à son élaboration dans le psychisme.
Le 16 janvier 1969 à Prague, un étudiant du nom de Jan Palach s’immole par le feu sur la place Venceslas pour protester contre l’occupation soviétique.
Les coordonnées natales de Jan Palach ont été obtenues après bien des recherches et des difficultés grâce à un astrologue tchèque R. Guyonvarch qui a pu obtenir de la mère de l’intéressé la date du 11 août 1948 à 22 heures 30 minutes. Concernant le lieu de naissance, on sait seulement que Palach est né dans une petite bourgade de l’Est, donc proche de la Russie.
Si on calcule le thème pour les environs d’Ostrava pour le 11 août 1948 à 22 heures 30 minutes, nous obtenons la figure ci-dessous. 



Le thème présente un AS en Taureau, Vénus s’identifierait par conjonction à Uranus. Cette conjonction est au semi-carré du groupe Soleil-Mercure-Saturne-Pluton en Lion et Vénus est au carré de Neptune, de telle sorte que les deux conjonctions : Vénus-Uranus et Neptune-Mars se trouvent en quadrature par l’entremise du carré Vénus-Neptune. Notons que Mars est au carré du MC et que Saturne et Pluton sont pris entre les deux luminaires : par conjonction au Soleil et au carré de la Lune. En outre, la triplice du Lion est la marque d’un complexe de culpabilité au semi-carré du Maître d’AS (Vénus). Mars au carré de Vénus, par l’entremise de Neptune montre que l’agressivité (Mars) se retourne contre le Moi (Vénus Maître d’AS). Au niveau psychanalytique, le thème présente pas mal de complexes à teneur névrotique.
Vu l’incertitude du thème on ne peut pas trop s’avancer dans l’interprétation, mais, nous voyons quand même, que les planètes dures comme Saturne et Pluton sont valorisées par les luminaires. En outre, en Lion signe de représentation, il est vrai que cet acte fut filmé par les médias du monde entier et que ceci a bouleversé l’opinion internationale. En outre, le Jupiter en VIII est à l’image d’obsèques grandioses et médiatiques qui eurent lieu le 19 janvier 1969.


Gaston Bachelard cite George Sand qui dans une œuvre de jeunesse Histoire du rêveur, écrite bien avant son premier voyage en Italie, avant le premier volcan, après le mariage mais avant son premier amour. 


George Sand, née le 1er juillet 1804 à Paris à 15 heures.


Son thème est marqué par le Feu : Mars qui s’approche du couchant, au carré du MC et au semi-carré du Soleil, puis il est maître de la Lune en Bélier. Notons que Pluton est au trigone de l’AS, au sesqui-carré du MC, au trigone du Soleil et il est maître de l’AS Scorpion. En outre, Vénus angulaire au MC est dans le signe de feu du Lion. Il y a aussi une griffe de l’élément aérien par le lever de Jupiter et l’angularité de Vénus.
Mais comme la rêverie est pour nous plus instructive que le rêve, suivons George Sand.
Pour voir au petit matin la Sicile en feu sur la mer étincelante, le voyageur gravit les pentes de l’Etna à la nuit tombante. Il s’arrête pour dormir dans la Grotte des Chèvres, mais ne pouvant trouver le sommeil, il rêve devant le feu de bouleau ; il reste naturellement “les coudes appuyés sur ses genoux et ses yeux fixés sur la braise rouge de son foyer, d’où s’échappaient sous mille formes et avec mille ondulations variées, des flammes blanches et bleues. C’est là pensait-il, une image réduite des jeux de la flamme et des mouvements de la lave dans les irruptions de l’Etna. Que ne suis-je appelé à contempler cet admirable spectacle dans toutes ses horreurs ?” Mais, comme pour mieux nous indiquer l’axe de sa rêverie amplifiante, l’auteur continue : “Que n’ai-je les yeux d’une fourmi pour admirer ce bouleau embrasé ; avec quels transports de joie aveugle et de frénésie d’amante, ces essaims de petites phalènes blanchâtres viennent s’y précipiter ! Voilà pour elles le volcan dans toute sa majesté ! Voilà le spectacle d’un immense incendie. Cette lumière éclatante les enivre et les exalte comme ferait pour moi la vue de toute la forêt embrasée.”
Dès que la rêverie est concentrée, apparaît le génie du volcan. “Viens mon roi. Ceins ta couronne de flamme blanche et de souffre bleu d’où s’échappe une pluie étincelante de diamants et de saphyrs !” Et le rêveur, prêt au sacrifice, répond : “Me voici ! enveloppe-moi dans des fleuves de lave ardente, presse-moi dans tes bras de feu, comme un amant presse sa fiancée. J’ai mis le manteau rouge. Je me suis paré de tes couleurs. Revêts aussi ta brûlante robe de pourpre. Couvre tes flancs de ces plis éclatants. Etna, viens, Etna ! brise tes portes de basalte, vomis le bitume et le soufre. Vomis la pierre, le métal et le feu !…” Dans le sein du feu, la mort n’est pas la mort. “La mort ne saurait être dans cette région éthérée où tu me transportes… Mon corps fragile peut être consumé par le feu, mon âme doit s’unir à ces éléments subtils dont tu es composé. – Eh bien ! dit l’Esprit, en jetant sur (le Rêveur) une partie de son manteau rouge, dis adieu à la vie des hommes, et suis-moi dans celle des fantômes.”
 L’amour, la mort et le feu sont unis dans le même instant. Par son sacrifice dans le cœur de la flamme, l’éphémère nous donne une leçon d’éternité. La mort totale et sans trace est la garantie que nous partons tout entiers dans l’au-delà.


Par conséquent, on peut dire que c’est l’élément Feu que George Sand portait en sa psyché qui lui a insufflé cette image ou plutôt ce “fantasme”, sublimé magistralement de manière poétique, de la mort par le feu à travers ce mythe d’Empédocle.  


Le complexe de Vulcain :

Le plus grand ennemi du feu est l’eau, entre ces deux éléments que sont l’eau et le feu il y a incompatibilité et affrontement : l’eau détruit le feu et de son côté le feu détruit l’eau en la faisant s’évaporer et en la transformant en élément air. Il n’est que de voir le forgeron battre et façonner le fer rougi, pour ensuite le plonger dans un bac rempli d’eau. Le bouillonnement tumultueux et fusant de la rencontre des deux éléments a inspiré Gaston Bachelard à la notion du “complexe de Vulcain” qui pourrait s’appliquer à des thèmes où l’eau et le feu dominent et se heurtent violemment.
Si la trempe du fer rougi met en avant la lutte mortelle de l’eau et du feu, elle révèle aussi la création d’une puissance. En effet, le métal qui est passé par le feu et l’eau devient résistant et acquiert de la souplesse. Ainsi le mélange Feu/Eau dans un thème indique la trempe d’une âme.
De même, ce mélange entre ces deux éléments que sont l’Eau et le Feu, se retrouve aussi dans l’eau-de-vie, car qui n’a pas bu un verre d’alcool sans penser à boire du feu ? Gaston Bachelard écrit : “L’eau-de-vie, c’est l’eau de feu. C’est une eau qui brûle la langue et qui s’enflamme à la moindre étincelle. Elle ne se borne pas à dissoudre et à détruire comme l’eau-forte. Elle disparaît avec ce qu’elle brûle. Elle est la communion de la vie et du feu. L’alcool est aussi un aliment immédiat qui met tout de suite sa chaleur au creux de la poitrine.”

Le complexe d’Hoffmann :

Le mystère de cette eau porteuse de feu a inspiré au philosophe Gaston Bachelard la notion de “Complexe d’Hoffmann”, le célèbre conteur et compositeur. Ce dernier usa abondamment de l’eau de feu et plus particulièrement du punch qui est si flambant et si corsé, qu’il peut prêter son nom à ce que l’on pourrait nommer plus prosaïquement : “Le complexe d’alcoolisme”.
De l’ivresse du punch montent des visions fantastiques et Hoffmann lui-même analyse fort bien les effets de l’alcool sur les créations lorsqu’il écrit : “On parle souvent de l’inspiration que les artistes puisent dans l’usage des boissons fortes, on cite des musiciens, des poètes qui ne sauraient travailler autrement. Je n’en crois rien, mais il est certain que lorsqu’on est dans l’heureuse disposition, je pourrais dire dans la constellation favorable où l’esprit passe de la période d’incubation à celle de la création, une boisson spiritueuse inspire aux idées un mouvement plus vif. La comparaison qui me vient à l’esprit n’est pas bien noble mais de même qu’une roue de moulin travaille plus vite quand le torrent grossit et augmente de force, de même quand l’homme se verse du vin le mouvement intérieur prend une allure plus rapide.”
Cette eau de feu dispensa ses étranges flammes dans la création de l’œuvre du conteur, mais aussi, elle se rendit maître de sa vie et de sa mort car Hoffmann mourut de polynévrite alcoolique.


Ernest Théodor Amadeus Hoffmann est né le 24 janvier 1776 à Königsberg (Allemagne) à 12 heures. 



Son thème présente une structure importante qui relie Uranus conjoint à l’AS Gémeaux au trigone d’une conjonction Soleil-Mercure-MC en Verseau, cette structure est très sèche. Le feu apparaît ici par la présence d’Uranus, du Soleil et de Pluton, en outre, Mercure, maître d’AS, s’identifie par conjonction à deux planètes de Feu : le Soleil et Pluton.
La seconde structure importante de ce thème est l’angularité à l’AS de Jupiter, celui-ci s’oppose à Vénus qui s’apprête à se coucher. Vénus est reliée, par double carré à l’opposition Lune-Neptune. Ici, avec Jupiter et Vénus nous avons deux planètes d’Air, donc humides et La Lune et Neptune sont deux planètes d’eau donc froides et humides. Par conséquent, cette seconde structure, dissonante, est humide.
Jupiter, angulaire à l’AS porte aux excès et Neptune opposé à la Lune en Poissons crée un complexe de fuite de la réalité dans les vapeurs d’une imagination délirante, ce qui est inhérent à l’alcoolisme.


Ainsi, le complexe d’Hoffmann est représenté par l’ensemble dissonant valorisé par les planètes humides incluant Jupiter et surtout une Lune en Poissons qui fait écho à Neptune. Le tout dans un cadre de Feu qui apparaît dans la première structure : Uranus, Soleil, Pluton et Mars culminant.

Poètes du Feu :

Arthur Rimbaud né le 20 octobre 1854 à Charleville (Ardennes) à 6 heures.

Dans son thème le feu apparaît avec Pluton au couchant, au carré du MC, opposé au Soleil angulaire à l’AS et il forme un quinconce avec la Lune. Mars est au semi-carré de l’AS et au sextile de la Lune.
Ce Thème est aussi marqué par l’Air avec Jupiter angulaire au FC au carré de l’AS, du Soleil et de Vénus. Vénus se lève, elle est conjointe à la Lune et elle a Maîtrise sur l’AS et les luminaires en Balance.
Il est permis ici de supposer que la naissance a dû avoir lieu aux alentours de 7 heures 15 minutes plaçant un AS au début du Scorpion et un MC au milieu du Lion, valorisant ainsi l’opposition Mercure-Uranus, tout en laissant l’opposition Pluton-Soleil sur l’axe de l’Horizon.
Il est le feu qui embrase, qui dévore et qui consume. Dressé contre la civilisation occidentale moderne, il en a hérité cependant la précipitation et l’instabilité tourmentées. Il a vécu en trois ans, a-t-on dit, l’évolution littéraire de l’âge moderne. Dans sa chasse spirituelle, il brûle les étapes, doctrines, systèmes, univers ; il se brûle lui-même et, avant d’avoir vingt ans, consumé par le feu de l’enfer, “roussi”, et n’ayant découvert, en fait d’absolu, que sa propre projection démesurée, il se retrouve les mains vides, “rendu au sol avec la réalité rugueuse à étreindre”.
Guy Michaud écrit : “Rimbaud semble être né sous le signe du feu. Le feu qui embrase, mais aussi le feu qui dévore et qui consume. Comment a-t-on pu ne pas dire que la précipitation constitue le rythme même de sa vie ? « On est chez soi et on a le temps » (Saison en enfer), Rimbaud parlait pour d’autres. En vérité, il n’a pas le temps. Il a vécu en trois ans l’évolution littéraire de l’âge moderne. Est-ce là le fait d’un homme qui prend son temps ? Dès qu’il s’éveille, il lui faut tout : le monde, la vérité, la certitude. Il n’a de cesse qu’il n’ait trouvé le lieu et la formule.”
Et Mallarmé de le résumer : “Éclat, lui, d’un météore, allumé sans motif autre que sa présence, issu seul et s’étreignant.”


Son univers imaginaire est un monde pur, où tout est blanc et or, dans l’ardeur de l’été et de midi, aux “heures d’argent et de soleil” ; dans ce monde, il n’est que métaux précieux et brillants, neige, cristal ; le soleil s’y joue “sur la soie des mers et des fleurs arctiques” et tout s’y termine “par des anges de flamme et de glace.”

Emile Zola né le 2 avril 1840 à Paris à 23 heures. 



Son thème présente un Jupiter, maître d’AS Sagittaire qui se lève, au quinconce de l’amas en Bélier et au trigone de la conjonction Vénus Uranus. Mars et Pluton sont conjoints aux luminaires et à Mercure en Bélier. L’Air et le Feu dominent, alliés à une note de Terre par Saturne au carré du MC et au trigone de l’amas au Bélier.
C’est un homme qui s’est fait seul avec passion. Ecrivain réaliste, c’est surtout du Feu de la conjonction Mars-Pluton en Bélier qu’il tire la matière de son inspiration ; un feu de la vie primitive, sauvage, agressive, destructive, celui de la « bête humaine ».
Dans La Débâcle, le soldat Maurice meurt en rêvant qu’un feu purificateur va dévaster Paris. Dans l’Assommoir, la scène de la forge prend neuf grandes pages et finit sur l’image d’un coucher d’astre rouge, et le soleil est le personnage essentiel de La Faute de l’abbé Mouret.
Dans la psychanalyse du Feu, Gaston Bachelard rappelle une scène de combustion humaine spontanée imaginée par Zola avec le Docteur Pascal :
“Par le trou de l’étoffe, large déjà comme une pièce de cent sous, on voyait la cuisse nue, une cuisse rouge, d’où sortait une petite flamme bleue. D’abord Félicité crut que c’était du linge, le caleçon, la chemise qui brûlait. Mais le doute n’était pas permis, elle voyait bien la chair à nu, et la petite flamme bleue s’en échappait, légère, dansante, telle qu’une flamme errante, à la surface d’un vase d’alcool enflammé. Elle n’était guère plus haute qu’une flamme de veilleuse, d’une douceur muette, si instable que le moindre frisson de l’air la déplaçait.” “Félicité comprit que l’oncle s’allumait là, comme une éponge imbibée d’eau-de-vie. Lui-même en était saturé depuis des ans, de la plus forte, de la plus inflammable. Il flamberait sans doute tout à l’heure des pieds à la tête.” Quand le lendemain le Docteur Pascal vient voir l’oncle Macquart : “Rien ne restait de lui, pas un os, pas une dent, pas un ongle, rien que ce tas de poussière grise, que le courrant d’air de la porte menaçait de balayer.” Et Gaston Bachelard rappelle le Complexe d’Hoffmann : “Et finalement voici apparaître le secret désir de l’apothéose par le feu ; Zola entend l’appel du bûcher total, du bûcher intime ; il laisse deviner dans son inconscient de romancier les indices très clairs du complexe d’Empédocle : l’oncle Macquart était donc mort « royalement, comme le prince des ivrognes, flambant de lui-même, se consumant dans le bûcher embrasé de son propre corps… s’allumer soi-même comme un feu de la Saint-Jean ! » Où Zola a-t-il vu des feux de la Saint-Jean qui s’allumaient d’eux-mêmes, comme des passions ardentes ? Comment mieux avouer que le sens des métaphores objectives est inversé et que c’est dans l’inconscient le plus intime qu’on trouve l’inspiration des flammes ardentes qui peuvent, du dedans, consumer un corps vivant ?” (La Psychanalyse du Feu, collection Idée/Gallimard, pages 156 à 158).
Enfin, en réponse à une question, Zola avait noté : “La couleur que je préfère : le rouge.” Il mourut asphyxié.

Conclusion :

L’œuvre de Gaston Bachelard est très riche en symbolique, nous n’avons fait qu’ébaucher ses grandes lignes. Le but était de vous sensibiliser à ces images poétiques qui, bien sûr, ont des retentissements sur le réel. Par conséquent, tout astrologue se doit d’avoir lu et médité l’ouvrage de Gaston Bachelard dont je vous recommande vivement la lecture : “La Psychanalyse du Feu” Éditions Gallimard, Collection Idées.



LA TERRE


Alors que le Feu est positif et masculin la Terre est négative et féminine. La Terre symbolise l’attente passive inhérente à ce principe féminin. Elle est un réceptacle, elle contient la graine qui va germer, elle enfante la plante qui se nourrit d’elle. C’est ainsi que la terre, depuis la nuit des temps a entretenu le mythe de la Terre mère.

         La symbolique mythologique de la terre :

         Dans la mythologie Greco-romaine, la Terre est appelée “Gaia”, elle épousa Ouranos (le Ciel) qui contient le feu. De cette union vont naître deux enfants : Japet et Chronos. Japet eut deux enfants : Prométhée et Atlas. Dans ce mélange génétique Prométhée se présente comme l’enfant qui a hérité du Feu, – d’ailleurs dans la symbolique du Feu nous avions parlé du complexe de Prométhée.
         En revanche, Atlas et Chronos sont les enfants qui appartiennent à la Terre et c’est leurs symboliques que nous allons étudier ici.

