vendredi 7 juin 2013

La Rétrogradation des Planètes

 
          
Point de vue astronomique

Avant d’étudier la signification des planètes rétrogrades, il faut considérer le plan astronomique et ce que représente la rétrogradation d’une planète de ce point de vue, car la signification symbolique de ce phénomène, en astrologie, découle de ce qui se passe, astronomiquement parlant.

Tout d’abord, la rétrogradation, “mouvement en arrière”, est un phénomène purement terrestre. Vu du Soleil, aucune planète de notre système solaire ne va à contre-courant du mouvement général de l’ensemble. La rétrogradation est une illusion d’optique essentiellement terrestre, due à la position de la Terre dans le système solaire et au fait que toutes les planètes ne tournent pas avec la même vitesse autour du Soleil.

On peut comparer la rétrogradation à ce qui se passe lorsque deux trains de vitesse différente se côtoient avant que le plus rapide ne double le plus lent. Si vous êtes dans le train plus rapide, vous aurez l’impression que le train plus lent s’arrête quelques fractions de secondes, puis recule ; ceci pour les planètes extérieures qui ont une vitesse de révolution autour du Soleil inférieure à celle de la Terre : Mars, Jupiter, Saturne, Uranus, Neptune et Pluton. Pour les planètes inférieures (Mercure et Vénus), le phénomène est différent : de la Terre, nous ne les voyons pas tourner autour du Soleil. Elles nous semblent aller et venir, de part et d’autre du Soleil, d’un maximum d’élongation Est à un minimum d’élongation Ouest et vice-versa. Leur rétrogradation revêt donc une forme différente et a lieu à un moment différent de leur cycle avec le Soleil.

Schéma de la rétrogradation

Il y a des points importants à noter dans le phénomène de rétrogradation :

- 1) La rétrogradation est un mouvement en arrière apparent d’une planète.

- 2) Elle se produit lorsque la Terre et la planète forment un alignement avec le Soleil, du même côté du système solaire. Il en résulte deux faits :


- Pour les planètes dont l’orbite est intérieure à celle de la Terre (Mercure et Vénus), l’alignement exact correspond à la conjonction inférieure de la planète avec le Soleil, aspect qui se forme au milieu de la période de rétrogradation.


 Conjonction Inférieure


Conjonction Supérieure

- Pour les planètes dont l’orbite est extérieure à celle de la Terre (Mars, Jupiter, Saturne, Uranus, Neptune et Pluton), l’alignement exact correspond à l’opposition entre la Planète et le Soleil, au milieu de la période de rétrogradation.


Opposition 

- 3) Pendant la rétrogradation, la planète semble amorcer, puis décrire une boucle en direction de la Terre. Elle se rapproche donc de la Terre et sera au plus proche de cette dernière au moment de l’aspect exact (conjonction inférieure ou opposition) avec le Soleil.


Boucle de Rétrogradation

4) Au moment où la planète est au plus proche de la Terre, elle apparaît à son maximum de brillance et, vu au télescope, son disque paraît plus grand, surtout dans le cas de Vénus et de Mars.

         Il faut également distinguer :

         La période de rétrogradation proprement dite qui couvre la période allant du moment (date et degré) où la planète, après une brève immobilisation apparente, commence à rétrograder (R dans les éphémérides) jusqu’au moment (date et degré) où elle reprend le mouvement direct (D dans les éphémérides), après une brève immobilisation apparente. Au milieu de cette période se situe l’aspect (conjonction inférieure ou opposition) de la planète avec le Soleil. Par exemple pour janvier et février 1982 : Du 23 janvier, à 19° Verseau au 13 février 1982 à 3° Verseau pour Mercure et du 20 février à 20° Balance au 11 mai 1982 à 1° Balance pour Mars.

         La boucle complète de rétrogradation va donc :

         Du 13 janvier au 27 février 1982 pour Mercure.
         Du 10 janvier au 25 juin 1982 pour Mars.