         Le complexe d’Atlas et la pesanteur :

Selon la mythologie, Atlas se présente comme le petit-fils de Gaia, il est le fils de Japet et de l’océanide Clyméné, parfois on lui octroie pour mère l’océanide Asia. Il appartient à la génération divine antérieure à celle des Olympiens, celle des êtres monstrueux et sans mesure. Il participa à la lutte des Géants et des Dieux, il combattit notamment Zeus Jupiter. Dès que Zeus eut gagné la guerre, il condamna Atlas à soutenir sur ses épaules la voûte céleste. C’est ainsi que la statuaire antique nous le montre portant la sphère de l’univers et ployant sous le poids de cette énorme boule de matière et d’espace;

La légende raconte encore, que le géant Atlas fut pétrifié et transformé en montagne sur laquelle reposait la voûte du ciel.
Dans ce mythe nous pouvons lire une analogie avec la destinée de l’homme qui, s’incarnant sur la terre en punition du péché originel selon la Bible, est obligé de porter le lourd poids de cette incarnation. Ainsi, jeté à bas du ciel l’homme est soumis à une terrible chute que seule la terre arrête. D’ailleurs, Gaston Bachelard écrit : “La terre a été créée pour arrêter une chute : le mot terra lu à l’envers donne le mot arrêt.” (Page 388);
Ainsi, la terre qui arrête la chute est le terrain de l’incarnation où l’homme a pour tâche de tenter de reconquérir de nouveau le ciel. Le voilà donc cet homme, irrémédiablement soumis aux lois de la pesanteur : plus d’envol possible, il ne peut que se redresser et tenter par la verticalité de lutter contre cette pesanteur.
Le mythe d’Atlas est celui de la montagne qu’il faut soulever, il a donné naissance à ce que Gaston Bachelard a nommé “le complexe d’Atlas”. Ce complexe imprime à l’homme le sens de l’effort qu’il doit fournir pour assumer sa situation d’homme incarné, pour soulager et aider les autres en soutenant.

Afin d’illustrer ce complexe on peut faire appel à l’aviateur Didier Daurat né le 2 janvier 1891 à Montreuil sous Bois (Seine) à 13 heures.


Son thème présente un Soleil en Capricorne qui culmine au MC, un AS Taureau. Saturne est en Vierge, au trigone du MC, de l’AS et du Soleil. Mercure est angulaire au MC et au trigone de la Lune. Ainsi, avec Saturne, Mercure, le Capricorne nous avons des valeurs de Terre. En outre, nous voyons un sextile de Mars au Soleil apportant le dynamisme.
Didier Daurat est l’un des pionniers de l’aviation, il présida au défrichement de la ligne Dakar – Récif - Buenos Aires - Santiago du Chili. Il joua un rôle essentiel puisque c’est lui qui soutenait tout l’édifice de la ligne grâce à sa précision, sa ténacité, son jugement dur et impartial. Il se présente face à ses biographes comme un être surhumain, une sorte d’Atlas qui soutenait sans jamais faillir tout l’édifice de la ligne à la fois si lourd et si fragile. Joseph Kessel dans son ouvrage consacré à Mermoz dit de Didier Daurat : “Il avait pendant la guerre, commandé une escadrille avec sang froid et puissance” Il disait : “Laissez les hommes à leur nature et il n’en sortira rien de bon. Donnez leur un but collectif, placez ce but, par l’exigence même que vous montrerez, à une hauteur presque inaccessible, idéale, bloquez tous les efforts dans une concurrence, une émulation sans fin et vous ferez de la molle pâte humaine une substance de qualité” et Joseph Kessel écrit : “Certains chefs agissent par l’amour qu’ils inspirent, par la chaleur fraternelle et contagieuse où ils font vivre leurs subordonnés qui sont en même temps leurs camarades. D’autres, au contraire, choisissent la solitude. Ils n’entraînent pas. Ils dirigent. Leur cœur et leurs nerfs n’interviennent pas dans leur comportement. Mais seulement la volonté et l’esprit. Ils n’ont pas besoin d’être aimés ou du moins ne le montrent pas. Ils veulent être obéis et faire grand. Didier Daurat appartenait entièrement à ce dernier type.”
Parlant du complexe d’Atlas, Gaston Bachelard écrit : “Dans la vie imaginaire comme dans la vie réelle, le destin des forces est d’aller trop loin. Dans le règne de l’imagination, on n’est fort que lorsqu’on est tout puissant. Les rêveries de la volonté de puissance sont des rêveries de la volonté de toute-puissance. Le sur-homme n’a pas d’égaux. Il est condamné à vivre, sans en passer une ligne, la psychologie de l’orgueil. Même lorsqu’il ne se l’avoue pas, il est une image parmi l’imagerie des héros légendaires.”

Le philosophe Arthur Schopenhauer qui est né le 22 février 1788 à Dantzig (Allemagne) à 12 heures 30 minutes.


Son thème présente un Saturne dominant en compagnie de Mercure, autre planète de Terre, angulaire au MC et conjoint au Soleil. De son côté Mercure aspecte l’AS et la Lune en Vierge angulaire au FC. En outre Mars, est au lever en aspect du MC et de l’amas au MC.


Selon Gaston Bachelard, Arthur Schopenhauer a senti ce mythe d’Atlas comme la “dialectique de l’accablement et du redressement qui caractérise l’imagination de la pesanteur” et il le personnalisa par l’image du pilier qui soutient le toit. Gaston Bachelard conclut sur Schopenhauer en écrivant : “On peut dire que le pilier est, pour lui, une illustration du mythe d’Atlas, et qu’à contempler le pilier on sensibilise un complexe d’Atlas. Atlas est un pilier du ciel, le pilier est un Atlas du toit.” (page 389);

Pierre Loti, né le 14 janvier 1850 à Rochefort (Charente Maritime) à 23 heures 30 minutes.


Son thème présente une angularité au FC du Soleil et de Vénus en Capricorne (Vénus est maîtresse d’AS Balance) ; Saturne vient de se coucher ; Mercure est conjoint à la Lune et au trigone de l’AS.
Dans son roman La Mort de Philae, il nous fait vivre son sentiment des pierres. Accablé, il ressent, devant la Thèbes égyptienne, ce sentiment d’effort et d’écrasement des piliers : “Ces pierres… disent la fatigue de s’accabler les unes sous le poids des autres depuis des millénaires… Oh ! celles d’en bas, qui soutiennent la charge des empilements formidables !”
A ce stade Gaston Bachelard fait là une constatation très importante sur l’imagination et qui, pour nous astrologues symbolistes, est fondamentale. En effet, l’imagination, contrairement à ce qu’on peut croire, a un sens, de la cohérence, elle est structurée.  “Si l’on reconnaissait que le pilier ne porte rien ou qu’il fonctionne à faux poids, toute la majesté d’une œuvre architecturale tournerait à la dérision. Il faut que le « vivant pilier » fasse sincèrement sa tâche de redressement.” (La Terre et les rêveries de la volonté page 391)
“La joie que nous éprouvons à la contemplation d’une œuvre architecturale, dit Schopenhauer, serait subitement et singulièrement amoindrie, si nous venions à découvrir qu’elle est bâtie en pierre ponce. Nous ne serions guère moins désappointés en apprenant qu’elle est construite en simple bois, alors que nous la supposions en pierre.”
“Ce désappointement, dit Gaston Bachelard, arrête, en quelque manière, toutes les rêveries de la volonté de porter. Notre imagination voit subitement que ses forces de redressement imaginaire se trompent d’objet. Notre être intime devient, de ce seul fait, adynamique. L’imagination, quoi qu’en pensent les psychologues qui en font une faculté d’illusion, ne veut pas se tromper elle-même en assumant le rôle des athlètes qui travaillent avec des haltères creuses.
Une fois de plus, par ce besoin de sincérité qu’on pourrait appeler ici la sincérité dans les choses, se révèle comme un engagement total de l’être imaginant. On nous objectera qu’alors l’être entier s’engage pour rien, pour une illusion éphémère. Mais une image éphémère amasse tant de valeurs sur un instant qu’on peut bien dire qu’elle est l’instant de la première réalisation d’une valeur.” (La Terre et les rêveries de la volonté page 391)
C’est un principe fondamental que nous livre ici Gaston Bachelard, que toute personne qui travaille sur la symbolique se doit de méditer en profondeur.
Pour résumer de manière synthétique et globale le complexe d’Atlas, on dira qu’il contient en lui la notion d’effort, la représentation de la montagne, l’image du pilier qui soutient devenant colonne.
Cependant, chez celui qui a maîtrisé petit à petit la pesanteur et qui gravit petit à petit la montagne matérielle ou spirituelle, tel l’alpiniste, il y a à ce moment-là la satisfaction d’avoir surmonté l’obstacle.
L’homme face à la terre est face à ce qui symbolise le plus le réel, le concret, le tangible, d’ailleurs l’expression populaire dit d’un individu qui a le sens du réel qu’il a “les pieds sur terre”.
L’homme de la terre ne met pas en doute son existence, il s’accomplit en elle. Le voile de maya (l’illusion) chère aux orientaux n’a que peu de signification pour lui, car même sous un monde d’apparences l’homme de la terre devine clairement la matière et la réalité des choses tel un Stéphane Mallarmé qui décrit magnifiquement : “Un chandelier, laissant son argent austère rire le cuivre…” Ainsi, sous l’apparence de l’argent, il perçoit la véritable matière qui est le cuivre, ceci est une réflexion d’homme de Terre, précis, analyste, cherchant sous l’apparence la réalité des choses. Stéphane Mallarmé était né le 18 mars 1842 à Paris à 7 heures, il était marqué par la Terre (Saturne en Capricorne angulaire au MC) et le Feu (conjonction Mars/AS/Pluton en Bélier).
L’homme de la Terre atteint la certitude concrète des choses par le sentiment de la beauté de la matière à laquelle il est très attaché. Gaston Bachelard qui était marqué par la Terre (conjonction Saturne/Mercure/MC, AS et la Lune en Vierge) écrit : “Comment le scepticisme des yeux peut-il avoir autant de prophètes tant le monde est si beau, si profondément beau, si beau par ses profondeurs et ses matières.”
C’est à travers la contemplation de la nature que l’homme de la Terre s’élève à une vision cosmique de l’univers et même divine, c’est le cas de Pierre Teilhard de Chardin né le 1er mai 1881 à Orcines (Puy de Dôme) à 7 heures.


Gaston Bachelard, dont le signe de la Vierge valorisé dans son thème le pousse à se préoccuper des minéraux, dit en contemplant un cristal de calcite : “Devant ce merveilleux objet qui est la source occasionnelle d’une si libre activité imaginaire, nous apprendrons alternativement à briller et à durcir, dégageant toutes les puissances de la clarté pure et solide. Nous verrons se réunir, dans une synthèse extraordinaire, les images de la terre profonde et les images du ciel étoilé ; nous trouverons l’étonnante unité de la rêverie constellante et de la rêverie cristalline.” (La Terre et les rêveries de la Volonté page 290)
Ainsi, à travers un simple cristal, il voit la profondeur de la terre et il perçoit le ciel étoilé. En outre, à travers ce texte, nous pouvons comprendre l’influence psychologique des pierres précieuses.

La volonté de travail :

Si la terre arrête l’homme à sa surface c’est parce qu’elle est résistante, elle constitue donc à la fois l’obstacle auquel on s’affronte et la planche de sécurité à laquelle on se raccroche. De plus, dans le cas de l’arrêt face à la terre l’être se trouve confronté face à la matière terre comme face à une adversité qu’il lui faut maîtriser. Gaston Bachelard y voit ici une dynamique du contre. Pour maîtriser la terre il faut donc tailler dans la masse de ses dures parties ou pétrir les parties les plus molles. Ainsi, Gaston Bachelard perçoit dans la terre une dialectique du dur et du mou qui incite l’homme au travail par la volonté de s’en rendre maître. Il écrit : “Il me semble que les matières terrestres, dès que nous les prenons d’une main curieuse et courageuse excite en nous la volonté de les travailler. Dans le mou la terre dit oui et c’est le travail féminin du potier, du boulanger, qui associe la terre à l’eau pour modeler et pétrir la pâte. Dans le dur la terre dit non et c’est le travail masculin et viril du métallurgiste et du forgeron qui associe la terre au feu”.
De toute façon, la matière terre se vainc par la persévérance, le travail et la volonté d’une cumulation de forces venues du plus profond de l’être. L’homme de la terre se réalise dans un travail, dans une activité qu’il ne faut pas confondre avec l’activité du feu. Au feu l’activité est élan, bond en avant. A la terre l’action est lenteur, effort, progression mesurée.
Si l’homme de feu est un intensif celui de la terre est un persévérant, un concentré : dans les deux il y a tension mais elle est différente : la tension du feu exprime une frénésie, celle de la terre exprime une attention et une vigilance.
Le travail de la terre est celui de l’image que nous nous faisons de la matière et ce travail de la matière inclut l’importance de la main. Nous retrouvons ici la lettre M dans matière (la matière primitive : prima materis), main, mère (la terre mère), man (l’homme), etc. La main permet de façonner la matière pour en faire un objet et l’on voit avec la terre toute l’importance tactile, particulièrement développée chez le Taureau qui est un signe sensitif pré-rationnel.
Bien sûr l’adresse et l’habileté se trouvent incluses dans cette symbolique et c’est toute la valeur de terre que porte Mercure planète en analogie avec les mains et l’habileté manuelle.
Associé au sens du réel, du concret, le travail de la terre débouche sur la notion d’utilité et de fonctionnalité qui trouvera son développement maximum dans le signe de la Vierge.

La symbolique de la racine :

A cette terre qui l’arrête dans sa chute et le retient prisonnier dans le filet de la pesanteur, l’homme s’accroche comme à une racine.
La racine est un mot clé de l’homme de la terre et la richesse de cette symbolique a longuement retenu l’attention de Gaston Bachelard. Dans son ouvrage La Terre et les rêveries du repos il écrit : “La racine est toujours une découverte. On la rêve plus qu’on ne la voit. (…) La racine est l’arbre mystérieux, elle est l’arbre souterrain, l’arbre renversé. Pour elle, la terre la plus sombre – comme l’étang sans l’étang – est aussi un miroir, un étrange miroir opaque qui double toute réalité aérienne par une image sous terre.”
De son côté, Carl Gustav Jung avait remarqué que le symbole de la racine faisait parti des archétypes inconscients universels et que dans toutes les civilisations, on retrouve des références symboliques de la racine.
La racine pénètre dans le sol, sa force ténèbrante perce lentement avec obstination et persévérance les entrailles secrètes de la terre. Elle s’insinue petit à petit et contourne si nécessaire les obstacles.
Force de pénétration, elle est aussi force de maintien. Par exemple, on a fixé les dunes des Landes grâce à la racine des pins. La racine à son tour conditionne la symbolique de l’arbre. Gaston Bachelard écrit : “L’arbre est un stabilisateur, un modèle de droiture et de fermeté. Dans la vie de la métaphore, il y a comme une loi de l’action et de la réaction : chercher la terre stable, avec un grand désir de stabilité, c’est rendre stable une terre fuyante.” (Page 318)
L’arbre enraciné, dont le feuillage s’échappe à l’air libre, nous conduit à la dialectique même du nomade et du sédentaire. L’homme de la Terre est un sédentaire qui tend à se stabiliser ou bien à retourner, dès qu’il le peut, à sa terre natale. Par conséquent, la notion d’enracinement ou de déracinement est une des préoccupations psychologiques des gens marqués par la terre.

Jean Giono, né le 30 mars 1895 à Manosque (Alpes de Haute Provence) à 7 heures. 

Il était puissamment marqué par le signe du Taureau, dont Saturne était angulaire au DS. Il a écrit un ouvrage qui a pour titre : “Regain” dans lequel il décrit Panturle, le héros vagabond qui prend racine dans un village abandonné. Il retravaille la terre abandonnée, épouse Arsule et ils vont créer un foyer. La fin du livre est très significative : “Il est debout devant ses champs, il a ses grands pantalons de velours brun à côte, il semble vêtu avec un morceau de ses labours, les bras le long du corps, il ne bouge pas, il a gagné c’est fini, il est solidement renforcé dans la terre comme une colonne.”
Dans l’image finale on remarque la fusion entre l’image de la colonne et celle de la racine. Voir le film de Marcel Pagnol qui a adapté ce scénario avec Jean Giono, tous les plans y sont représentés : la main écorchée par le soc, car il n’a pas de charrue, il est donc obligé de prendre le soc dans ses mains pour labourer son champ de blé. A la fin, sa femme Arsule est en train de semer le blé avec lui quand elle lui apprend qu’elle attend un enfant. Panturle c’est un “Complexe d’Atlas” et un “Complexe d’enracinement” bien intégré.

Une autre fonction de la racine est de puiser, pour l’arbre, la vie de la terre nourricière. La fonction d’assimilation qui découle directement de la notion d’oralité est importante pour comprendre la psychologie de l’homme de la terre. C’est celui qui accumule les connaissances, engrange les richesses, et ce, parfois avec boulimie et avidité surtout si Saturne vient s’en mêler. Car n’oublions pas que Saturne est un facteur d’avidité lorsqu’il est valorisé et qu’il participe dans un cadre de terre.
L’homme de la terre absorbe, c’est un oral comme le buvard absorbe l’encre, comme le sol desséché absorbe la pluie bienfaisante. Ici, nous touchons une variante d’un complexe que nous allons étudier plus loin, à savoir le complexe de Jonas.
Si l’on coupe l’arbre, il reste la racine enfouie dans le sol qui devient alors symbole d’espérance. En effet, cette morte vivante porte l’espoir d’un nouvel arbre qui peut repousser à partir d’elle. De même, si l’on arrache la racine, elle se venge, devient Mandragore et fait mourir celui qui la tire du sol. Ainsi, en face des forces de vie du Taureau s’expriment les forces de mort du Scorpion. 