Symbolisme de la rétrogradation

Une interprétation complète du phénomène de rétrogradation doit au moins tenir compte de ces éléments de base. Elle doit découvrir un sens fondamental qui puisse s’appliquer au phénomène général de la rétrogradation, tout en établissant une différence entre les deux cas très distincts des planètes intérieures et des planètes extérieures. Avant toute interprétation, on devrait réaliser que, de tous les facteurs utilisés en astrologie, le mouvement de rétrogradation des planètes est celui qui souligne le plus effectivement la différence entre les points de vue géocentrique et héliocentrique.
Pour expliquer ce mouvement, les anciens astrologues durent inventer une théorie assez complexe basée sur des épicycles. Et nous pouvons dire, sans exagérer, que c’est l’étude du mouvement de rétrogradation qui a conduit au changement de point de vue : de l’univers ptolémaïque géocentrique à l’univers moderne héliocentrique.
Ce changement a eu des répercussions très importantes sur notre civilisation occidentale. On peut même dire que ce fut le changement le plus fondamental des vingt derniers siècles, parce que les concepts scientifiques ont leur point d’origine dans le domaine de l’astronomie.
Du point de vue psychologique, la découverte d’un système solaire (centré sur le Soleil) a fait naître, dans la conscience de l’homme, une double possibilité d’envisager la vie ou de se lier à l’univers, en mettant à sa portée deux manières de comprendre son entourage et les événements. Il y a la manière géocentrique, inséparable de notre nature puisque, par elle, nous recevons la vision directe, actualisée, immédiate, en fonction de l’expérience de nos sens. Et puis, il y a la manière héliocentrique qui nous donne la faculté de comprendre les lois universelles de la vie de façon objective, détachée, impersonnelle.
L’Astrologie utilise le système géocentrique parce qu’elle s’adresse à des êtres humains, tels qu’ils se manifestent dans l’expérience concrète de la vie. Elle cherche à comprendre la personne dans son développement, dans ses réactions face aux événements, que ce soit individuellement ou en groupe. Actuellement, la forme d’astrologie la plus valable sera celle qui essaie d’aider les individus à faire face aussi bien à eux-mêmes qu’à leurs problèmes, ceci en toute conscience, en toute objectivité, sur la base des rapports réels qu’ils entretiennent avec leur environnement et le monde où s’écoule leur vie.
Actuellement, le véritable astrologue devrait être, avant tout, un psychologue. Il doit se rendre compte que la personne est l’équivalent d’un champ d’énergie dans lequel opèrent des forces. Ces énergies ont chacune une forme indépendante d’existence et obéissent à leur rythme respectif de développement, que la personne en soit consciente ou pas, qu’elle le veuille ou non, qu’elle le reconnaisse ou pas.
L’individu est une structure organique au sein de laquelle toutes sortes de forces agissent mutuellement les unes sur les autres et où des quantités de choses étranges et merveilleuses - mais aussi laides se passent tous les jours. Cet organisme physique - qui comprend également esprit et sentiments avec lesquels il est étroitement lié - constitue un tout que nous appelons aujourd’hui la “personnalité”. Cette personnalité représente un tout organique, si tout va bien - et tout ne va pas nécessairement bien, surtout dans le domaine psychologique - car elle ne fonctionne pas d’une seule pièce. Elle opère sous forme d’harmonie complexe entre des forces, des impulsions et des désirs opposés, mais complémentaires. Elle ne reste jamais intérieurement semblable, même si elle présente un extérieur qui, lui est relativement permanent. Elle possède une identité structurale qui lui est propre ; mais, à l’intérieur de cette structure, tout change sans cesse par la montée et le déclin des énergies, par la libération du pouvoir ou par l’obstruction des impulsions : à chaque instant, le drame et le bonheur se mêlent intimement. Ce n’est jamais totalement l’un ou l’autre ; c’est toujours une question de plus ou moins et de relation, de rapport entre les deux.
En Astrologie, les planètes symbolisent les causes de tous les événements qui se déroulent à l’intérieur de la structure de la personnalité ; elles représentent les énergies vitales naturelles qui animent la personnalité. Chacune de ces énergies naturelles a son rythme propre, mesurable astrologiquement par le mouvement cyclique des planètes et selon la manière dont ces mouvements cycliques se lient entre eux, dans le champ total d’espace constitué par le système solaire.
Le point de vue héliocentrique du système solaire et les mouvements réguliers des planètes qui le constituent nous donnent une image exacte des énergies vitales naturelles de la personnalité, telles qu’elles se développeraient si elles avaient la liberté de le faire selon leur propre rythme naturel et sans l’intervention consciente de la volonté de l’homme. Ces mouvements planétaires héliocentriques sont constants, réguliers, toujours directs. Ils révèlent le rythme des énergies vitales à l’état naturel instinctif - ces énergies que contiennent peut-être encore les plantes et les animaux libres de toute influence humaine... si tant est que l’on puisse encore trouver sur cette terre quelque chose qui ne subisse pas l’ingérence de la volonté et de la pensée humaine !