La symbolique de la maison :

La terre qui symbolise, sous nos pieds, la sécurité par sa stabilité, reçoit aussi notre besoin d’être protégé. Ainsi la grotte enclose dans la terre fut la première demeure de l’être humain. Elle constitue la matrice naturelle dans laquelle l’homme vient de temps en temps se réfugier. La grotte protège le repos et l’amour mais elle est aussi le berceau des premières industries nous dit Gaston Bachelard. Elle est également la marque de l’attachement à un lieu. La terre aide, en effet, l’homme à se fixer. Les hommes se multipliant et les grottes étant rares, il a fallu recréer artificiellement la caverne et mettre un toit au-dessus de sa tête. Ce toit va acquérir la même symbolique que la grotte. Gaston Bachelard cite Paul Claudel : “La toiture est l’invention purement de l’homme qui a besoin que soit complète la clôture de cette cavité pareille à celle de la tombe et du ventre maternel qu’il réintègre pour la réfection du sommeil et de la nourriture.”
C’est la création de la maison, œuvre par excellence de l’homme de la terre architecte. Grotte ou maison, le nid humain permet outre le refuge et le repos, l’isolement et la vie repliée sur elle-même. La maison devient ainsi cellule, celle du moine, par exemple, qui peut s’y concentrer, en effet, la méditation a besoin d’un lieu clos. L’homme retrouve dans la maison l’intimité qui n’est possible que dans un lieu fermé qui garde la chaleur et qui limite le regard matériel. La maison protège efficacement l’homme contre les dangers et les rudesses du monde extérieur et surtout, elle le rassure en lui offrant un cadre à sa dimension, car dans la maison l’homme n’est plus directement face à l’univers infini et effrayant. En fin de compte, la maison se présente comme l’univers en miniature, l’univers ramené à la dimension humaine.
Pierre Loti, dans son Roman d’un Enfant évoque la grotte il écrit : “C’est le coin du monde auquel je reste le plus fidèlement attaché, après en avoir aimé tant d’autres ; comme nulle part ailleurs, je m’y sens en paix, je m’y sens rafraîchi, retrempé de prime jeunesse et de vie neuve. C’est ma sainte Mecque, à moi, ce petit coin-là ; tellement que, si on me dérangeait, il me semble que cela déséquilibrerait quelque chose dans ma vie, que je perdrais pied, que ce serait presque le commencement de ma fin.”
Ce court passage témoigne de l’intérêt que porte l’homme de la terre au besoin de se retirer, de s’isoler dans sa maison, grotte ou chambre, pour y méditer.
Les anciens qui ne pouvaient et ne voulaient se représenter un univers infini, avaient représenté l’univers comme une sorte de boîte que l’on nomme le tabernacle. Le tabernacle contient tout l’univers : la terre, le soleil et les étoiles suspendues au couvercle de cette maison géante. Par conséquent, dans la maison l’homme échappe à ses peurs cosmiques qui en fait sont liées à l’incompréhension de la notion d’infini. C’est aussi l’église ou le temple, qui sont des lieux où l’homme tente de ramener Dieu à sa dimension, il tente de le capturer, de le rendre plus proche et plus familier.
La terre c’est le fini face à l’infini, c’est la matière dans l’infinitude de l’espace, c’est le rationnel dans l’irrationnel, car l’homme de terre est un rationnel.
Protégé de l’espace dans sa maison, l’homme de la terre y est aussi protégé du temps, en ce sens qu’il peut s’y organiser en vue de l’avenir. La maison, lui permet en effet de cumuler, d’emmagasiner ses provisions et de faire des réserves : à la cave il y a les récoltes humides qui doivent garder toutes leurs pulpes et au grenier, il y a les récoltes sèches. Ses possessions le rassurent quant à l’avenir, qu’il peut alors attendre sans trop d’inquiétude.
Par exemple, la cigale de La Fontaine n’a certainement pas de terre dans son thème, elle vagabonde comme son auteur qui était un Cancer de type vagabond. Par contre, la fourmi elle, est marquée par la Vierge : elle est prévoyante, elle a préparé le long hiver dans sa maison qui est remplie de provisions.
Ainsi protégé des intempéries, de la nuit, des ennemis, l’homme de la terre est heureux concentré dans sa maison, qui est l’univers ramené à sa dimension.

La symbolique du labyrinthe :

Cette maison, l’homme de la terre, peut la rendre complexe : il peut multiplier le nombre de ses chambres, des couloirs et de ses escaliers qui vont peupler ses rêves et son imagination, en un mot, il peut y mettre tout ce qu’il porte. Alors, la maison devient labyrinthe qui hante l’inconscient collectif depuis que l’architecte Dédale en dirigea la construction dans la Crête Antique.
Ceci arrive souvent, chez celles et ceux qui sont marqués par la terre. Leurs maisons, non pas qu’elles soient grandes car ce n’est pas Jupiter qui joue ici, mais elles peuvent avoir plusieurs petites pièces, l’être se refermant ainsi sur lui-même.
Ce labyrinthe évoque aussi la vache avec ses nombreux estomacs et encore la racine qui multiplie ses tunnels dans le sol. Il symbolise aussi les tours et les détours de la pensée de l’homme de la terre comme le hiéroglyphe du Capricorne du retour sur lui-même, ainsi que celui de la Vierge avec son jambage en retour sur lui-même. Ces tours et détours peuvent aller jusqu’à la rumination mentale dans les multiples estomacs psychiques du taureau.
Ainsi l’homme de la terre porte un labyrinthe mental dans lequel il est appelé à faire ses tours et détours à la recherche de lui-même et de son propre Minotaure qu’il se doit de vaincre.
Le roi Minos était un roi de l’île de Crête, il avait fait construire le labyrinthe pour y contenir un monstre très dangereux : le Minotaure au corps d’homme et à la tête de taureau. Au passage, il est à remarquer que Minos est le nom que l’on donne à l’hypothétique transplutonienne, qui aurait pour domicile le signe du Taureau. En outre, la légende du labyrinthe contenant le Minotaure se rapporte à une époque très ancienne, plus de 2000 ans avant notre Ère, c’est-à-dire à la fin de l’ère du Taureau, dont la destruction du Minotaure marque la fin.
Le nom de Minos commence par la lettre M de matière, c’est donc avant tout le symbole de l’involution dans la matière après la chute et il symbolise les dangers de l’oralité et de la possession. Oral, le Minotaure l’est jusqu’à dévorer la chair de jeunes gens et de jeunes filles qu’on lui offre pour l’apaiser. Il est aussi le symbole d’un des plus graves défauts de l’homme de la terre et plus particulièrement de l’homme du Taureau qui est la jalousie. En effet, le Minotaure c’est la jalousie qu’a éprouvée Minos - car l’histoire du Minotaure est l’acte mythique de la zoophilie par excellence. Ce Minotaure est tout simplement le fils monstrueux que sa femme a eu avec un taureau et Minos se vengea en la trompant abondamment à son tour.
Le Minotaure c’est le déferlement des instincts les plus bas de l’homme de la terre qui peuvent le conduire à sa perte. Selon la légende, c’est le courageux Thésée qui s’aventura dans le labyrinthe pour tuer le monstre. Thésée c’est la lumière qui pénètre dans les ténèbres, c’est la conscience qui cherche à découvrir et à tuer les pulsions instinctives.
Remarquons que dans son orthographe, Thésée commence par TH : le téta grec et la Cabale nous dit que c’est la lettre qui signifie Dieu Théos. C’est la lutte du Soleil qui est le symbole de Dieu contre les ténèbres et avec le Soleil nous pensons immédiatement à la lumière clarté conscience du Feu.
En outre, dans son périple Thésée est aidé du fil d’Ariane – qu’il va dérouler au cours de son déplacement dans le labyrinthe jusqu’au Minotaure – qui va lui permettre de sortir une fois sa tâche terminée, sans se perdre dans le labyrinthe.
Ce fil qui est celui de l’araignée qu’elle sort d’elle-même (Ariane et araignée ont la même étymologie) c’est le chemin de la pensée qui va au plus profond du psychisme humain. Ce fil est celui de la psychanalyse, c’est le fil conducteur de la pensée.
Il apparaît donc que l’homme de la Terre doit être son propre Thésée, c’est-à-dire qu’il doit aller à la recherche de son propre Minotaure sous peine de se faire dévorer par lui.
En fait, dans le labyrinthe Thésée ne rencontre que lui-même, ne lutte que contre Thésée et ne terrasse qu’une part de son âme, bien sûr la part mauvaise.
Pour l’homme de la terre, le labyrinthe est le lieu de son épreuve, de son labeur, de sa méditation. C’est aussi le chemin initiatique. Il est à l’image de sa pensée toute faite de dédale qui tourne longtemps autour d’un problème avant de l’aborder de face pour tenter de le résoudre. Ceci est une attitude spécifique des gens de la terre qui calculent longtemps avant d’attaquer un problème.

Le complexe de Jonas :

Une autre légende se rattache à la symbolique de la terre. Celle-ci n’appartient plus à la mythologie gréco-romaine mais à la Bible, livre qui nous dévoile aussi toutes les facettes psychiques de l’homme, c’est la légende de Jonas.
Jonas était l’un des douze prophètes et il lui arriva une aventure pour le moins originale puisqu’il fut avalé par une baleine et il resta trois jours et trois nuits à l’intérieur de l’animal avant d’en ressortir vivant.
Gaston Bachelard sent l’homme de la terre comme étant soumis au complexe de Jonas. Ce complexe découle directement de la notion d’oralité et d’assimilation inhérente en particulier au Taureau, à la Vierge et à Saturne. Il est aussi préfiguré dans la maison grotte ou la tombe qui symbolise le retour de l’homme dans le sein protecteur de la terre mère. N’oublions pas que le Christ passa aussi trois jours et trois nuits dans le tombeau.
Ce complexe de Jonas est présent également dans l’image de la terre sèche toujours prête à absorber l’eau. C’est l’homme de la terre qui au plus haut s’initie par un savoir qu’il ingurgite ou sinon c’est celui qui accumule des possessions matérielles, tel le père Grandet si bien décrit par le Taureau Honoré de Balzac.
C’est aussi l’homme de la terre qui pénètre dans la baleine pour l’explorer et suivre le trajet des zones de l’inconscient, et créer par exemple la psychanalyse comme le fit le Taureau Sigmund Freud, pour en sortir grandi.
Gaston Bachelard écrit : “Sortir du ventre c’est naître, sortir d’un sarcophage, c’est renaître.”
Jonas qui reste trois jours, comme le Christ au tombeau, est donc l’image de la résurrection. D’ailleurs le mythe de Jonas s’apparente un peu au mythe du labyrinthe, si ce n’est qu’il est assimilé à un problème marin aquatique, un problème d’eau puisqu’il fait référence à une baleine – ici il est très intéressant de noter que le symbole du Capricorne est une chèvre à queue de poisson. En outre dans les signes de terre il y a souvent une référence à l’eau comme c’est le cas de la Vierge avec le M. Par conséquent, le complexe de Jonas se rapproche davantage de la Vierge et du Capricorne dans un cadre aquatique Poissons/Neptune.
Pierre Loti, dans son roman Propos d’Exil évoque un “Jonas”. Naviguant dans une jonque mandarine, un jour de chaleur lourde et sous un ciel très sombre, Pierre Loti écrit : “Une toiture courbe, trop basse, s’allongeant par-dessus nous en dos de poisson, avec une charpente comme des vertèbres, nous donnant le sentiment d’être emprisonnés dans le ventre d’une bête.”

Résumé :

Afin de ne pas nous perdre dans le labyrinthe, nous allons faire un petit résumé de toutes les notions que nous avons vues jusqu’ici.
- Le Complexe d’Atlas, qui représente la notion de l’effort, de soutien à l’image du pilier ou de la colonne et qui débouche sur la satisfaction de surmonter l’obstacle.
- La notion de concret et de structure.
- La notion de résistance et d’obstacle que Gaston Bachelard a nommé la dynamique du contre.
- La dialectique du dur et du mou qui incite l’homme au travail.
- La dialectique de l’homme du feu face à l’homme de la terre.
- L’importance de la main qui permet de façonner la matière et par là, la valeur de terre que prend Mercure.
- La symbolique de la racine avec les notions de maintien et de sédentarité, le complexe d’enracinement, la fonction d’assimilation qui découle du complexe d’oralité.
- La symbolique de la grotte qui prend les notions de protection, d’isolement, de concentration et de cumul des provisions.
- La symbolique du labyrinthe qui représente les tours et détours de la pensée ; les dangers de l’oralité, de la possession et de la jalousie avec le complexe de Minos. Le complexe de Minos évoque aussi le fil d’Ariane, le cheminement de la pensée qui descend au plus profond dans l’inconscient.
- Le complexe de Jonas qui est une variante du mythe du labyrinthe, avec la notion d’absorption, d’ingurgitation et le lien avec les valeurs aquatiques.

Chronos :

Dans l’étude de la terre on ne peut passer sous silence l’influence de Saturne Chronos et voir comment cet élément intègre la notion de temps.
Avec la terre il ne faut pas négliger la lenteur et le temps : Gaston Bachelard écrit page 91 : “Vivre lentement, vieillir doucement, voilà la loi temporelle des objets de la terre, de la matière terrestre. L’imagination terrestre vit ce temps enfoui. On pourrait le suivre, ce temps de lente et notoire intimité, depuis la pâte fluide jusqu’à la pâte épaisse, jusqu’à la pâte qui, solidifiée, garde tout son passé.”
Par sa stabilité et sa relative immobilité, il semble que la terre qui arrête la chute de l’homme arrête également plus ou moins le temps.
En effet, on se sert de la terre pour évoquer la notion d’éternité, car au cours d’une vie humaine la terre ne présente guère de changement visible. Autrefois d’ailleurs, on contait aux petits enfants l’histoire suivante : Une hirondelle frôle tous les ans un rocher au bord de la mer en revenant de sa migration, quand le rocher sera usé l’éternité sera accomplie.
Un autre symbole de l’éternité est celui du serpent, animal terrestre par excellence qui forme un anneau en se mordant la queue, c’est le fameux Ouroboros bien connu des cabalistes et des Symbolistes.
Au feu tout était changement et vitesse, à la terre tout est lenteur et patience. L’homme de la terre ne vit pas dans l’immédiat, il tient compte du temps, il compte avec Chronos, il est concerné par l’avenir à long terme et aussi par le passé auquel il se rattache par ses racines. En psychanalyse, nous dit Gaston Bachelard, “quand on prononce le mot racine, le rêveur répond descendre au passé.”
L’être de la terre revient à ses racines, à son passé, à ses ancêtres laboureurs et les plus anciens vestiges de la vie sont conservés par la pierre que ce soit les dolmens ou les immémoriaux fossiles. Les hommes marqués par la terre, sont les plus doués pour conserver les œuvres importantes et les préserver de l’usure du temps.
C’est effectivement les gens de la terre et plus particulièrement les signes de la Vierge et du Capricorne, mais il y a aussi le Cancer qui va tout à fait dans ce sens et dont les archétypes parfois se confondent avec ceux de la terre, c’est le Cancer qui est tourné vers le passé. En outre, il ne faut pas oublier que l’axe Cancer/Capricorne est l’axe du temps.
Chez ces individus, il y a toujours cette préoccupation, c’est-à-dire une espèce d’inquiétude intérieure, parce qu’il y a comme une impossibilité à vivre le présent, il y a un retour vers le passé et dans le même temps une projection permanente vers un avenir lointain, planifié, rassurant, sécurisant. C’est-à-dire que l’avenir est construit sur des strates du passé, de la tradition, mais le présent est complètement absent.

Conclusion :

Ici aussi, nous n’avons fait qu’ébaucher l’œuvre de Gaston Bachelard, aussi je vous recommande vivement la lecture de ses deux ouvrages : “La Terre et les rêveries de la volonté” et “La Terre et les rêveries du repos” Éditions José Corti.  

L’AIR


“On peut classer les poètes en leur demandant de répondre à la question suivante : Dis-moi quel est ton infini, je saurai le sens de ton univers, est-ce l’infini de la mer ou du ciel, est-ce l’infini de la terre profonde ou celui du bûcher ?” Ainsi s’exprime Gaston Bachelard à la page 12 de son ouvrage L’Air et les Songes.
Et dans ce même ouvrage à la page 19, le poétologue écrit : “Nous n’avons donc pas tort, croyons-nous, de caractériser les quatre éléments comme les hormones de l’imagination. Ils mettent en action des groupes d’images. Ils aident à l’assimilation intime du réel dispersé dans ses formes. Par eux s’effectuent les grandes synthèses qui donnent des caractères un peu réguliers à l’imaginaire.”


Fort de cette idée clé, sur laquelle Gaston Bachelard nous sensibilise, nous allons continuer notre analyse des deux éléments restants qui sont : l’Air et l’Eau.

Pour définir l’élément Air nous allons le comparer avec les trois autres éléments, cette méthode nous permettra de mieux dégager ce que l’Air a de spécifique.

Mouvement, ascension et sublimation :

Si nous nous adressons à ce remarquable ouvrage de Gaston Bachelard qui a pour titre L’Air et les Songes, nous nous apercevons que le sous-titre de ce livre vaut une explication. En effet, le sous-titre est le suivant : “Essai sur l’imagination du mouvement”. Voici que ce sous-titre est très significatif et il nous introduit d’emblée dans la pensée de Gaston Bachelard : le Mouvement.
Mais ce n’est pas tout. Dès les premières pages, l’auteur y développe plus largement ses idées, il écrit, à la page 16 : “Avec l’air, le mouvement prime la substance. Alors, il n’y a de substance que s’il y a mouvement. Le psychisme aérien nous permettra de réaliser les étapes de la sublimation.”
Ainsi donc, l’air est mouvement, tel est le premier point à retenir et le premier qualificatif qu’il convient d’utiliser pour dépeindre au plus vrai les natifs marqués par l’Air.
Le Mouvement, mais quelle sorte de mouvement ? A la page 17 dudit ouvrage Gaston Bachelard nous répond : “Les phénomènes aériens nous donneront des leçons très générales et très importantes de montée, d’ascension, de sublimation.”
Ainsi, les phénomènes de l’air sont des phénomènes de mouvements ascensionnels. L’air est un mouvement dirigé vers le haut, mais Gaston Bachelard ajoute aussitôt : de sublimation. Cette dernière notion de sublimation est la plus importante, à tel point que Gaston Bachelard insiste en écrivant quelques lignes plus loin : “Le psychisme aérien nous permettra de réaliser les étapes de la sublimation.”
La “sublimation” est l’élément capital qu’il convient de souligner afin de ne pas le laisser passer sans en extraire toute la substance astrologique. Disons même, que cette dernière pensée de Gaston Bachelard résume, en un remarquable raccourci, l’élément Air.
Ce raccourci qui unit dans un premier temps Air à ascension, puis à sublimation, c’est le nœud autour duquel s’articule la vérité de l’Air, c’est son absolu. C’est, à n’en point douter, la représentation de l’air dans l’imagination collective et son mode d’influence dans la psyché humaine.
La psychologie ascensionnelle des natifs d’Air, est avant tout une psychologie de la sublimation et en une très belle phrase Gaston Bachelard précise : “L’air imaginaire est l’hormone qui nous fait grandir psychiquement.” C’est une étonnante clé que nous donne Gaston Bachelard pour comprendre la destinée des êtres marqués par l’Air.
Afin que nous soyons d’accord sur les termes usités, nous devons faire appel à l’étymologie du mot Sublimation. On trouve comme première signification : “Transformation directe d’un solide en vapeur sans passer par l’état liquide.” Ceci est très intéressant au niveau matériel, car cela donne bien le substrat sur lequel l’idée peut se fonder. En deux on trouve : “Action d’élever jusqu’au sublime”. Nous avons regardé le mot sublime, la racine étymologique de sublime vient du latin sublimis qui signifie : “élevé dans les airs, haut” En trois, on trouve la définition psychanalytique de la sublimation : “Mécanisme de défense du Moi, par lequel certaines pulsions instinctuelles sont détachées de leur objet primitif et intégrées à la personnalité en s’investissant dans des objets équivalents ayant une valeur sociale positive.”
Nous pouvons dès maintenant, poser le postulat primordial : l’air est un principe d’ascension, donc de sublimation.
Ce postulat élévation/sublimation, nous allons le retrouver constamment en action, au niveau du vécu, dans les grands thèmes afférents à l’Air. Ce postulat premier va également se trouver en images poétiques qui sont d’admirables symboles qui nous aideront à mieux comprendre la psychologie aérienne. La fonction des poètes est très importante et nous intéresse au plus haut point, puisque les poètes travaillent avec une matière imagée, un concret qu’ils rendent céleste grâce à la transmutation de la matière en images, celles-ci portées par des sons qui parlent directement à l’âme. C’est justement par le biais d’une fonction poétique que nous pouvons entrer dans une astrologie vivante et non stéréotypée et cérébralisée.
Certes, il est nécessaire d’apprendre les choses de manière rationnelle et cérébrale, c’est ce que nous avions fait au premier niveau, mais ensuite il faut pratiquer une astrologie du vécu. Ainsi des séries d’images prises sur le vif à l’inconscient des créateurs illustrent ce que sont les signes, les planètes et les éléments qui les sous-tendent. A partir de là, les choses seront vécues certes au niveau intellectuel, mais aussi et surtout au niveau de la sensibilité et de l’émotionnel, et alors là, elles seront à tout jamais gravées en votre âme. 