D’un autre côté, le point de vue géocentrique nous révèle ce qui arrive actuellement dans la personnalité ; et ces événements actuels sont le produit, non pas du développement libre des énergies vitales naturelles de l’organisme humain, mais la résultante de la modification constante de ce développement par la volonté, les pensées et les sentiments de la personnalité consciente. Par conséquent, les mouvements géocentriques représentent l’effet de la “personnalité” sur la “vie” ou, autrement dit, comment la volonté consciente, les pensées et les sentiments de l’homme agissent sur les énergies qui existent dans sa personnalité (corps et psyché), ainsi que les réactions engendrées par ses actes.
Les phases de rétrogradation dans les cycles planétaires sont les signes marquants de l’ingérence de l’homme dans le rythme naturel de ses énergies vitales. Les “boucles” dans le parcours géocentrique des planètes sont la signature de l’ingérence de l’homme : ce sont des produits de la géocentricité, c’est-à-dire les résultats du fait que l’homme voit l’univers à travers les “yeux” de ses propres énergies. Ces boucles sont encore l’indication de besoins humains, de besoins qui surgissent parce que l’homme sent, pense et veut d’une manière consciente et personnelle.
Nous savons comment se produit le brouillage des ondes sonores. De manière générale - mais pas au pied de la lettre - nous pouvons dire que les périodes cycliques des planètes sont altérées par un brouillage similaire, lorsque la conscience se concentre sur une planète particulière. Cette focalisation altère donc la vie totale du système solaire ; la focalisation est ce que nous appelons la “personnalité” : c’est la vie universelle considérée du point de vue d’une conscience particulière. Une telle vue n’est pas une illusion, comme voudraient nous le faire croire certaines philosophies asiatiques. Elle signifie plutôt un essai de mise au point plus nette de la vie, pour en augmenter la clarté et la personnalité d’analyse. Pour cette raison, elle tient une place nécessaire et très constructive dans l’évolution de l’univers. Cette vue conduit, en même temps, à des résultats déterminés et inévitables ; elle fait naître certains besoins, psychologiques aussi bien que physiques, et il faut combler ces besoins, les comprendre, les assimiler. Les phases de rétrogradation dans les cycles planétaires correspondent à cela.
Chaque planète représente une particularisation de l’énergie vitale (ou, dans un autre sens, une fonction de la totalité de l’organisme humain) et la manière dont elle agit à tous les niveaux concevables. Quand cette planète est rétrograde, l’énergie vitale ou la fonction qu’elle représente n’agit plus selon sa nature spontanée ; elle agit selon le besoin de la personnalité consciente. Ce besoin, qu’il faut combler, comprendre ou assimiler, dirige ses activités vers la Terre, c’est-à-dire vers l’ego conscient. Le besoin de la personnalité prend le pas sur la libération naturelle de la force vitale ; cette dernière est donc utilisée par le besoin. De cette façon, l’ego conscient a l’occasion et la possibilité de faire face aux résultats de ses propres volontés, de ses sentiments et de ses pensées. Ce qui peut sembler signifier, dans certains cas, un besoin de “revenir sur ses pas” ; la planète fait une boucle, son pas s’infléchit en direction de la Terre, ouvrant ainsi une nouvelle perspective ou réévaluant une situation. Une planète rétrograde peut donc signifier : l’essai de réparer un tort ou l’adaptation à une initiative antérieure ou encore une préparation délibérée à certaines activités nouvelles. Dans tous les cas, une planète rétrograde est une planète prête à répondre à un besoin personnel résultant d’activités antérieures, mais aussi capable d'anticiper sur un futur cycle d’expression.
On ne peut jamais savoir si une personne va utiliser constructivement ou non la phase de rétrogradation d’un cycle planétaire : la possibilité est là. Le besoin peut être satisfait, supprimé ; mais il peut aussi gagner en urgence si la personne n’arrive pas à y faire face objectivement. La boucle de rétrogradation des planètes peut aussi signifier une sorte de position avantageuse d’où la personne peut voir ou juger comment améliorer sa position et sa conception des choses ; toutefois, cette boucle peut aussi représenter une sorte de nœud coulant glissé autour de l’ego, liant plus étroitement la conscience à des images de peur, de frustration, d’insuccès et de rancune. Ajoutons ici que ce que nous venons de dire s’applique aussi bien au thème de nation qu’à des groupes sociaux permanents ou à des individus.