Avant d’aller plus avant, nous allons prendre un exemple concret en faisant appel à Gérard de Nerval. Dans un de ses poèmes qu’il consacra à Jésus Christ qui s’intitule “Le Christ aux oliviers”, chapitre V, il fait appel certes à des images matérielles qui sont finalement des images aériennes, il écrit :

“C’était bien lui, ce fou, cet insensé sublime…
Cet Icare oublié qui remontait les cieux,
Ce Phaéton perdu sous la foudre des dieux,
Ce bel Atys meurtri que Cybèle ranime !
(…)
Celui qui donna l’âme aux enfants du limon.”

Avez-vous remarqué, à la lecture de ce poème, comment dans cette vision l’histoire de Jésus, qui est sienne, dès le début le poète emprunte à la symbolique de l’Air son image comparative puisqu’il écrit : “Cet Icare oublié qui remontait les cieux.”
Or, ce texte est une magie. En effet, dès qu’on le lit ou l’entend automatiquement on regarde vers le ciel. Quand on dit : “C’était bien lui, ce fou, cet insensé sublime… Cet Icare oublié qui remontait les cieux” automatiquement le diseur regarde vers le haut, ou bien, il illustre sa pensée par un geste qui s’élève. Il ne viendrait à l’idée de personne de dire ce texte en regardant le sol. Si un conteur lit cette phrase : “C’était bien lui, ce fou, cet insensé sublime…Cet Icare oublié qui remontait les cieux” en regardant ses pieds, le public s’exclamerait en disant que cet homme est fou, qu’il ne comprend rien à son métier de conteur. Vous voyez, c’est une magie, Gérard de Nerval en dégageant des images aériennes nous oblige à regarder en l’air.
Les poètes marqués par l’élément aérien, lorsqu’ils sont dans l’obligation de faire intervenir un corps matériel à leur rêve d’envol, introduisent naturellement dans leur arsenal d’images poétiques des notions d’ailes, d’oiseaux, d’aviation, de vol… Mais ne nous y trompons pas, ces concepts matériels ne sont là que pour traduire et mettre en image leur état d’âme de sublimation.
Ainsi, lorsque le Gémeaux Gérard de Nerval nous parle de Jésus, il dit : “Celui qui donna l’âme aux enfants du limon.” L’âme est bien une affaire d’Air et de sublimation.
Par conséquent, il faut savoir lire les génies entre les lignes et savoir les entendre avec des oreilles d’Astrologue afin de pouvoir, ensuite, déchiffrer les vibrations de l’âme humaine.

Dialectique Air/Terre :

Si nous employons la méthode des contraires, et que nous mettions en face de l’élément Air, - qui est dans la nature l’élément le plus subtil, le plus léger, le plus volatil - l’élément le plus lourd : la Terre. C’est le limon : “Jésus qui donna l’âme aux enfants du limon.”

Gérard de Nerval

L’antithèse qui soutient ici l’inspiration poétique est une antithèse d’élément que nous retrouvons dans le thème de Gérard de Nerval, puisqu’en outre d’un Soleil angulaire au DS en Gémeaux, nous avons un Mercure en Taureau qui est lui aussi angulaire au DS, en outre, le Taureau contient la Lune, Vénus et Mars. Par conséquent, le poète a traduit sa double polarité : Gémeaux/Taureau en Mot et en image. Ainsi, Jésus qui donna l’âme (Gémeaux) aux enfants du limon (Taureau). Par conséquent, ce seul vers à lui seul résume son thème.
Ainsi, la dialectique Air/Terre nous fait bien comprendre les mariages d’éléments à l’intérieur d’un thème. C’est-à-dire, les mécanismes thématiques qui font que nous ne sommes pas tributaires d’un seul élément mais de plusieurs qui sont imbriqués en notre psyché.
La dialectique Air/Terre, est une dialectique où légèreté et lourdeur vont s’opposer. De ce fait, s’opposeront tout naturellement évolution et risque d’involution ; sublimation ou tentative de sublimation et danger de banalisation ; ou bien s’opposeront encore ascension et chute.
C’est tout le parallèle entre la chute vers la terre et la chute vers le plus profond de la terre de Lucifer, l’ange maudit. Quant à l’ascension au ciel du Christ au troisième jour, elle se présente comme une antithèse : c’est un symbole extraordinaire. Avec cette dialectique Terre/Air se trouve posé le problème du dégagement du corps hors de la lourde gangue de la matière et l’élargissement de l’âme, de sa montée dans le subtil infini de l’azur. Evolution de l’âme est ce que nous propose, en sa nuance première, l’élément Air.
Si nous comparons l’attitude psychique de ceux qui sont marqués par l’Air par rapport à ceux qui sont marqués par la Terre, on perçoit avec l’Air une attitude de libération et avec la Terre, une attitude d’enrichissement. Ainsi le suggèrent les imaginations terrestres qui rêvent de ne rien perdre tandis que les imaginations aériennes rêvent de tout donner.
Pour les natifs de la Terre donner c’est abandonner, c’est devenir léger et du coup perdre quelque chose d’eux-mêmes, de leur substance, de leur gravité, de leur personnalité, c’est-à-dire leurs racines, car sans racines, les natifs marqués par la Terre ont peur de mourir, ils se voient à l’image d’un arbre coupé.
Au contraire, pour les natifs marqués par l’Air, tout donner c’est s’affirmer, c’est exister plus pleinement. En effet, donner c’est s’alléger, c’est exister dans la verticalité et la légèreté.
Il ne faut voir ici que deux attitudes différentes, sans privilégier l’une par rapport à l’autre. Les natifs de Terre ont raison de se creuser des racines, de mettre l’accent sur le verbe avoir, au même titre que les natifs marqués par l’Air ont raison de mettre l’accent sur le feuillage et les oiseaux et de tout donner afin d’être plus. Chaque individu a tort et raison en même temps, ce n’est qu’une question de “point de vue”. Ainsi, il ne s’agit pas de juger, mais de comprendre et d’adhérer à la vérité profonde de la personne. Si vous êtes face à un natif marqué par la Terre, il faut que vous acceptiez les symboles de la Terre et son comportement, car il ne s’agit pas de dire : “Il faudrait vous alléger, etc…” Il le voudrait peut-être mais ce n’est pas le problème, ce qui compte c’est “sa” vérité et non pas la vôtre.
Si j’insiste sur ce point, c’est parce que l’on a naturellement tendance à projeter son propre univers intérieur sur autrui. La projection est un point fondamental à connaître, car il nous induit constamment en erreur : c’est d’ailleurs pour ces motifs, qu’en astro-psychanalyse, nous aborderons ce point en profondeur.
Donc, pour un psychisme aérien, ce qui est riche en matière est lourd et pauvre en mouvement. Car pour lui, ce qui compte c’est le mouvement, et toute pesanteur matérielle est considérée par lui, comme une entrave à son élan intérieur, à sa perfectibilité voire à sa purification.
Simone Veil a écrit un très joli livre dont le titre : La pesanteur et la Grâce, symbolise parfaitement la dialectique Terre/Air.
Tandis que pour un terrien, tout ce qui est léger est contraire à sa gravité, à la profondeur de sa méditation.
Pour que le natif aérien adhère à sa véritable nature, il se doit de rompre avec une matière trop riche, afin d’imposer un mouvement, une libération, une mobilité, un envol.
Dans l’imaginaire aérien toutes les images deviennent libres, mobiles, elles montent, le vent les prend. Cependant le rêve de vol peut être double, Gaston Bachelard écrit : “Par sa substance, en effet, le rêve de vol est soumis à la dialectique de la légèreté et de la lourdeur. De ce seul fait, le rêve de vol reçoit deux espèces très différentes : il est des vols légers ; il est des vols lourds. Autour de ces deux caractères s’accumulent toutes les dialectiques de la joie et de la peine, de l’essor et de la fatigue, de l’activité et de la passivité, de l’espérance et du regret, du bien et du mal.” (L’Air et les Songes page 30)
Poussons plus loin notre investigation, méditons une phrase d’Albert Béguin qui écrit dans L’Âme romantique : “Dès ici bas… l’âme appartient à deux mondes, l’un de la pesanteur, l’autre de la lumière.” Albert Béguin ajoute : “Mais il serait faux de croire que l’un soit néant, l’autre réalité.”
Ainsi à la suite de cette phrase d’Albert Béguin, on peut opposer l’Air à la Terre, la Légèreté à la Pesanteur mais aussi la Lumière à la Pesanteur. Cette dialectique qui met en face à face Pesanteur et Lumière correspond, elle aussi, à une sorte de bi-réalisme de l’imaginaire qui commande toute vie psychique.
Louis Ferdinand Céline voyait dans la lumière et dans la pesanteur la dualité primordiale de la nature.
Face aux abîmes obscurs de la Terre se présentent les lumineuses cimes aériennes.

Dialectique Air/Eau :

Si nous poursuivons la dialectique entre les éléments et que nous plaçons face à l’élément Air l’élément Eau, nous allons voir apparaître les points de divergences.
Par son élan, l’Air se présente comme une verticalité, par son état l’Eau se présente dans la nature comme une horizontalité. Par conséquent, l’Air et l’Eau se présentent à nous comme deux axes différentiels du monde : l’axe vertical d’une part et l’axe horizontal de l’autre. De telle sorte qu’un être qui est marqué par ces deux éléments doit passer de l’horizontalité à la verticalité. C’est le thème du jet d’eau, c’est-à-dire que cet être doit jaillir et s’élever pour vivre son thème au plus haut niveau.

Dialectique Air/Terre :



Si nous voulons préciser l’exacte zone de différence qui existe entre et l’Air les deux éléments précités : la Terre et l’Eau, il suffit de faire appel à un poète marqué par la Terre et l’Eau comme par exemple Edgar Allan Poe, né le 19 janvier 1809 à Boston (USA) à 2 heures 30 minutes, qui est le prototype même de l’Eau et de la Terre. 


En effet, dans son thème l’Eau est présentée par une Lune angulaire au FC accompagnée de Vénus, de Jupiter et de Pluton, le tout est dans le signe aquatique des Poissons. En outre, la Lune est au carré de Neptune, Maître de l’amas, conjoint à Saturne, ces deux derniers s’apprêtent à se lever. L’Ascendant étant au Scorpion. La Terre apparaît comme sous-dominante par un Saturne qui s’apprête à se lever, au carré du MC et au sextile d’une conjonction Soleil-Mercure en Capricorne.
Lorsque nous lisons les œuvres d’Edgar Allan Poe, une première remarque s’impose à notre esprit, c’est que tout y est horizontalité et pesanteur. Par exemple, dans La Chute de la maison Usher, il y a une atmosphère lourde et pesante. Voir des œuvres comme Le Corbeau, Le Domaine de la Fée, Morella, autant de chefs-d’œuvre dont les êtres marqués par l’Air ont horreur. Car les êtres marqués par l’Air ont besoin de s’élever et voilà qu’Edgar Poe les tire par les pieds et les oblige à tomber, car l’univers de Poe est un univers horizontal, lourd et pesant, alors que l’Air est vertical et léger ou lourd, mais vertical. Tandis qu’avec la Terre et l’Eau nous avons la lourdeur, rien ne décolle.
Gaston Bachelard écrit : “Comme la rêverie d’Edgar Poe est une rêverie de la lourdeur, elle alourdit les objets. Les souffles mêmes de l’air prennent de la lourdeur, de la lenteur dans des draperies, dans des velours. Au cours des récits ainsi que dans beaucoup de poèmes, insensiblement tous les voiles se chargent. Rien ne s’envole.” (L’Air et les Songes page 120)
Par exemple dans un ouvrage d’Edgar Poe : Le Masque de la Mort rouge, on peut y lire : “La septième salle – la dernière – du palais de Prospero est rigoureusement ensevelie de tentures de velours noir qui revêtaient tout le plafond et les murs, et retombaient en lourdes nappes sur un tapis de même étoffe.” Vous sentez combien c’est lourd. Nous retrouvons, d’ailleurs, le même effet dans une autre œuvre d’Edgar Poe qui a pour titre Ligéia, “les murs, prodigieusement hauts, étaient tendus du haut jusqu’en bas d’une tapisserie lourde et d’apparence massive qui tombait par vastes nappes, - tapisserie faite avec la même matière qui avait été employée pour le tapis du parquet, les ottomanes, le lit d’ébène, le baldaquin du lit et les somptueux rideaux qui cachaient en partie la fenêtre.”
Dans toutes les chambres dramatiques d’Edgar Poe, on retrouve ce même effet de lourdeur enveloppante, sur toute chose, en une horrible caresse. Disons que la mort pose son voile de lourdeur.
La même lenteur, la même lourdeur est imposée aussi dans les poèmes et dans les contes. La sensation dynamique de l’affaiblissement de l’âme est réalisée dans une atmosphère pesante. A propos d’Edgar Poe, Gaston Bachelard conclut en écrivant : “Alors l’air tout proche, l’air qui devrait être notre liberté est notre prison, une prison étroite, l’atmosphère est pesante. La terreur nous rend à la terre.”
Tout au contraire en est-il des textes de poètes marqués par l’Air. Ici tout s’y fait léger, subtil, ascensionnel. Par exemple Gérard de Nerval exprime ces symboles de l’Air dans un poème qui s’intitule : Une Allée du Luxembourg :

Lorsque nous lisons les œuvres d’Edgar Allan Poe, une première remarque s’impose à notre esprit, c’est que tout y est horizontalité et pesanteur. Par exemple, dans La Chute de la maison Usher, il y a une atmosphère lourde et pesante. Voir des œuvres comme Le Corbeau, Le Domaine de la Fée, Morella, autant de chefs-d’œuvre dont les êtres marqués par l’Air ont horreur. Car les êtres marqués par l’Air ont besoin de s’élever et voilà qu’Edgar Poe les tire par les pieds et les oblige à tomber, car l’univers de Poe est un univers horizontal, lourd et pesant, alors que l’Air est vertical et léger ou lourd, mais vertical. Tandis qu’avec la Terre et l’Eau nous avons la lourdeur, rien ne décolle.
Gaston Bachelard écrit : “Comme la rêverie d’Edgar Poe est une rêverie de la lourdeur, elle alourdit les objets. Les souffles mêmes de l’air prennent de la lourdeur, de la lenteur dans des draperies, dans des velours. Au cours des récits ainsi que dans beaucoup de poèmes, insensiblement tous les voiles se chargent. Rien ne s’envole.” (L’Air et les Songes page 120)
Par exemple dans un ouvrage d’Edgar Poe : Le Masque de la Mort rouge, on peut y lire : “La septième salle – la dernière – du palais de Prospero est rigoureusement ensevelie de tentures de velours noir qui revêtaient tout le plafond et les murs, et retombaient en lourdes nappes sur un tapis de même étoffe.” Vous sentez combien c’est lourd. Nous retrouvons, d’ailleurs, le même effet dans une autre œuvre d’Edgar Poe qui a pour titre Ligéia, “les murs, prodigieusement hauts, étaient tendus du haut jusqu’en bas d’une tapisserie lourde et d’apparence massive qui tombait par vastes nappes, - tapisserie faite avec la même matière qui avait été employée pour le tapis du parquet, les ottomanes, le lit d’ébène, le baldaquin du lit et les somptueux rideaux qui cachaient en partie la fenêtre.”
Dans toutes les chambres dramatiques d’Edgar Poe, on retrouve ce même effet de lourdeur enveloppante, sur toute chose, en une horrible caresse. Disons que la mort pose son voile de lourdeur.
La même lenteur, la même lourdeur est imposée aussi dans les poèmes et dans les contes. La sensation dynamique de l’affaiblissement de l’âme est réalisée dans une atmosphère pesante. A propos d’Edgar Poe, Gaston Bachelard conclut en écrivant : “Alors l’air tout proche, l’air qui devrait être notre liberté est notre prison, une prison étroite, l’atmosphère est pesante. La terreur nous rend à la terre.”
Tout au contraire en est-il des textes de poètes marqués par l’Air. Ici tout s’y fait léger, subtil, ascensionnel. Par exemple Gérard de Nerval exprime ces symboles de l’Air dans un poème qui s’intitule : Une Allée du Luxembourg :

Elle a passé, la jeune fille
Vive et preste comme un oiseau ;
A la main une fleur qui brille,
A la bouche un refrain nouveau.
C’est peut-être la seule au monde
Dont le cœur au mien répondrait,
Qui venant dans ma nuit profonde
D’un seul regard l’éclaircirait !
Mais non, - ma jeunesse est finie…
Adieu, doux rayon qui m’a lui, -
Parfum, jeune fille, harmonie…
Le bonheur passait, - il a fui !

Dans les termes mêmes du poème, on retrouve les symboles et les mots propres à l’air tels que : vive, preste, oiseau, fleur, brille, refrain nouveau, également la lumière par : éclaircirait. Donc ici, tout est léger, subtil et fin.
Paul Valéry, né le 30 octobre 1871 à Sète (Hérault) à 19 heures. 



Son thème présente un AS et une Lune en Gémeaux, la Lune se lève, elle est harmonieusement reliée à Vénus et à Jupiter. Lui aussi, obéit à une dynamique Gémeaux, et là c’est la même légèreté avec des termes typiquement aériens tels que : la colombe, l’azur, la brise, le firmament. Tous ces termes sont usités dans le poème qui s’intitule Palme :

Patience, patience,
Patience dans l’azur !
Chaque atome de silence
Est la chance d’un fruit mûr !
Viendra l’heureuse surprise :
Une colombe, la brise
L’ébranlement le plus doux,
Une femme qui s’appuie,
Feront tomber cette pluie
Où l’on se jette à genoux !
Qu’un peuple à présent s’écroule,
Palme ! … irrésistiblement !
Dans la poudre qui se roule
Sur les fruits du firmament !
Tu n’as pas perdu ces heures
Si légère tu demeures
Après ces beaux abandons
Pareille à celui qui pense
Et dont l’âme se dépense
A s’accroître de ses dons !

L’appareil sublimatif apparaît dans la dernière phrase : “Pareille à celui qui pense et dont l’âme se dépense à s’accroître de ses dons !”
C’est ce que nous disons : c’est en donnant que le natif marqué par l’Air “s’accroît de ses dons !”.

De même Alain Fournier, né le 3 octobre 1886 à la Chapelle d’Angillon (Cher) à 5 heures. 

Son thème présente une Vénus conjointe à l’AS, en aspect du MC et d’une Lune angulaire au FC. La Balance contient un amas composé du Soleil, de Mercure, de Jupiter et d’Uranus. Dans son œuvre Le Grand Maulne, on y sent une poésie très palpable, une rêverie immatérielle.

Dialectique Air/Feu :

Maintenant, nous allons mettre dans un face à face l’Air et le Feu. Ce dernier vis-à-vis va nous permettre de préciser définitivement les limites de l’Air. Nous allons faire appel à un poète marqué par le Feu et l’Air : William Blake, né le 28 novembre 1757 à Londres (Angleterre) à 19 heures 30 minutes.


Dans son thème le Feu est représenté par Uranus conjoint au MC, au trigone de l’AS, Mars en Lion est au sesqui-carré du MC et au semi-carré de la Lune, le Sagittaire contient le Soleil. L’Air est représenté par une angularité de Vénus au DS et Jupiter est conjoint au Soleil et au Mercure puis il aspecte les deux angles par trigone.
Dans un poème qui s’intitule Message, Blake écrit :

Pauvre, pâle, pitoyable forme
Que je suis dans la tempête !
Des fleurs de fer et des hurlements de plomb
Entourent ma tête douloureuse.

Dans la poétique blakienne, l’air ne s’apaise pas, c’est la tempête – “Des fleurs de fer et des hurlements de plomb” – et ailleurs, dans ses textes on trouve des coulées de laves, des éblouissements d’or. Lorsqu’il parle d’Air, avec le feu l’air reste “énergie”. C’est donc avant tout la leçon dynamique que Blake tire de l’Air, à telle fin que sur son sujet Gaston Bachelard écrivit : “Chez Blake, l’imagination dynamique est une information de l’énergie. Pour comprendre Blake, il faut que le lecteur s’apprenne à alterner tous les muscles du corps, et qu’il y joigne essentiellement à l’effort un souffle, un souffle de colère.” (L’Air et les Songes page 97)
“Un souffle de colère” est une terminologie qui convient parfaitement à un mélange Air/Feu. Aussi, la remarque que fait Gaston Bachelard est évidente, en effet, si nous sommes amenés à prononcer ce texte de William Blake : Pauvre, pâle, pitoyable forme que je suis dans la tempête ! Des fleurs de fer et des hurlements de plomb entourent ma tête douloureuse. Il faut en effet, alterner les muscles de son corps et ceci n’est pas du tout la même dialectique intérieure que : Patience, patience, patience dans l’azur ! Chaque atome de silence est la chance d’un fruit mûr ! Vous sentez bien qu’au niveau même du physique ce n’est du tout la même forme. Dans le Feu, nous le savons, il y a tension, tandis que dans l’Air il y a détente.
         Pour finir, prenons un autre poème de Paul Valéry qui a pour titre La Fileuse, dans lequel vous allez sentir le charme aérien et subtil qui se dégage de ce texte.

Assise, la fileuse au bleu de la croisée
Où le jardin mélodieux se dodeline ;
Le rouet ancien qui ronfle l’a grisée.

Lasse, ayant bu l’azur, de filer la câline
Chevelure, à ses doigts si faibles, évasive,
Elle songe, et sa tête petite s’incline.

Un arbuste et l’air pur font une source vive.
Qui, suspendue au jour, délicieuse arrose
De ses pertes de fleurs le jardin de l’oisive.

Une tige, où le vent vagabond se repose,
Courbe le salut vain de sa grâce étoilée,
Dédiant magnifique, au vieux rouet, sa rose.

Gaston Bachelard disait au sujet de La Fileuse qu’en chaque strophe il y a “un peu d’air pur, un peu d’air bleu, un flocon reposé.”
Ce poème finit avec la rose, qui est un symbole sublimatif. Ce poème, laisse à l’âme une impression de tranquillité, de bonheur apaisé, une espèce de libération de l’âme.
D’ailleurs est-il besoin réellement de souligner que dans le règne de l’imagination l’épithète qui est le plus proche du substantif Air, c’est l’épithète Libre. D’ailleurs ne dit-on pas “libre comme l’air”. Or, la liberté, pour les natifs marqués par l’Air, sous-entend le bonheur : libre, heureux, au niveau de l’inconscient collectif c’est la même chose. Par conséquent, le bonheur est un des problèmes chers à l’âme des natifs d’Air.



Frédéric Nietzsche, né le 15 octobre 1844 à Röcken (Prusse) à 9 h 30 ; qui était marqué par le Feu, avait une composante d’Air, par la Vénus angulaire au MC et le Soleil et Mercure en Balance. Il se désignait lui-même comme un aérien, il écrit dans Poésies :
“Nuit d’orage – qu’importe de vous ?
A nous autres esprits libres, esprits aériens, esprit joyeux.”
Par conséquent, parce que l’esprit est libre, l’esprit est joyeux. Voilà ce que Nietzsche nous dit. Et c’est une vérité ! En effet, pour Nietzsche, l’air est la substance même de notre liberté, la substance de la joie surhumaine.
D’ailleurs si l’on voulait délimiter la joie de chacun des éléments, on peut dire que la joie aérienne est liberté ; la joie terrestre est richesse et pesanteur ; la joie ignée est amour, désir et passion ; la joie aquatique est repos, rêverie et bercement.
Gaston Bachelard écrit à la page 157 (Op. cit.) : “Dans le règne de l’imagination, l’air nous libère des rêveries substantielles, intimes, digestives. Il nous libère de notre attachement aux matières : il est donc la matière de notre liberté.”
Pour terminer notre première approche dialectique entre l’Air et les trois autres éléments, nous pouvons citer un passage de Poésies de Frédéric Nietzsche. Celui-ci résumera quelques notions que nous venons d’aborder au sujet de l’élément Air.  Il écrit ceci :

Jette dans l’abîme ce que tu as de plus lourd !
Homme oublie ! Homme oublie !
Divin est l’art d’oublier !
Si tu veux t’élever,
Si tu veux être chez toi dans les hauteurs
Jette à la mer ce que tu as de plus lourd !
Voici la mer, jette-toi à la mer,
Divin est l’art d’oublier.

Gaston Bachelard enchaîne en écrivant : “Ici, avec Nietzsche, il s’agit de jeter loin de nous tous nos poids, tous nos regrets, tous nos remords, toutes nos rancunes, tout ce qui en nous regarde vers le passé – il s’agit de jeter à la mer tout notre être pesant pour qu’il disparaisse à jamais. Ainsi nous anéantirons notre double pesant, ce qui, en nous, est terre, ce qui, en nous, est passé intime caché. Alors nous surgirons libres comme l’air, hors du cachot de nos propres cachotteries. Nous serons subitement sincères avec nous-mêmes.” (L’Air et les Songes page 165)



Les images symboliques aériennes :

Pour que notre compréhension de l’Air soit plus complète, nous allons rechercher, à présent, quelques-uns des mots qui associent au plus juste leur image avec la représentation de cet élément impalpable qu’est l’Air.
En premier, se présentent à notre esprit des mots comme l’oiseau et l’aile. En effet, dans oiseau et aile, on retrouve des mots comme : légèreté, élan, envol, ascension, liberté…

Gaston Bachelard, écrit : “Ce qui est beau, chez l’oiseau, primitivement, c’est le vol. Pour l’imagination dynamique, le vol est une beauté première. On ne voit la beauté du plumage que lorsque l’oiseau se pose à terre, lorsqu’il n’est plus pour la rêverie, un oiseau.”
L’oiseau et l’aile, qui symbolisent l’oiseau, se rattachent à l’amour. Ainsi, les expressions courantes comme : “l’amour donne des ailes…”. L’oiseau est présent encore dans les rituels du mariage où l’on fait voler des colombes…
On peut se poser la question suivante : d’où vient cette adjonction de l’oiseau avec l’amour ?
Gaston Bachelard évoque Toussenel lequel, dans son ouvrage Le Monde des Oiseaux écrit : “Quand vous aviez vingt ans, vous avez quelquefois senti dans le sommeil votre corps allégé quitter le sol et planer dans l’espace, défendu contre la loi de gravitation par des forces invisibles.” En vertu de l’infinie douceur du vol onirique, Toussenel valorise le souvenir de la nuit : “C’était, dit-il, une révélation que Dieu nous faisait et un avant-goût qu’il nous donnait des jouissances de la vie aromale…” La vie aromale est une vie future qui nous attend quand nous serons rendus à notre état purement aérien. Et Gaston Bachelard écrit : “Le vol est ainsi à la fois un souvenir de nos rêves et un désir de la récompense que Dieu nous donnera, aussi « nous envions le sort de l’oiseau et nous prêtons des ailes à celle que nous aimons, parce que nous sentons d’instinct que, dans la sphère du bonheur, nos corps jouiront de la faculté de traverser l’espace comme l’oiseau traverse l’air ». On le voit, la Ptéropsychologie formule un idéal, une transcendance que réalise déjà l’expérience du rêve.” (L’Air et les Songes page 82)

D’autre part, dans Phèdre, Platon a cette réflexion : “La force de l’aile est, par nature, de pouvoir élever et conduire ce qui est pesant vers les hauteurs où habite la race des dieux. De toutes les choses attenantes au corps, ce sont les ailes qui le plus participent à ce qui est divin.”
Aussi bien, avec le symbole de l’aile nous rejoignons d’emblée le problème de la sublimation.
Enfin, dans Le Monde des Oiseaux, Toussenel écrit : “L’oiseau, vif, gracieux, léger, reflète de préférence les images adorées, jeunes, suaves et pures.” En fait ce sont ces dernières images, nous dit Gaston Bachelard, qui sont les réalités psychiques premières. C’est parce que nous vivons par l’imagination un vol heureux, un vol qui nous donne l’impression de jeunesse, c’est parce que le vol onirique est souvent – contre toutes les leçons de la psychanalyse classique – une volupté du pur que nous donnons tant de qualités morales à l’oiseau qui traverse le ciel de nos journées. (…) Dans l’inconscient déjà, toutes les impressions diverses de légèreté, de vivacité, de jeunesse, de pureté, de douceur, avaient échangé leur valeur symbolique. L’aile n’a fait, ensuite, que donner un nom au symbole, et l’oiseau est venu en dernier lieu pour donner de l’être au symbole.

En second lieu, parmi les symboles afférents à l’élément Air, arrive l’arbre. L’arbre aide le poète à dépasser les cimes, à vivre une vie aérienne. Toutefois, le symbole de l’arbre est double, il présente une dualité. En effet, ce symbole présente un élan prodigieux qui projette l’arbre aussi bien en bas, c’est-à-dire jusqu’au cœur de la terre avec ses racines – jusqu’au cœur de la terre ceci veut dire là où les hommes morts s’enfoncent dans l’obscurité, dans l’humide, le dense sous-sol, là où l’humain peut rejoindre ses ancêtres. Mais, d’autre part, l’arbre se projette aussi vers les hauteurs de l’Air. Par conséquent, nous sentons bien qu’avec le symbole de l’arbre, il y a d’un côté la vie profonde, obscure et souterraine et de l’autre, le séjour aérien. Ainsi, par extrapolation poétique ou métaphysique, on peut dire que l’arbre unit l’infernal au céleste, c’est-à-dire qu’il unit l’Air à la Terre, la lumière à la nuit.
Grâce à cette dualité de l’arbre, voici résumée, sans qu’il y paraisse, l’exacte dualité du premier signe d’Air : Les Gémeaux. En effet, le Gémeaux est un signe d’Air, mais il a pour Maître une planète de Terre qui est Mercure, d’où l’aspect cérébral du signe, tandis que l’air lui donne sa mobilité, son mouvement.
Face à un arbre comme par exemple un pin, les imaginations les plus diverses peuvent revivre leur thème favori, que l’imagination soit ignée, aquatique, terrestre ou aérienne. Si vous prononcez le mot arbre, vous allez induire un certain nombre de mots clés que l’individu va prononcer ou bien qu’il va traduire en rêve.
Les uns rêvent comme Arthur Schopenhauer, par exemple, à la vie souterraine du pin (Terre). Les autres, devant le mot inducteur “arbre”, vont rêver au bruissement des aiguilles et du vent, ou bien au chant des oiseaux (Air). D’autres, au contraire, vous diront qu’ils sentent puissamment la victoire aquatique de la vie végétale, ils percevront la sève monter (Eau). D’autres sauront d’instinct que l’arbre est le père du feu, et si vous leur dites arbre ils répondront : bûche, foyer, feu, etc. Ils vous parleront, peut-être du bois qui crépite, de la résine qui s’écoule dans la flamme, ils peindront un rêve de feu et de lumière (Feu).
Un même objet du monde terrestre, peut donner le spectre complet des imaginations matérielles ; les rêves les plus divers viennent se réunir sur une même image matérielle, quelle que soit l’image donnée.
Enfin, s’associe à l’idée de l’arbre quelque chose qu’il ne faut pas passer sous silence, parce qu’elle s’associe à l’idée de l’Air, c’est la peur de tomber. C’est une peur primitive, car les ancêtres de l’homme étaient arboricoles, ils vivaient dans les arbres et par conséquent ils avaient la peur inconsciente de choir de l’arbre où ils étaient, car s’ils tombaient de l’arbre, ils risquaient d’être dévorés par les fauves. D’ailleurs, l’expression populaire dit bien, lorsqu’il y a une chute sociale : “s’accrocher aux branches”, cette expression a son origine ici. La peur de tomber est une peur primitive que l’on va retrouver comme une composante, parmi les peurs les plus variées dans la composante aérienne.
Inversement, dans les signes d’Air, il y a aussi la chute vers le haut. Les êtres marqués par l’air souhaitent une chute vers le haut. Je prends un exemple : dans un texte du Psaume du Roi de Beauté de Czeslaw Milosz, on peut lire :
“… Je voudrais m’endormir sur ce trône du temps ! Tomber de bas en haut dans l’abîme divin.”
Vous voyez la traduction de l’idée de chute vers le haut qui hante la pensée des natifs marqués par l’Air. Ici, sans qu’il y paraisse, nous venons de décrire le troisième signe d’Air qui est le Verseau. Car dans le hiéroglyphe du Verseau, nous savons qu’entre les deux vagues il y a tout un abîme aérien voire l’éventuel abîme divin.
Quant à la Balance, qui elle est l’équilibre entre les deux signes que sont les Gémeaux et le Verseau, la Balance pèse les mondes, elle pèse l’âme, elle est jugement dernier et rien n’échappe à cette pesée de l’âme où tout est valeur, la vie est valorisation. L’être marqué par la Balance pèse toujours des choses différentes avant de faire son choix, c’est-à-dire avant d’équilibrer sa balance. Cependant, le poids n’est pas sur les choses et sur le monde, il est sur notre âme, le poids est toujours sur notre esprit et sur notre cœur. Le poids des choses est sur l’homme et le rôle de la Balance est précisément de peser l’homme.

Conclusion :

Ici aussi, nous n’avons fait qu’ébaucher l’œuvre de Gaston Bachelard, aussi je vous recommande vivement la lecture de son ouvrage : “L’Air et les Songes” Édition José Corti. 


L’EAU

Dans La Mythologie du Rhin et les contes de la mère-grand, X. B. Saintine écrit :
“Les Celtes usaient de divers et étranges moyens vis-à-vis des dépouilles humaines pour les faire disparaître. Dans tel pays, on les brûlait, et l’arbre natif fournissait le bois du bûcher ; dans tel autre, le Todtenbaum (l’arbre de mort), creusé par la hache, servait de cercueil à son propriétaire. Ce cercueil, on l’enfouissait sous terre, à moins qu’on ne le livrât au courant du fleuve, chargé de le transporter Dieu sait où ! Enfin, dans certains cantons existait un usage, - usage horrible ! – qui consistait à exposer le corps à la voracité des oiseaux de proie ; et le lieu de cette exposition lugubre, c’était le sommet, la cime de ce même arbre planté à la naissance du défunt, et qui cette fois, par exception, ne devait pas tomber avec lui.” Et Saintine, commentant ces coutumes, ajoute : “Or, que voyons-nous dans ces quatre moyens si tranchés de restituer les dépouilles humaines, à l’air, à l’eau, à la terre et au feu ?”
         Commentant cette page Gaston Bachelard nous dit ceci : “Dès sa naissance, l’homme était voué au végétal, il avait son arbre personnel. Il fallait que la mort eût la même protection que la vie. Ainsi replacé au cœur du végétal, rendu au sein végétant de l’arbre, le cadavre était livré au feu ; ou bien à la terre ; ou bien il attendait dans la feuillée, à la cime des forêts, la dissolution dans l’air, dissolution aidée par les oiseaux de la Nuit, par les milles fantômes du Vent. Ou bien enfin, plus intimement, toujours allongé dans son cercueil naturel, dans son double végétal, dans son dévorant et vivant sarcophage, dans l’Arbre, il était donné à l’eau, il était abandonné aux flots.” (L’Eau et les Rêves, page 99).