Rétrogradation des planètes intérieures

Voilà pour l’interprétation générale de la rétrogradation. Il reste maintenant à reprendre le problème en faisant une première distinction entre les cycles des deux planètes placées entre la Terre et le Soleil et ceux des planètes situées à l’extérieur de l’orbite de la Terre. Nous allons donc parler maintenant de Vénus et de Mercure.
Nous savons qu’il existe une différence entre la conjonction supérieure et la conjonction inférieure de ces deux planètes avec le Soleil. Etant donnée la position différente de ces planètes, par rapport au Soleil et à la Terre, lors de ces conjonctions, il est évident que la signification de la conjonction inférieure est différente de celle de la conjonction supérieure. Cette différence est plus marquée du point de vue héliocentrique car, au moment de la conjonction inférieure, la planète est conjointe à la Terre, tandis que, lors de la conjonction supérieure, elle est en opposition avec la Terre.
Du fait que Mercure et Vénus se trouvent à l’intérieur de l’orbite de la Terre - symbole du champ des activités conscientes personnelles de l’homme - ces deux planètes représentent sa vie intérieure. La psychologie classique partageait cette vie intérieure entre sentiments, pensée et volonté. Cette notion correspond bien au symbolisme astrologique car Vénus représente le domaine des sentiments et Mercure celui de la pensée ; quant au Soleil, il correspond à la volonté ou au but existentiel de l’individu. Ce but existentiel est unique et avance directement vers sa fin, qui est déterminée avant la naissance ; mais les sentiments et les pensées révèlent un rythme oscillatoire particulier. Grâce à ces fonctions, l’homme a le pouvoir d’interpréter librement ses expériences, et par cette interprétation, de modifier le cours naturel direct de tout ce que symbolisent Mercure et Vénus.
Cette intervention, qui part des sentiments ou des pensées, ne peut avoir lieu sans que les uns et les autres ne reçoivent un pouvoir qui, dans l’homme, émane de la source solaire des forces vitales. Et c’est aux périodes où Mercure et Vénus sont rétrogrades que nous nous trouvons en présence de cette intervention, quand les besoins de la personnalité dénaturent ou arrêtent le cours naturel des énergies du corps et de la psyché. Lors de la conjonction inférieure, Mercure et Vénus sont placés entre le Soleil et la Terre, dans une position qui leur permet de “diriger” l’énergie solaire sur la Terre.
Ainsi, quand Mercure est rétrograde, la personne (la nation ou l’humanité tout entière) a l’occasion de satisfaire son besoin en énergie bio-électrique (un aspect de Mercure) ou son besoin d’un nouveau genre d’énergie mentale. Il y aura une forte demande de pouvoir mercurien, une demande personnelle pour satisfaire un besoin personnel. Bien souvent ce besoin est - ou semble être - si critique, si désespéré qu’une demande, même temporaire, a des résultats destructeurs. L’individu s’embrouille dans la façon de formuler sa demande ou de satisfaire son besoin, de sorte qu’il ne saura puiser et utiliser le pouvoir vital que de manière désordonnée, restrictive, pas naturelle. En un sens, Mercure ou Vénus rétrogrades sont, au moment de leur conjonction inférieure, un peu assimilable à une Nouvelle Lune. Il y a le sentiment d’opportunités nouvelles, de quelque chose qui va arranger tous les problèmes du passé ; mais il y a aussi un manque de perspective, d’objectivité, ce qui fausse la situation, exagère les désirs, produit des mirages d’adolescents que la vie ne peut guère soutenir, une fois la phase de rétrogradation terminée.