Cette loi, énoncée par Saintine, Gaston Bachelard se propose de l’appeler la loi des quatre patries de la Mort. Nous voyons donc, une fois de plus, l’importance des quatre éléments dans leur rapport intime avec l’âme et le comportement humain.
Pour définir l’élément aquatique, nous allons employer une triple méthode. Dans un premier temps, nous allons tenter de préciser ce que représente l’eau dans la nature. Puis, ensuite, nous nous essaierons à cerner les particularités de chacune de ces trois eaux différentes que sont l’eau du Cancer, l’eau du Scorpion et l’eau des Poissons.
Enfin, nous dégagerons les grands complexes afférents à l’élément aquatique tel qu’ils apparaissent dans les travaux de Gaston Bachelard.

L’Eau dans la nature :

Si l’on replace l’eau dans la nature et que l’on essaie de la situer par rapport aux autres éléments, on remarque dès l’abord que l’eau est un miroir.
C’est le miroir de la terre, c’est une particularité qui lui est propre et que ne possèdent pas les autres éléments. Lorsque dans un paysage se situent un plan d’eau, un lac, un bassin, un ruisseau, tout s’y mire. Nous pourrions ajouter : tout s’y regarde. Ainsi, voilà que grâce à l’eau, tout paysage devient, soudain, comme un être vivant capable de se voir.
C’est qu’en effet, ce double frémissant des choses que fait l’eau en leur donnant mouvement, leur donne vie. Le pouvoir vitalisant des miroirs est connu. Parce qu’elle est miroir, miroir mobile, l’eau a de même le pouvoir magique d’insuffler la vie aux choses. Un paysage sans eau, figé en son immuable et millénaire immobilité est un paysage mort. Ainsi, aux choses qui par leur statisme paraissent comme privées de vie, l’eau, soudain, donne vie. Par sa puissance de miroir qui bouge, elle les rend à notre semblance. Avec et grâce à l’eau, tout paysage devient comme un être vivant, comme un alter ego. C’est ainsi qu’un arbre, un roc, un nuage, par leur présence deviennent autant d’amis chers et familiers, de doubles de nous-mêmes, auxquels on croit pouvoir se confier.
Humaniser les choses est donc un des premiers pouvoirs de l’eau. C’est un étrange pouvoir que d’humaniser ainsi les choses et de nous montrer que sous l’apparence de la mort il y a la vie frémissante qui circule. En nous dévoilant ce mystère l’eau nous montre qu’elle a un pouvoir occulte.
Or, parce qu’elle est miroir, l’eau nous apparaît de ce fait comme l’œil de la terre. Dans la nature c’est l’eau qui voit. Le feu réchauffe ou bien il détruit ; la terre soutient ; l’air parle, il suffit de penser au bruit du vent dans les arbres, mais c’est l’eau qui regarde.

Paul Claudel né le 6 août 1868 à Villeneuve sur Fère (Aisne) à 4 heures. 

Son thème est marqué par un Neptune angulaire au MC au trigone du Soleil et une valorisation du Cancer par la présence de Mercure et Vénus qui se lèvent.
Paul Claudel n’avait été sans remarquer cette particularité de l’eau, dans son ouvrage L’Oiseau noir dans le Soleil levant, il écrit : “L’eau est le regard de la terre, son appareil à regarder le temps…” Voilà une belle notion. A cette notation de Paul Claudel, de son côté Gaston Bachelard donne un écho typiquement Cancer quant il écrit : “Dans la nature, c’est l’eau qui voit, c’est encore l’eau qui rêve.”
Il conviendra donc de ne jamais perdre de vue ce pouvoir de rêverie de l’eau. Si l’eau se présente à nous comme l’un des premiers éléments du rêve naturel, cela tient à sa vertu de miroir. Cependant, l’eau est un miroir qui a moins de précision que la glace ou le métal, elle est un miroir flou qui donne un mystère aux reflets. C’est parce qu’elle est miroir que l’eau est un grand chemin ouvert à l’imagination et à la rêverie, c’est l’eau que l’on contemple et que l’on rêve.
Par l’eau, la rêverie est aidée car l’eau est un modèle de calme et de silence. L’eau dormante est silencieuse et de ce fait elle porte au silence.
L’eau dormante et silencieuse met dans les paysages, comme le dit Paul Claudel, des “lacs de chant”.

Maurice Maeterlinck, né le 29 août 1862 à Gand (Belgique) à 8 heures 30 minutes. 


L’eau apparaît dans son thème par un Neptune angulaire au DS et une Lune en Secteur I qui s’approche de l’AS.
Dans Pelléas et Mélisande, à l’acte 1, c’est auprès de la fontaine de Mélisande que Pelléas murmure : “Il y a toujours un silence extraordinaire… On entendait dormir l’eau.”
Gaston Bachelard écrit : “Il semble que, pour bien comprendre le silence, notre âme ait besoin de voir quelque chose qui se taise ; pour être sûre du repos, elle a besoin de sentir près d’elle un grand être naturel qui dorme.” (L’Eau et les Rêves, page 258)
Comme en l’âme humaine tout est lié, c’est donc à partir de sa vertu contemplative, de la puissance du silence, que l’eau porte l’homme à la méditation, et pour reprendre la terminologie dont nous avons usé, nous dirons que l’eau est un miroir ouvert à la méditation.
On dit que l’œil est la fenêtre de l’âme, l’eau dans la nature peut être considérée à son tour comme l’âme de la terre, puisqu’elle est l’œil de ce monde.  
Une paroi rocheuse c’est une puissance, mais ceci a, dans le même temps, quelque chose d’inhumain lorsqu’il n’y a pas la présence de l’eau pour en doubler l’image et donner une âme à ces rochers. Les rocs, la terre, sans l’âme de l’eau font sentir la puissance d’une espèce de dieu implacable et terrible. Ainsi, sans l’âme de l’eau la nature inchangée depuis des millénaires, fait peur, elle est une puissance oppressante, dès que l’eau apparaît, on a tout d’un coup l’impression que l’âme est insufflée aux rochers, on sent la présence de Dieu qui nous regarde, qui nous aime et nous comprend. On peut même dire que l’eau rend son humanité au dieu implacable des rochers et des montagnes, on a l’impression à ce moment-là que dieu, peut-être prie à travers ce frémissement subtil de l’eau.
C’est la raison pour laquelle les êtres qui sont marqués par l’Eau, sont des âmes douées de force contemplative. Il leur est donné le pouvoir suprême du silence, de la prière et de la méditation. Ainsi, on pourra dire que l’eau dans une carte du ciel, c’est dieu qui s’exprime à travers ce thème.

Résumé :

Si nous voulons maintenant résumer notre acquis, nous pourrons dire que :
-         L’eau est un miroir qui donne vie.
-         L’eau est un œil qui regarde le monde.
-         L’eau contemple, médite et rêve.
-         L’eau est silence, calme et douceur.
-      C’est parce que l’eau est présence de dieu en nous qu’elle est prière.
-     Elle est l’âme, et son pouvoir occulte s’exerce au-delà de la mort.

Les différentes eaux :

Il convient de distinguer plusieurs sortes d’eaux ; selon qu’elle est l’eau du ruisseau, de l’étang ou de l’océan. De même, il faut isoler les eaux fraîches, les eaux lourdes, les eaux transparentes, les eaux glauques, les eaux calmes, les eaux agitées. Il faut différencier les eaux profondes, malsaines, croupissantes, dangereuses, mortelles des eaux vives, vivifiantes, etc.
Autant de sortes d’eaux, autant de moment de la vie de l’eau et autant de symboles.
Ainsi, nous allons apercevoir au fur et à mesure qu’à chacun des trois signes d’Eau correspond une eau qui lui est propre. Toutefois, nous ne serons pas sans remarquer qu’une relation existe entre des eaux aussi différentes que celles du Cancer, du Scorpion ou des Poissons, cette relation tient tout entière dans ce que Gaston Bachelard appela : “Les caractères féminins de l’eau imaginaires”, il écrit : “En face de la virilité du feu, la féminité de l’Eau est irrémédiable. Elle ne peut pas se viriliser.” (page 135/136)
Par conséquent, les trois signes d’Eau sont des signes féminins et c’est ce qui les relie entre eux. Cependant, nous allons examiner les particularités de chacune des eaux.

Les Eaux du Cancer :

Pour connaître les eaux du Cancer nous pouvons accorder notre confiance à Gaston Bachelard qui est né le 27 juin 1884 à Bar-sur-Aube (Aube) à 11 heures. 



Son thème présente une puissance de cérébralisation avec Mercure, Saturne, Uranus la Vierge et les Gémeaux, mais en filigrane le Signe du Cancer contient le Soleil et Vénus. Nul doute que c’est cette sensibilité cancérienne qui l’a amené à travailler sur l’imaginaire des poètes.
L’eau du Cancer, à travers l’œuvre de Gaston Bachelard, nous la situons comme une eau courante, c’est l’eau des sources, l’eau des cours d’eau limpides, l’eau qui court sur les pierres, c’est l’eau des ruisseaux, l’eau des fleuves et aussi des torrents. En un mot, ce sont les eaux où demeurent les écrevisses, puisque le signe du Cancer veut dire écrevisse.
A travers une page de Gaston Bachelard nous allons apprécier la démarche propre aux natifs marqués par le Cancer, qui est un aspect de se livrer, de parler d’eux-mêmes et de ramener les choses au niveau de l’enfance et des souvenirs de la prime jeunesse. C’est ainsi, qu’il écrit : “Par une psychanalyse de la connaissance objective et de la connaissance imagée nous sommes devenus rationalistes à l’égard du feu. La sincérité nous oblige à confesser que nous n’avons pas réussi le même redressement à l’égard de l’eau. Les images de l’eau, nous les vivons encore, nous les vivons synthétiquement dans leur complexité première en leur donnant souvent notre adhésion irraisonnée.
Je retrouve toujours la même mélancolie devant les eaux dormantes, une mélancolie très spéciale qui a la couleur d’une mare dans une forêt humide, une mélancolie sans oppression, songeuse, lente, calme. Un détail infime de la vie des eaux devient souvent pour moi un symbole psychologique essentiel. Ainsi l’odeur de la menthe aquatique appelle en moi une sorte de correspondance ontologique qui me fait croire que la vie est un simple arôme, que la vie émane de l’être comme une odeur émane de la substance, que la plante du ruisseau doit émettre l’âme de l’eau…” (page 10).


Marcel Proust né le 10 juillet 1871 à Paris à 23 heures, était fortement marqué par le signe du Cancer, et nous connaissons de lui l’histoire de la madeleine. L’odeur de la madeleine lui rappelle toute son enfance, tout son passé. C’est exactement la même démarche que fait Gaston Bachelard avec l’odeur de la menthe aquatique.
Toutes les rivières ont une odeur et si un individu qui est marqué par le Cancer a passé son enfance au bord d’une rivière, il retrouvera cette odeur, toute sa vie, dès qu’elle se présentera à lui et elle lui rappellera ainsi son enfance et son passé.
Gaston Bachelard continue : “C’est près de l’eau et de ses fleurs que j’ai le mieux compris que la rêverie est un univers en émanation, un souffle odorant qui sort des choses par l’intermédiaire d’un rêveur. Si je veux étudier la vie des images de l’eau, il me faut donc rendre leur rôle dominant à la rivière et aux sources de mon pays.
Je suis né dans un pays de ruisseaux et de rivières, dans un coin de la Champagne vallonnée, dans le Vallage, ainsi nommé à cause du grand nombre de ses valons. La plus belle des demeures serait pour moi au creux d’un vallon, au bord d’une eau vive, dans l’ombre courte des saules et des osières. Et quand octobre viendrait, avec ses brumes sur la rivière…” (page 11)
Vous voyez, il ne finit pas sa phrase, c’est dire assez s’il est parti dans sa rêverie et qu’il la suggère nous laissant ainsi à la nôtre.
Et il termine sa page en disant : “Mon plaisir est encore d’accompagner le ruisseau, de marcher le long des berges, dans le bon sens, dans le sens de l’eau qui coule, de l’eau qui mène la vie ailleurs, au village voisin. Mon « ailleurs » ne va pas plus loin.” (page 11)
De même, en cancérien, il établit un lien entre l’eau et le clapotis berçant de la vague. Ecoutons-le : “Des quatre éléments, il n’y a que l’eau qui puisse bercer. C’est elle l’élément berçant. C’est un trait de plus de son caractère féminin : elle berce comme une mère” (page 177).
Il ajoute : “L’eau nous porte. L’eau nous berce. L’eau nous endort. L’eau nous rend notre mère.” (page 178).
Voilà encore une citation qui nous fait comprendre en profondeur l’âme des êtres marqués par le Cancer. Si vous devez définir le Cancer, vous n’avez qu’a émettre cette citation : “L’eau nous porte. L’eau nous berce. L’eau nous endort. L’eau nous rend notre mère.” Elle est primordiale.
D’ailleurs l’image de la barque que l’on retrouve en permanence dans d’innombrables références littéraires, est un berceau reconquis. C’est ainsi, par exemple, que l’on enlèverait une composante importante de la poésie d’Alphonse de Lamartine si on retranchait l’habitude de rêver sur les flots.
Dans Confidences, Lamartine nous dit que la barque donne “une des plus mystérieuses voluptés de la nature.” Ou bien il suffit de lire un poème comme le Lac de Lamartine :
“Ô lac,
L’année à peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu’elle devait revoir” etc.
Lorsqu’on se laisse prendre au rythme de la poésie et de la musique de ce texte on est bercé exactement comme dans une barque sur l’eau.


Ce goût de rêver qui est cher aux êtres marqués par la Lune et le Cancer, nous le retrouverons marquant de son empreinte toutes les œuvres des cancériens et des lunaires. Il nous suffit simplement de noter les titres des œuvres de Gaston Bachelard : L’Eau et les Rêves ; L’Air et les Songes ; La Terre et les Rêveries de la Volonté ; La Terre et les Rêveries du Repos ; La Poétique de la Rêverie.

De même chez Jean Cocteau, né le 5 juillet 1889 à Maison Laffitte (Seine et Oise) à 1 heure. Son thème présente une conjonction Soleil-Mars en Cancer qui sort de l’angularité du FC. La Lune aspecte l’AS, le MC, Mercure et Vénus qui est angulaire à la pointe de l’AS Taureau. Il y a une œuvre de Cocteau qui s’intitule Le Discours du grand Sommeil qui part de la même idée : le repos.
Michel de Ghelderode né le 3 avril 1898 à Ixelles-Bruxelles (Belgique) à 8 heures 50 minutes. Son thème présente un AS Cancer et la Lune est angulaire au FC et au sextile de l’AS. Il a écrit une pièce qui s’intitule : Noyade dans les Songes.
Luigi Pirandello né le 28 juin 1867 à Agrigente (Sicile) à 3 heures 15 minutes. Son thème présente une conjonction Soleil-Uranus en Cancer. Il a écrit une pièce qui s’intitule : Je Rêvais Peut-Être.
Vous voyez ce goût de rêver propre aux Cancers et aux lunaires.
Jean Cocteau, dans une lettre datée de 1955 qu’il adressa à Madame Maurois lui confia : “Plus je vieillis, plus je vois que ce qui ne s’évanouit pas ce sont les rêves.”
De son côté, Gaston Bachelard écrit : “L’eau est la matière où la Nature, en d’émouvants reflets, prépare les châteaux du rêve.” (page 72)
Enfin, il existe, avec le Cancer et la Lune, une dernière analogie qui est celle entre l’eau et le lait maternel.
Gaston Bachelard écrit : “Tout liquide est une eau ; ensuite toute eau est un lait. Le rêve a une racine pivotante qui descend dans le grand inconscient simple de la vie enfantine primitive.” (Page 158).
Remarquons, au passage, que cette valorisation substantielle qui fait de l’eau un lait inépuisable : le lait de la nature mère, est là encore une des valorisations qui marque l’eau d’un caractère profondément féminin.
D’ailleurs les savants parlent des eaux mères, de l’eau matrice de toute vie sur terre. Selon leurs hypothèses toute vie animale aurait son origine dans l’eau. A une certaine époque de la formation de notre terre, au moment où certaines substances étaient en dissolution dans l’eau, il y avait une certaine température et la vie aurait commencé là, dans les eaux.
Cette notion d’eau Mère est enfouie dans l’inconscient collectif. Paul Claudel, dont le thème présente Mercure, Vénus et Uranus en Cancer apporte du lait au moulin de Gaston Bachelard quand dans Connaissance de l’Est il décrit ce qu’est à ses yeux un fleuve, il écrit ceci : “Il est la liquéfaction de la substance de la terre, il est l’éruption de l’eau liquide enracinée au plus secret de ses replis, du lait sous l’attraction de l’Océan qui tète.”
Il faut vraiment être marqué par le Cancer pour voir les fleuves de ce monde comme des ruisseaux de lait et un océan en train de téter. Vous voyez comment c’est puissamment introjecté dans l’inconscient collectif et combien ces grandes œuvres nous font toucher du doigt la psyché même des Cancers.


Les Eaux du Scorpion :

Toute différente est l’eau du Scorpion, c’est une eau brutale et angoissante.
Contrairement aux eaux du Cancer, Gaston Bachelard, est peu prolixe sur ces eaux noires qui s’apparentent au Scorpion. Il est vrai qu’à la lecture de son ciel de naissance, Mars, Pluton et le Scorpion ne sont pas valorisés. Dans son ouvrage L’Eau et les Rêves il écrit : “Il y a des rêveurs en eau trouble.” Nous pouvons remarquer qu’ici il ne dit plus “je” mais “il y a” nous voyons donc que cette eau lui est étrangère. Il continue : “Ils s’émerveillent de l’eau noire du fossé, de l’eau travaillée par les bulles, de l’eau qui monte des veines dans sa substance, qui soulève comme d’elle-même un remous de vase. Alors il semble que ce soit l’eau qui rêve et qui se couvre d’une végétation de cauchemar. Cette végétation onirique est déjà induite par la rêverie dans la contemplation des plantes de l’eau. (…) Et notre cœur est remué par cette dynamique du noir. Et notre œil endormi suit sans fin, noir sur noir, ce devenir de la noirceur.” (Pages 190, 191)
Si le mystère des eaux noires attire à tel point les êtres marqués par le Scorpion et Pluton, c’est parce que l’eau immobile et pourrie des étangs est symbole de mort et de fermentation. C’est donc un problème qui est propre au Scorpion, huitième signe, analogue au Secteur VIII qui est secteur de mort, d’au-delà et de métamorphose.

Aussi bien, toutes les descriptions d’étangs ou de mares que nous trouvons dans les œuvres des plutoniens ou des Scorpions, sont avant tout la description d’un état d’âme.


Albert Camus, né le 7 novembre 1913 à Mondovi (Algérie) à 2 heures. Il avait le Soleil en Scorpion au sextile de l’AS et au quinconce du MC. Pluton s’approche de la culmination, il aspecte la Lune par quadrature et le Soleil par sesqui-carré. Dans une pièce qui a pour titre Caligula, le personnage de Caligula dit à Scipion : “Tu es pur dans le bien comme je suis pur dans le mal. Tu ne peux comprendre ce quelque chose en moi : ce lac de silence, ces herbes pourries.”

Nous comprenons bien que tout étang, dans l’âme du Scorpion ou du Plutonien, est la projection d’une angoisse interne où l’eau noire joue son rôle symbolique.


Edgar Allan Poe né le 19 janvier 1809 à Boston (USA) à 2 heures 30 minutes. Son thème présente un Pluton angulaire au FC, au trigone de l’AS Scorpion, en outre, il est conjoint à la Lune et à Vénus, au semi-carré du Soleil et de Mercure. Dans Nouvelles Histoires Extraordinaires, il écrit “Je demeurais seul dans un monde de gémissement, et mon âme était une eau stagnante.”
N’oublions pas le Scorpion est, dans la quaternaire aquatique le signe d’Eau fixe. L’eau fixe épouse bien cette qualité de stagnation, car rien n’est plus fixe que l’eau fixe et stagnante d’un marais ou d’un marécage.
Afin de bien pénétrer l’essence de cette Eau, nous ferons connaissance de l’œuvre d’Edgar Poe, nous verrons que s’il avait le secret des eaux croupies, le secret des eaux inquiétantes, le secret des eaux mortes, des eaux désespérées, c’est que chez lui le destin des images de l’eau suivait très exactement le destin de la rêverie principale qui était la rêverie de la mort.
Il y a un lien entre la mort et les eaux immobiles et lourdes. A ce sujet Gaston Bachelard écrit : “Les eaux immobiles évoquent les morts parce que les eaux mortes sont des eaux dormantes.
En effet, les nouvelles psychologies de l’inconscient nous enseignent que les morts, tant qu’ils restent encore parmi nous, sont, pour notre inconscient, des dormeurs. Ils reposent. Après les funérailles, ils sont, pour l’inconscient, des absents, c’est-à-dire des dormeurs plus cachés, plus couverts, plus endormis.” (Page 90)

Les Eaux des Poissons :

Afin d’en finir avec cette triple fresque aquatique, nous allons étudier l’eau des Poissons. Après l’eau cardinale du Cancer, l’eau fixe du Scorpion, nous avons l’eau mutable des Poissons. On peut donc se poser la question suivante : Quelle est l’eau mutable dans la nature ?
C’est sans aucune hésitation, l’immensité mouvante de l’océan. L’eau des Poissons c’est l’eau de l’infini en mouvement. Car les rivières ont un lit, les océans n’en ont point : les océans voyagent.
En l’océanique royaume neptunien, c’est l’eau elle-même qui nous fait comprendre de quelle espèce est faite la dualité des Poissons. En effet, on qualifie toujours les Poissons de signe double. Pour expliquer une telle assertion il suffit de regarder la mer. Il suffit de s’asseoir un temps au bord de la mer et de regarder la vague et son double mouvement. On s’aperçoit ainsi que la vague avance, puis elle se retire et puis une autre vient qui redescend encore, et puis une autre, et puis une autre, encore une autre… On a l’impression que c’est toujours la même vague, on a le sentiment qu’elle monte et qu’elle se retire et qu’elle ne peut pas aller plus loin, elle monte pour se retirer et finalement au bout de quelques heures, voilà qu’elle a monté insensiblement une marée en son plus haut bord.
Vous avez donc ici, exactement dépeint le mouvement d’âme des êtres marqués par les Poissons. Le flux et le reflux de l’océan est l’image même des Poissons qui se présentent en lui comme une respiration de l’infini. Nous avions vu dans le Cours n°36 (Premier niveau), que le hiéroglyphe figuratif des Poissons est composé de deux Poissons : un qui monte et l’autre qui descend, c’est ce double mouvement, celui de la marée intérieure.
Ce double mouvement pulsatif se présente comme un besoin profond en l’âme des Poissons. Par exemple, s’ils doivent faire une démonstration, ils ont un besoin constant de revenir en arrière, de reprendre leurs idées, de les redire pour avancer un petit peu plus loin, puis de revenir en arrière, de reprendre leurs idées et d’avancer encore un petit peu plus loin et au bout de quelques heures ils ont monté leur marée.
Par conséquent l’océan se présente comme la respiration psychologique des Poissons. Par ce double mouvement marin, les Poissons préhendent l’infini.
Quelle meilleure image de l’infini que celle de la mer ? Elle émane du plus lointain passé du monde, de la mémoire collective.
En effet, pour les premiers hommes l’océan était infranchissable, leurs moyens de navigation étaient rudimentaires, ils ne pouvaient pas se risquer à aller loin, ils ne pouvaient guère quitter la côte des yeux. Ce n’était pas pensable d’aller au-delà des limites qui leur étaient permises. Par conséquent, l’infini de la mer, ce qu’il y avait au-delà se présentait pour eux comme un grand mystère. Il ne leur était pas donné la possibilité d’aller voir. Ils avaient bien l’impression que là-bas, quelque chose existait et que, quelque part là-bas le monde se terminait et commençait le ciel. C’est pourquoi l’océan était porteur de la grande idée divine. Car qu’y a-t-il au bout de la mer ? Certes, il y a le ciel, mais qu’y a-t-il au bout de l’infini ? Si ce n’est Dieu.
Ajoutons à cela, que pour les premiers hommes, au bout de la mer il y avait l’inconnu, et qui dit inconnu dit danger de mort. Et Qu’est-ce qu’il y a au bout de la mort ? Si ce n’est Dieu. Tout ceci est logique, vous voyez à peu près comment sont nés les contenus symboliques des signes et des planètes.
Certes, acceptation ou refus de Dieu, selon les thèmes des êtres marqués par les Poissons, mais toujours est-il que le problème de Dieu passe à travers l’eau des Poissons. Comme on vient de le voir ci-dessus, Dieu est inclus dans les deux mots de mer et de mort. N’oublions pas que cette association de la mer et la mort, où les deux mots sont presque semblables (mer et mort), préside en des temps archaïques à la constitution même de la psyché humaine. Le premier constructeur de barque, le premier navigateur qui osa se lancer sur l’océan et quitter la terre mère et s’aventurer sur l’eau sans limite, risquait la mort. Par conséquent, le premier matelot qui s’offrit à la mer était un héros de la mort. Car aller vers l’infini et vers l’inconnu était (et, est encore de nos jours et de tout temps le sera) quelque chose d’héroïque. 
Christophe Colomb était un nautonier de la mort.


Charles Baudelaire, né le 9 avril 1821 à Paris à 15 heures. Son thème présente un Mercure, maître d’AS Vierge, en Poissons, conjoint à Pluton et au carré de Neptune. Il ne s’est pas trompé lorsqu’il écrit :

“O mort, vieux capitaine, il est temps ! levons l’ancre !”

Vous voyez l’analogie. Bien sûr, il y a des gens qui, peu poètes, quand ils entendent ces vers, s’exclament : “Quelle drôle d’idée !”
Mais ceci n’est pas du tout une drôle d’idée, c’est une vérité archétypique.
Nul doute, que Charles Baudelaire n’ait trouvé cette idée dans le plus profond de son inconscient, là où le rapport entre la mer et la mort était créé. Aussi bien, l’image que ce vers évoque demeure éternelle. Une telle phrase  fait résonner en notre âme une zone de résonance inconsciente nous entraînant dans un abîme de réflexion. Je dis bien pour peu qu’on ait l’instrument de la sensibilité, et non pas celui de l’intelligence.
Gaston Bachelard, explique cette association de la mort et de la mer lorsqu’il écrit : “L’adieu au bord de la mer est à la fois le plus déchirant et le plus littéraire des adieux. Sa poésie exploite un vieux fonds de rêve et d’héroïsme. Il réveille sans doute en nous les échos les plus douloureux. Tout un côté de notre âme nocturne s’explique par le mythe de la mort conçue comme un départ sur l’eau. Les inversions sont, pour le rêveur, continuelles entre ce départ et la mort. Pour certains rêveurs, l’eau est le mouvement nouveau qui nous invite au voyage jamais fait. Ce départ matérialisé nous enlève à la matière de la terre. Aussi quelle étonnante grandeur il a, ce vers de Baudelaire, cette image subite comme elle va au cœur de notre mystère.” (Page 103)
Voyez-vous le rapport entre la mer et la mort est très lourd de sens. Ainsi, Mer et Mort, se présentent comme une espèce de confusion phonétique qui cache une confusion psychologique.
Cette association de l’eau et de la mort on la retrouve dans une légende très extraordinaire qui est la légende du Vaisseau Fantôme.
Il y a une pièce de théâtre de Suton Weil qui s’intitule Au Grand Large. Les personnages sont dans un navire, ils parlent de choses et d’autres, puis petit à petit, ils viennent à s’apercevoir qu’ils sont morts et qu’ils sont embarqués vers l’infini. C’est une pièce très impressionnante à faire passer le frisson. C’est sur ce rapport archétypal que la pièce fut écrite et c’est pour ces motifs qu’elle touche le public.
Gaston Bachelard, qui était marqué par les eaux du Cancer et son thème ne présentait aucune valorisation des Poissons et de Neptune, avait donc du mal à comprendre l’eau des Poissons. Cependant, il a écrit une chose qui est très amusante mais qui ne rend pas le ton des Poissons, car si on veut connaître l’eau des Poissons, il faut questionner des êtres marqués par les Poissons. Gaston Bachelard écrit : “L’eau du ciel, la pluie fine, la source amie et salutaire donnent des leçons plus directes que toutes les eaux des mers. C’est une perversion qui a salé les mers. Le sel entrave une rêverie, la rêverie de la douceur, une des rêveries les plus matérielles et les plus naturelles qui soient. La rêverie naturelle gardera toujours un privilège à l’eau douce, à l’eau qui rafraîchit, à l’eau qui désaltère.” (Page 211).
Certes c’est puissamment vrai pour les êtres marqués par le Cancer, mais pas pour ceux qui sont marqués par les Poissons. Il parle de la rêverie de la douceur, ce qui est cancérien par excellence. Mais la rêverie des Poissons n’est pas une rêverie de douceur, c’est une rêverie de tumulte.
Je vous faisais remarquer que les éléments représentaient la vraie patrie des êtres, car les individus se retrouvent entre eux à travers ces éléments.
La citation de Gaston Bachelard est très intéressante dans le sens où elle nous permet d’apprécier ce que pense un Cancer de l’eau des Poissons.

Les complexes afférents à l’Eau :

Nous allons examiner maintenant les complexes afférents à l’Eau et faire ainsi une sorte de psychanalyse de l’eau. Psychanalyse qui nous permettra de dégager trois grands types principaux de complexes, ou si vous préférez, trois grands types de climats psychologiques selon qu’ils feront appel aux eaux fraîches du Cancer et de la Lune ; aux eaux mortes du Scorpion et de Pluton ou aux eaux violentes des Poissons et de Neptune.

Le Complexe de Nausicaa :

A la poésie des eaux fraîches du Cancer s’associera une sexualisation au premier degré, en ce qu’elle est toute de surface. C’est l’évocation, bien connue, des nymphes, des naïades qui, aussitôt fait naître en l’esprit des images de nudité et s’accompagne d’une certaine gamme de désir.
Cette mythologie plaquée, qui est le fruit résiduel de la gréco-romaine, pourrait se ranger sous le nom de : “complexe de Nausicaa”
Le thème de la baigneuse qui est cher aux peintres, thème repris du reste par un certain nombre de photographes de nus est une des manifestations de ce complexe de Nausicaa. Toutes les photographies de naïades au bord de la mer ou au bord de rivière, voire encore d’images de femmes au bain sont à rattacher à ce complexe de Nausicaa. Gaston Bachelard écrit : “Quelle est donc la fonction sexuelle de la rivière ? C’est d’évoquer la nudité féminine. Voici une eau bien claire, dit le promeneur. Avec quelle fidélité elle refléterait la plus belle des images ! Par conséquent, la femme qui s’y baignerait sera blanche et jeune ; par conséquent elle sera nue. L’eau évoque d’ailleurs la nudité naturelle, la nudité qui peut garder une innocence. Dans le règne de l’imagination, les êtres vraiment nus, aux lignes sans toison, sortent toujours d’un océan. L’être qui sort de l’eau est un reflet qui peu à peu se matérialise : il est une image avant d’être un être, il est un désir avant d’être une image.” (Page 49).

Le complexe du Cygne et de Léda :

A ce complexe de Nausicaa vient s’ajouter, en le complexifiant légèrement, : “Le complexe du cygne”.
En littérature le cygne est un ersatz de la femme nue. Le cygne c’est l’image allusive de la nudité permise, c’est la blancheur immaculée et cependant ostensible. Gaston Bachelard écrit : “Au moins, les cygnes se laissent voir ! Qui adore le cygne désire la baigneuse”.
Mais sa teneur modifie le précèdent complexe (le complexe de Nausicaa) en ce que, de par la blancheur immaculée, il s’adresse de ce fait aux amateurs de virginité.



Par exemple Johann Wolfgang Gœthe né le 28 août 1749 à Francfort sur le Main (Allemagne) à 12 heures. Son thème présente une Lune en Poissons angulaire au FC, au trigone de l’AS, opposée au Soleil et au sesqui-carré d’un Neptune en Cancer. L’aspect à Neptune n’est certes pas valorisant mais il met en présence deux planètes aquatiques : la Lune et Neptune.
Gaston Bachelard commente une scène du Second Faust de Goethe :
Une scène du Second Faust va nous montrer en détail comment le cadre fait surgir le personnage, comment aussi évolue, sous différents masques, le désir du rêveur. Voici cette scène que nous diviserons en trois tableaux : le paysage – la femme – le cygne.
D’abord le paysage inhabité :
“Les eaux se glissent à travers la fraîcheur des buissons épais, doucement agitées ; elles ne murmurent point, elles coulent à peine ; de tous côtés, mille sources se rassemblent en bassins purs et brillants, aplanis, creusés pour le bain.”
Il semble donc que la nature ait formé des cryptes pour cacher des baigneuses. Aussitôt, dans le poème, l’espace creux et frais se peuple suivant la loi de l’imagination des eaux. Voici le second tableau :
“Florissantes et jeunes figures de femmes, offertes à l’œil enchanté, doublées par le miroir liquide ! Elles se baignent ensemble gaiement, nageant avec hardiesse, marchant avec crainte ; et les cris enfin et la lutte dans les flots !”
Alors le désir se condense, se précise, s’intériorise. Il n’est plus une simple joie des yeux. L’image totale et vivante se prépare :
“Ces belles devraient me suffire, mon œil ici devrait jouir ; cependant mon désir va toujours plus avant ; mon regard pénètre vivement jusqu’à cette retraite. Le riche feuillage de la verdure épaisse cache la noble reine.” Et le rêveur contemple véritablement ce qui se cache ; avec du réel, il fabrique du mystère. Les images de “couverture” vont donc faire leur apparition. Nous sommes maintenant au noyau du fantasme. Bien couvert, le noyau va proliférer ; il va agglomérer les images les plus lointaines. Voici donc d’abord les cygnes, ensuite le Cygne :
“O merveille ! des cygnes aussi viennent à la nage de leurs retraites, avec des mouvements purs et majestueux ; ils voguent doucement, tendres et familiers : mais comme fièrement et avec complaisance la tête et le bec se meuvent… Un d’eux surtout semble se rengorger avec audace, et fait voile rapidement à travers tous les autres ; ses plumes se gonflent ; poussant les vagues sur les vagues, il s’avance vers l’asile sacré…”
Les points de suspension – si rare en allemand classique – sont mis par Gœthe aux bons endroits. Comme c’est souvent le cas, les points de suspension “psychanalysent” le texte. Ils tiennent en suspens ce qui ne doit pas être dit explicitement. (Pages 50 et 51).
Une des manifestations du complexe du Cygne, propre aux amateurs de virginité se retrouve dans ce que l’on appelle le complexe de Léda.
Léda est la fille du Roi d’Etolie Thestios et d’Eurythémis. Léda eut plusieurs enfants. Parmi ceux-ci, certains furent engendrés par Zeus, qui avait pris la forme d’un cygne pour s’unir à elle.
Par conséquent, le complexe de Léda est une des manifestations du complexe du cygne, à la différence que l’image est plus explicite, car avec le complexe de Léda le complexe du cygne manifeste ses traits humains. Par conséquent, on peut ranger sous deux appellations différentes : les complexes du Cygne ou de Léda qui se présentent comme des ersatz de la femme nue et qui sont utilisés dans l’art (peinture, littérature, danse etc.). 