Cependant cet état de choses est le reflet et le destin de la plupart des commencements qui contiennent en vérité beaucoup trop d’enthousiasme subjectif et pas assez de mûre réflexion, de compréhension. Le grand danger est celui d’une naissance avortée, d’une tendre vie nouvelle absorbée et étouffée par d’anciennes structures devenues formes vides ou châteaux-forts imprenables. Il y a aussi grand danger que l’entourage ne reconnaisse pas le besoin vital de la personne et le foule aux pieds. Quand une planète est rétrograde, en réalité, elle ne revient pas sur ses pas ; son chemin s’infléchit, volontairement ou fatalement, vers la Terre, ce qui peut amener déception ou mort, mais aussi guérison ou renaissance.
Ceux qui étudient le symbolisme ont peut-être remarqué que le symbole d’une planète rétrograde est le même que celui utilisé, depuis des siècles, sur les ordonnances médicales. Un médecin prescrit quelque chose dans le but de neutraliser ou d’atténuer le mal occasionné par quelque action, habitude ou événement “accidentel” antérieur. Le point de la vie blessé a nécessité l’appel du médecin ; le besoin de l’organisme (ou de la personnalité) a invoqué le Ciel et ce cri demande une réponse : une planète court vers la Terre avec le message ou le baume ! Si la planète est Mercure ou Vénus, elle se perd graduellement, pendant sa phase de rétrogradation, dans la lumière du Soleil et c’est à sa sortie qu’elle devient porteuse d’un message répondant à notre besoin personnel intime, dans le domaine des sentiments (Vénus) ou de la pensée (Mercure).
Le Soleil et la Lune sont toujours “directs” et représentent les deux polarités de la force vitale qui anime tous les organismes vivants sur la Terre. Quand une planète semble se mouvoir “en arrière”, dans une direction contraire au mouvement constant du Soleil, de la Lune et des planètes, nous pouvons dire qu’elle paraît se mouvoir dans un sens opposé au cours normal de la force vitale organique. Elle semble agir contre le courant ou en contre-point des énergies vitales du corps et de la psyché.
Cela signifie que, pendant la phase de rétrogradation, la fonction planétaire est potentiellement libre des exigences habituellement contraignantes des instincts vitaux. Elle cherche à opérer selon son caractère propre, à développer ses propres pouvoirs, à s’orienter autrement, si elle a été déviée sous la pression de besoins vitaux ou sociaux contraignants.
Du point de vue négatif, si un esprit cherche à se réorganiser ou à se purifier, il ne veut plus continuer la routine quotidienne, physique ou sociale, établie. De même, si quelqu’un se voit déséquilibré par des émotions instinctives et cherche à organiser ou à orienter son échelle de valeurs de façon nouvelle, il aura peut-être de la peine à agir spontanément face à des situations émotionnelles ou sociales ordinaires.
Pour ces raisons, et en ce qui concerne les activités extraverties dites “normales”, Mercure et Vénus rétrogrades tendent à signifier que les activités habituelles de ces deux planètes ne se déroulent pas comme d’habitude ; que leurs énergies tariront ; qu’il y aura un blocage des résultats habituels, “normalement” attendus. C’est lié au fait que l’attention de Mercure et de Vénus s’intériorise, se concentre sur eux. Leur fonction ne sera pas plus faible ; au contraire, elle sera plus active, plus concentrée, mais pas en vue d’une efficacité normale, biologique ou sociale.

Ce qui importe, c’est l’effort conscient d’œuvrer pour un esprit Nouveau ou pour un nouveau sens de valeurs, pendant ces périodes de rétrogradation.

Bien souvent, ces périodes de rétrogradations, dans les transits, peuvent coïncider avec des échéances critiques ; mais une crise est une occasion de se développer : l’occasion de prendre quelque décision et d’avancer, en avant ou vers le haut. Nous avons tous trop tendance à prendre trop de choses comme allant de soi dans notre vie de sentiments et de pensées et à suivre nos habitudes d’une manière presque automatique. Quand ces deux planètes rétrogradent, les expériences de la vie mettent subitement en doute les valeurs et les idées préconçues et nous poussent à chercher de nouveaux buts, à développer des techniques nouvelles, à améliorer la qualité de notre vie intérieure. Et c’est justement cette préoccupation subite pour des choses très intimes et très personnelles qui nous empêche momentanément dagir extérieurement de manière efficace.
Ainsi, nous pouvons dire que ces périodes de rétrogradations marquent des moments de transitions, moments où nous pouvons changer de niveau, faire un pas conduisant à quelque changement dans la qualité de nos sentiments (Vénus) et de nos pensées (Mercure). Cela peut venir comme un choc : se rendre tout à coup compte de sa propre insuffisance et de ses erreurs d’appréciation. Néanmoins, sans ces crises, sans ces appels à une purification intérieure de l’esprit et de l’âme, il n’y aurait pas d’évolution vers l’accomplissement de soi. Nous réussissons dans cette évolution spirituelle selon le courage que nous manifestons, pendant ces périodes rétrogrades, dans notre effort pour rompre avec des idéaux désuets, des désirs immatures et des fantômes chéris. Ce qui est en jeu, ce n’est pas la volonté de maintenir nos habitudes coûte que coûte, mais plutôt notre détermination qu’aucune habitude ne s’interposera pour infirmer le défi - et l’occasion - de devenir des êtres humains plus complets.
Ce que nous avons voulu vous communiquer par ces images, c’est le fait que la vie intérieure de l’homme a besoin d’être alimenté - et à la fois transfigurée - par le pouvoir solaire qui est le cœur rayonnant de son identité la plus profonde. Ce pouvoir solaire peut donc rayonner à travers l’esprit et les sentiments (Mercure et Vénus) quand ces derniers sont en rapport direct avec le but central et la volonté du Soi (le Soleil). Ce rapport de Mercure ou de Vénus avec le Soleil est plus marqué lors de la conjonction inférieure avec le Soleil, pendant les phases de rétrogradation. Et, c’est à ce moment-là que le pouvoir du Soleil peut se concentrer dans les pensées ou les sentiments.

Rétrogradation des planètes extérieures

En ce qui concerne les planètes situées à l’extérieur de l’orbite de la Terre, c’est l’opposition de la planète au Soleil qui constitue le centre de la période de rétrogradation. Le problème n’est plus d’extraire un pouvoir salutaire ou une nouvelle détermination du Soleil, mais, plutôt, de réaliser plus clairement le sens et le but de la fonction dont la planète rétrograde est le symbole. De ce fait, l’opposition des planètes extérieures au Soleil porte la signification d’une Pleine Lune, dont le sens fondamental est celui d’accomplissement objectif et de maîtrise des obstacles, grâce à une conscience claire de tout ce qui est en jeu.
On nous dit que Gautama le Bouddha est parvenu à l’illumination au moment de la Pleine Lune du mois de mai. Dans cette illumination, il a surmonté toute possibilité de confusion subjective due à l’oscillation incessante de la nature lunaire dans l’homme. Cet exemple nous éclaire sur le sens général des phases de rétrogradation des planètes extérieures à l’orbite de la Terre. Ces planètes traitent essentiellement de la vie extérieure de l’homme : ses initiatives et ses impulsions extérieures dans le cas de Mars ; sa vie sociale et ses effets sur l’individu qui est modelé par ses formes et ses préjugés dans le cas de Jupiter et de Saturne ; la possibilité de transformations spirituelles sous la pression de quelque Tout-plus-grand (social, religieux, cosmique) dans le cas d’Uranus, Neptune et Pluton.
Ce que nous devons faire, en ce qui concerne notre vie extérieure, c’est d’abord de devenir pleinement objectif quant à sa signification et aux besoins de relation qu’elle nous offre, puis d’assimiler toute la richesse de nos expériences avec les gens et les choses. Pour y parvenir, nous devons surmonter les attirances contradictoires qui ont tendance à déformer notre destinée solaire.