Par exemple Pierre Louys, né le 10 décembre 1870 à Gand (Belgique) à 10 heures. Son thème présente une Lune en Cancer conjointe au DS. Il a écrit une nouvelle qui s’intitule Lêda ou la Louange des bienheureuses ténèbres, l’orthographe de Lêda est celle choisie par l’auteur.
Voici un extrait de cette nouvelle :
“Le bel oiseau était blanc comme une femme, splendide et rose comme la lumière” (page 21). Mais l’oiseau blanc comme une femme dès qu’il tourne autour de la nymphe et la “regarde de côté” a déjà abandonné toute valeur symbolique. Alors il s’approche de Lêda (page 22).  Quand le cygne “fut tout près (de Lêda), il s’approcha encore, et se haussant sur ses larges pattes rouges, étendit le plus haut qu’il put la grâce onduleuse de son col, devant les jeunes cuisses bleuâtres et jusqu’au doux pli sur la hanche. Les mains étonnées de Lêda prirent avec soin la petite tête et l’enveloppèrent de caresses. L’oiseau frémissait de toutes ses plumes. Dans son aile profonde et moelleuse, il serrait les jambes nues et les faisait plier. Lêda se laissa tomber à terre.” Et deux pages plus loin, tout est consommé : “Lêda s’ouvrait à lui comme une fleur bleue du fleuve. Elle sentait entre ses genoux froids la chaleur du corps de l’oiseau. Tout à coup, elle cria : Ah !… Ah !… et ses bras tremblèrent comme des branches pâles. Le bec l’avait affreusement pénétrée et la tête du cygne se mouvait en elle avec rage, comme s’il mangeait ses entrailles, délicieusement.”
Ce récit de Pierre Louys n’a plus rien à voir avec le Second Faust de Gœthe, on sent la teneur sexuelle qui est beaucoup plus explicite.
A propos de la nouvelle de Pierre Louys, Gaston Bachelard écrit :
“Le complexe du Cygne décèle immédiatement des traits humains, trop humains. Les images de couverture ne remplissent pas leur rôle. On y voit trop clair. Un lecteur libidineux est tout de suite servi, directement servi. De telles pages ont perdu tout leur mystère et il n’est pas besoin d’un psychanalyste pour les expliquer. Le cygne est ici un bien inutile euphémisme.” (Pages 55-56)

Le complexe de Narcisse :

A ces deux complexes mineurs que sont le Cygne et Léda, vient s’ajouter un complexe beaucoup plus important qui est : Le Complexe de Narcisse.
Ce complexe fait, lui aussi, parti de l’arsenal des sources et de bassins. La légende est connue, ce beau jeune homme, si beau qu’il ne cessait de s’admirer dans le miroir de la claire fontaine. Il se trouvait si admirablement beau qu’il voulut se pencher pour embrasser son image, c’est-à-dire s’embrasser lui-même. Comme l’image était au fond de l’eau, il coula et se noya. Sur le lieu où il périt poussa une fleur si belle qu’elle reçut le nom de Narcisse.
Par conséquent, le complexe de Narcisse c’est le complexe de l’admiration de soi-même et c’est un des complexes clés du Cancer et de la Lune. Nous le développerons plus en détail en astro-psychanalyse.
Nous venons donc de voir les trois complexes afférents au Cancer et la Lune : Le complexe de Nausicaa, le complexe du Cygne ou de Léda, et le complexe de Narcisse. Cependant, si le mot complexe vous gène, il vous suffit de le remplacer par : “Climat psychologique”.
A l’inquiétude qui émane des eaux mortes, dormantes, profondes et dangereuses du Scorpion, vont s’associer deux complexes ou climats psychologiques, c’est à savoir : Le Complexe de Caron d’une part et le Complexe d’Ophélie d’autre part, qui sont deux complexes clés du Scorpion.

Le complexe de Caron :

Une eau qui court, par exemple, celle du ruisseau du Cancer est une eau vivante. Une eau qui stagne, par exemple, celle immobile des étangs du Scorpion est une eau qui est sur le point de mourir. En elle s’assemblent tous les schèmes de la vie attirée par la mort, de la vie qui veut mourir ou qui va mourir.
L’eau du Scorpion (ou de Pluton) se présente donc comme une invitation à la mort.
Par exemple, dans l’œuvre d’Edgar Poe, nous voyons avec quel génie poétique il a su tirer parti de cette association de l’eau et de la mort. Par exemple des œuvres comme La chute de la maison Usher ou L’Ile des fées sont à lire dans l’optique de ce cours pour bien connaître l’eau et l’âme du Scorpion et du Plutonien.
Cette association de l’eau et de la mort se retrouve dans le mythe de Caron, qui est un mythe à teneur typiquement scorpionnesque.
Caron, qui s’écrit aussi Charon, avait pour fonction de faire passer les âmes à travers les marais de l’Achéron, sur l’autre rive du fleuve des morts. En paiement, les morts devaient lui donner une obole. C’est pour cela qu’on avait coutume de placer une pièce de monnaie dans la bouche des cadavres au moment où on les ensevelissait. On représente Caron comme un vieillard très laid, avec une barbe hirsute et toute grise ; il a un manteau en haillons et un chapeau rond. Il dirige la barque funèbre, mais ne rame pas. Ce sont les âmes elles-mêmes qui font cet office. Il se montre tyrannique et brutal envers elles, comme un vrai subalterne. Lorsque Héraclès (Hercule) descendit aux Enfers, le héros le força à le passer dans sa barque, et comme Charon refusait, Héraclès s’empara de la gaffe du passeur et lui en asséna de tels coups que l’autre n’eut qu’à obéir. D’ailleurs, Charon fut châtié par la suite, pour avoir permis à un vivant de pénétrer chez les morts et dut passer tout un an enchaîné.
A propos du mythe de Caron, Gaston Bachelard écrit : “Tout ce que la mort a de lourd, de lent, est aussi marquée par la figure de Caron. Les barques chargées d’âmes sont toujours sur le point de sombrer. Etonnante image où l’on sent que la mort craint de mourir, où le noyé craint encore le naufrage !” C’est merveilleux comme idées, c’est une remarque d’une grande subtilité que fait ici Gaston Bachelard, il continue : “La mort est un voyage qui ne finit jamais, elle est une perspective infinie de dangers. Si le poids qui surcharge la barque est si grand, c’est que les âmes sont fautives. La barque de Caron va toujours aux enfers. Il n’y a pas de nautonier du bonheur.” (Page 108).
La démonstration est d’une très grande richesse intellectuelle.

Le complexe d’Ophélie :

A ce complexe de Caron, vient se greffer un second complexe, non moins capital, c’est le Complexe d’Ophélie. Parce que l’eau est une image symbolique de la mort et de l’anéantissement elle est l’image du suicide. Le suicide hante l’âme des Scorpions et des plutoniens.
Attention, ce n’est pas parce que l’on est marqué par Pluton ou le Scorpion que l’on se suicide !!! Ici, nous sommes dans l’univers de la rêverie, car pour commettre un tel acte il faut que participent des éléments dont nous n’avons pas encore traité.
Si vous vous promenez avec des êtres fortement marqués par le Scorpion et Pluton et que vous les laissez libres de vous mener où ils veulent, ils risquent, mis à part les cimetières, de vous mener vers un étang et immanquablement la rêverie prendra la tournure de la mort, de l’anéantissement voire du suicide. Ceci est immanquable, laissez-les parler, c’est prodigieusement intéressant pour la connaissance de l’âme de ces êtres. Certes, ils ne parleront pas de leur suicide, mais, par exemple, au bord de cet étang ils peuvent parler de mort ou de faits qui se rattachent à la mort. Faites l’expérience et vous verrez…
Par conséquent, avec cette image du suicide nous débouchons sur le complexe d’Ophélie. Ophélie est tiré de l’œuvre de William Shakespeare qui s’intitule Hamlet.
Hamlet est le Personnage principal du drame de Shakespeare, inspiré d’un prince danois devenu légendaire. Mélancolique, tenté par le néant, Hamlet se sent écrasé par le rôle que lui assigne la fatalité : pour venger son père, dont le spectre lui a appris l’assassinat, il doit tuer son oncle. Il simule la démence et délaisse sa fiancée, Ophélie, qui devient folle et se noie. Il finit par accomplir sa vengeance en y laissant sa propre vie. Le monologue d’Hamlet (To be or not to be..., “Être ou ne pas être...”) est célèbre.
Gaston Bachelard écrit : “L’eau est l’élément de la mort jeune et belle, de la mort fleurie, et, dans les drames de la vie et de la littérature, elle est l’élément de la mort sans orgueil ni vengeance, du suicide masochiste.” (Page 113)
Pour toujours Ophélie apparaîtra aux rêveurs et aux poètes comme une jeune fille flottant sur l’eau avec ses fleurs, sa douce mélopée et sa chevelure étalée sur l’onde. Cette jeune fille est sacrifiée.
William Shakespeare est né le 26 avril 1564, l’heure est malheureusement inconnue. Le jour de sa naissance, la Lune était en Scorpion, opposée au Soleil et au trigone de Pluton son maître. De son côté, Pluton était au carré de Vénus.
Dans la dernière scène d’Hamlet, Ophélie apparaît, elle est devenue folle par l’action d’Hamlet et elle chante, c’est la dernière image qu’on a d’elle : une jeune fille qui a déroulé ses cheveux, qui s’est mise une couronne de fleur sur la tête et qui chante une mélopée puis elle disparaît et quelques instants après on apprend qu’elle s’est noyée dans le fossé du château d’Elseneur.
Voilà l’image que l’on garde d’elle et cette image est très importante puisqu’elle percute au plus haut point l’inconscient collectif. Mais plus que toute chose, Ophélie demeure pour nous à jamais, une chevelure, une chevelure flottante parmi les Nénuphars, une chevelure dénouée par les flots, une chevelure offerte aux caresses de la mort.
D’ailleurs, le metteur en scène qui voudrait faire jouer Ophélie par une comédienne aux cheveux courts raterait tous ses effets et ce serait une ineptie.
La vision de la chevelure flottante anime à elle seule tout un symbole de la psychologie des eaux et explique à elle seule l’intégralité du complexe d’Ophélie. Enfin, vous avez pu remarquer que l’on prête aux Sirènes de très longues chevelures, car telle est la force de l’inconscient collectif à savoir qu’au bord de l’eau tout est chevelure.
Lorsque le rêveur contemple au fond des rivières les herbes vertes retenues par les roseaux, il pense immanquablement à une morte qui était là et dont les grands cheveux étaient déroulés. Ceci fait partie de notre inconscient collectif qui est le même à chacun de nous et que les grands poètes retrouvent au fond d’eux-mêmes et qu’ils traduisent avec des mots et des images.
Gaston Bachelard émet cette remarque : “L’eau qui est la patrie des nymphes vivantes est aussi la patrie des nymphes mortes. Elle est la vraie matière de la mort bien féminine.”
A peine Hamlet aperçoit-il Ophélie qu’il lui dit : “Nymphe” ; il ne lui dit pas : “Bonjour Ophélie” ou bien : “Salut !” comme le font les auteurs modernes dans leurs pièces. Mais il lui dit : “Nymphe” et dès qu’il dit ceci, dans l’esprit du public l’évocation des eaux résonne déjà, car ce mot situe d’emblée le personnage. Et Hamlet ajoute : “Nymphe, en tes oraisons, souviens-toi de tous mes péchés” (Hamlet, acte III, scène I)
La résonance de cette réplique est très grande, puisque par elle, dès le début de l’action on sent que c’en est fait d’Ophélie. Car Ophélie doit mourir pour les péchés d’autrui. C’est le fameux destin masochiste : “En tes oraisons, souviens-toi de tous mes péchés”. Elle va donc mourir pour racheter Hamlet, c’est ce qui est dit dans cette première réplique.
Ainsi Ophélie va mourir pour les péchés d’Hamlet, elle va mourir au fil de l’eau (puisqu’il a dit Nymphe et que l’eau est la patrie des nymphes mortes) doucement et sans éclat.
Perçue à travers ce complexe d’Ophélie, l’eau se présente comme un élément “mélancolisant” car l’eau porte à la mélancolie.
Maurice Maeterlinck, qui avait un Neptune angulaire au DS et une Lune qui s’approche de l’AS. Dans sa pièce, la Princesse Maleine, l’héroïne est dans la solitude de sa chambre, hantée par le pressentiment de son destin, et elle murmure : “Oh ! comme ils crient, les roseaux de ma chambre !” 
Si on analyse cette réplique avec son intellect ceci n’a aucun sens, enfin quoi de plus stupide que des roseaux qui crient dans une chambre ?Mais si on laisse de côté son intellect et qu’on laisse parler son inconscient, on fait un pas en avant dans les schèmes du Scorpion.
L’inverse de la chose se produit : il suffit qu’une chevelure dénouée tombe ou “coule” sur des épaules nues pour que surgissent en l’âme tous les symboles ophélisant.
Gabriel d’Annunzio, né le 13 mars 1863 à Pescara (Italie) à 8 heures. Dans son roman, Forse che si, Forse che no, la servante peigne Isabella devant un miroir. Voici ce qu’elle dit : “ses cheveux glissaient, glissaient comme une eau lente, et avec eux mille choses de sa vie, informes, obscures, labiles, entre l’oubli et le rappel. Et tout d’un coup, au-dessus de ce flux…
Pourquoi ai-je fait cela ? Pourquoi ai-je fait cela ? Et pendant qu’elle cherchait en elle la réponse, tout se déformait, se dissolvait, fluait encore. Le passage répété du peigne dans la masse de ses cheveux était comme une incantation qui eût duré depuis toujours, qui devait continuer sans fin. Son visage, au fond du miroir, s’éloignait, privé de contours, puis se rapprochait en revenant du fond, et n’était plus son visage.”
Jamais un auteur marqué par le Feu ou la Terre ou l’Air n’aurait écrit cela. Vous sentez la percussion de l’Eau.
Par exemple George Rodenbach, né le 16 juillet 1855 à Bruges (Belgique) à 2 heures. Son thème est marqué par une Lune angulaire au FC et une conjonction Soleil-Mercure en Cancer.
Dans son roman Bruges la Morte, on assiste à l’ophélisation d’une ville entière. Sans jamais voir une morte flottant sur les canaux, le romancier est saisi par l’image shakespearienne. Voici ce qu’il écrit : “Dans cette solitude du soir et de l’automne, où le vent balayait les dernières feuilles, il éprouva plus que jamais le désir d’avoir fini sa vie et l’impatience du tombeau. Il semblait qu’une morte s’allongeât des tours sur son âme ; qu’un conseil vînt des vieux murs jusqu’à lui ; qu’une voix chuchotante montât de l’eau – l’eau s’en venant au-devant de lui, comme elle vint au-devant d’Ophélie, ainsi que le racontent les fossoyeurs de Shakespeare.”

Le complexe de Xerxès :

A l’émotion que donne la violence de certaines eaux tumultueuses et mouvantes de la mer des Poissons, va s’associer un dernier complexe qui va compléter la gamme des complexes de la psychologie des eaux. Ce complexe nous le nommerons : le Complexe de Xerxès qui est en relation avec Neptune et les Poissons.
A ce sujet remettons-nous sous les yeux l’anecdote racontée par Hérodote dans  Histoire :
“Xerxès ayant donné l’ordre de faire construire des ponts entre les villes de Sestos et d’Abydos, ces ponts achevés, il s’éleva une affreuse tempête qui rompit les cordages et brisa les vaisseaux. A cette nouvelle, Xerxès, indigné, fit donner, dans sa colère, trois cents coups de fouet à l’Hellespont. J’ai ouï dire qu’il avait aussi envoyé avec les exécuteurs de cet ordre des gens pour en marquer les eaux d’un fer ardent. Il fit ainsi châtier la mer”
Paul Claudel dont le thème était marqué par un Neptune angulaire au MC dominant et une Lune en Poissons, dans le premier acte de sa pièce Le Partage de Midi, retrouve cette splendide image, il écrit : “La mer, l’échine resplendissante, est comme une vache terrassée que l’on marque au fer rouge.”
Le complexe de Xerxès est un mélange de l’eau et du feu, c’est-à-dire quand dans un cadre Poissons ou neptunien vous avez des signes ou des planètes de feu valorisées vous avez un complexe de Xerxès. Ou bien encore, un Mars dominant en Poissons ou dans un cadre Poissons ; une conjonction Mars-Neptune qui est une variante, etc.


Algernon Charles Swinburne, né le 5 avril 1837 à Londres (Angleterre) à 5 heures. Son thème présente un amas en Bélier composé des deux luminaires, de Mercure et de Vénus. Un AS Poissons et Neptune est au semi-carré de l’AS et il s’oppose à Mars. Mars est au sesqui-carré de l’AS et au trigone de l’amas en Bélier. Il y a aussi une griffe de Xerxès par : Uranus en Poissons qui se lève.
Dans son roman Lesbia Brandon, il écrit : “Chaque vague fait souffrir, chaque flot cingle comme une lanière.” “La flagellation de la houle le marqua des épaules aux genoux et l’envoya sur le rivage, avec la peau entière rougie par le fouet de la mer.”
Gaston Bachelard écrit : “C’est Swinburne qui nous permettra de désigner le héros des eaux violentes.”
Par conséquent, toute image qui dépeint un plongeon ou exultant la lutte d’un nageur avec cet élément dangereux qu’est la mer procède, en droite ligne, d’un complexe de Xerxès. Or le saut dans la mer est une des épreuves de l’initiation, par conséquent, à la lumière des Poissons et de Neptune, le complexe de Xerxès est à proprement parler un complexe métaphysique.
Nous retrouvons ce complexe chez de nombreux êtres marqués par les Poissons. En outre grâce à ce complexe de Xerxès, on comprend mieux la double ligne symbolique du Signe des Poissons que la tradition qualifie justement de signe double. En effet, d’un côté il y a toute la ligne mélodique de l’emprise neptunienne qui est la correspondance avec l’invisible, la fusion avec Dieu, l’oblativité, la douceur, la gentillesse, la bienveillance, la tendresse, le calme, le goût du silence, etc. Mais de l’autre côté, il y a toute la ligne mélodique de la violence, car l’eau de la mer est violente, tumultueuse, mouvante, agitée. Regardez la mer un jour de tempête et vous comprendrez. Ainsi, la mer en ses tempêtes peut être considérée comme un symbole métaphysique, c’est l’avant propos de la colère divine, c’est le “Dies i Re i la” qu’Hector Berlioz évoque dans la Marche au supplice de sa Symphonie Fantastique. C’est toute l’histoire du déluge, de la fin du monde selon l’apocalypse lorsque les eaux sont déchaînées, d’où la charge métaphysique qui rejoint la pente première des Poissons et sa mysticité. Mais c’est une métaphysique qui n’est pas tranquille, qui est inquiétante.
Ainsi, avec ce complexe de Xerxès, nous sommes devant l’évidence qu’il existe une violence contenue dans le signe des Poissons. D’ailleurs la mythologie gréco-romaine ne s’y était point trompée, lorsqu’elle signalait déjà la violence dans le signe des Poissons, puisqu’elle avait montré le dieu Neptune Poséidon – Dieu planète qui préside au signe des Poissons – frappant les flots de son trident pour qu’en jaillissent la foudre, les éclairs et la tempête.

Frédéric MUSCAT








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