Ainsi, quand Mars est rétrograde, l’humanité tout entière (ou tous ceux dont le thème est affecté par cette opposition particulière Soleil-Mars) se trouve confrontée au problème : comment comprendre le plus totalement possible la signification de la fonction Mars ? Il importe d’être absolument objectif vis-à-vis de cette signification, de vouloir l’accomplir clairement en actes, en surmontant tout ce qui tendrait à la confusion subjective dans la conscience et le comportement. Voilà le besoin de l’humanité tout entière et, surtout, des personnes plus particulièrement touchées par la phase de rétrogradation de Mars.

Quand Saturne est rétrograde, nous avons l’occasion d’élaborer de nouveaux systèmes de défense pour nos egos crucifiés. Autrement dit, la possibilité nous est offerte de donner une valeur nouvelle au sens de notre individualité ou, encore, l’occasion de réviser le sens et l’utilité de nos sentiments nationalistes, des barrières élevées contre le libre échange du commerce et la libre circulation des idées. Saturne rétrograde c’est aussi le moment favorable pour introduire une nouvelle législation, une rénovation de la Sécurité Sociale et répandre la semence d’où naîtront de nouveaux projets sociaux. N’oublions pas que nous interprétons une opposition ; ce n’est donc pas le moment de se risquer dans des actions définies. Les activités antérieures ont créé des problèmes sociaux et politiques auxquels il faut prêter une attention soutenue quand Jupiter et Saturne sont rétrogrades : on doit les amener au plus près des réalités terrestres... C’est, grosso modo, le premier sens des planètes rétrogrades. Les fonctions qu’elles représentent accaparent fortement notre attention ; nous ne pouvons plus différer le besoin de réparation ou de rectification. Saturne rétrograde indique aussi une tendance à l’introversion de la conscience et des sentiments, à la suite de quelque blessure psychique ou d’un sentiment d’insécurité psychologique qui peuvent être causés, soit par une maladie, soit par des conditions psychiques particulières héritées du père. Un tel Saturne nous fait souvent agir selon nos peurs et nos frustrations, d’une manière qui démontre notre incapacité de faire face au défi que présentent des expériences nouvelles ou troublantes ; c’est alors le symbole d’un ego conscient continuellement crispé.

Le fait d’avoir Jupiter rétrograde à la naissance ne signifie nullement que l’individu sera faible, effacé, socialement parlant, ou même introverti. Jupiter rétrograde signifie plutôt que, dans la vie de l’individu, des problèmes surgiront pour le pousser à défier ou à remettre en question des valeurs traditionnelles, généralement acceptées par tout le monde. Ces valeurs peuvent appartenir au domaine social et culturel, religieux et philosophique, professionnel ou de la santé publique. Si le défi lancé réussit, l’individu peut atteindre à la richesse ou à une certaine renommée ; mais, si cela ne réussit pas, il peut aussi devenir un criminel ou une épave sociale. Le fond des problèmes qui surgissent avec Jupiter rétrograde peut être mis en rapport avec le sens de conservation de l’individu dans son environnement physique ou social : il a tendance à s’indigner devant les abus sociaux et agit en conséquence ; il aura de la difficulté à s’entendre avec les personnes qui font autorité dans les domaines qui le concernent ou l’intéressent.

Saturne rétrograde à la naissance est le plus souvent symbole d’une incertitude intérieure vis-à-vis de l’image-père. Ce peut être dû à la mort prématurée du père ou à une séparation, physique, psychique ou émotionnelle, ce qui crée un vide psychologique difficile à combler, mais qu’on cherche néanmoins à remplir par tous les moyens possibles. Le caractère du père joue un rôle important dans la nature des compensations psychologiques que recherche la personne. Il peut y avoir ou peur du père ou trop grande dépendance vis-à-vis d’un père autocratique ou bien tendance à le juger froidement, avec trop de sens critique, ce qui pousse l’individu à se détacher de lui. C’est surtout vrai lorsque Saturne est opposé au Soleil. Il faut toujours ajouter ici qu’aucun Astrologue ne peut tirer de conclusions définies de la condition particulière d’une planète seule. Saturne rétrograde n’est pas la cause d’un complexe-père ; aucun facteur astrologique n’est la “cause” de quoi que ce soit. Mais, quand une condition existe, la planète ou l’aspect, le Signe ou la Maison peuvent indiquer les détails de cette condition, permettre de l’interpréter, de lui trouver une signification, en fonction de vécu de la personne ou, plus exactement, d’aider la personne à comprendre la condition en cause, à lui donner un sens.

Stations

Puisque les phases de rétrogradation des cycles planétaires ont un sens différent des phases directes, il est clair que le moment de changement de direction dans le mouvement à une importance capitale et c’est tout aussi vrai dans les progressions que dans les transits.
Dans le cas de Mercure, le mouvement de changement de direction est particulièrement révélateur. Ceux qui utilisent les progressions secondaires peuvent le constater aisément. Il y a peu de vies où il n’y a pas de changement de direction de Mercure dans les progressions, soit directes, soit converses ; il suffit de noter l’année qui correspond à ce changement de direction (quand Mercure est stationnaire, direct ou rétrograde) et l’on peut ainsi indiquer à la personne - même sans connaître l’heure de la naissance et sans avoir monté le thème - une année de vie particulièrement importante. Le stationnement de Mercure ne donne pas de détails du point de vue événements ; il établit simplement une année marquante dans la vie, souvent une sorte de repolarisation mentale, une réorientation, une direction d’intérêts différente de ce qu’elle était auparavant.
Nous avons d’autre part montré comment on pourrait, sur le modèle du cycle de lunaison, prendre la conjonction inférieure de Mercure ou Vénus avec le Soleil comme le début de leur cycle de relation avec le Soleil (une phase “Nouvelle Lune”) tandis que la conjonction supérieure est assimilable à l’opposition (une phase “Pleine Lune”). Dans ce cadre, le moment de Station rétrograde est comparable à une phase “carré” “Dernier Quartier”, avant la fin du cycle ; la période de rétrogradation qui la suit, et jusqu’à la conjonction inférieure, revêt alors la signification d’une phase “12e Maison” ou “balsamique” ; clôture du cycle et préparation du suivant. A partir de la conjonction inférieure, on se trouve dans une phase “Nouvelle Lune”, alors que la planète est toujours rétrograde : départ du cycle, encore invisible, informulé, comme une nouvelle lune dans le ciel. Et, si l’on poursuit l’analogie, le moment de Station directe devient comparable à un carré “Premier Quartier”. Le changement de direction effectif de ces planètes - au moins du point de vue géocentrique - au moment des Stations correspond d’ailleurs bien à la signification d’un carré : changement de direction, d’orientation, virage à prendre en quelque sorte ; le “conducteur” doit décider de tourner le volant pour prendre le virage, sinon... c’est l’accident ! Dans le cas de la station rétrograde, c’est un virage dans la direction du nouveau cycle à venir : il faut tourner délibérément le dos au cycle qui se termine, le “liquider” d’une certaine façon. Par contre, dans le cas de la Station directe, le virage devra se faire dans le sens d’une extériorisation de l’impulsion qui est née à la conjonction inférieure précédente et il faudra lâcher définitivement les restes de l’ancien cycle devenus maintenant périmés, inutilisables. D’ailleurs, le fait que Mercure et Vénus arrivent, lors de leurs Stations rétrograde et directe, à, respectivement, leur maximum d’élongation Est et Ouest, confirme et renforce cette signification : ils ne peuvent, symboliquement, aller plus loin sur leur lancée ; il leur faut changer de direction, pour ce qui concerne les yeux terrestres du moins, donc le besoin de la Terre.
Si donc ces périodes, aussi bien les Stations que les Rétrogradations complètes, sont importantes dans les progressions, elles le sont tout autant dans les transits, contrairement à ce que pensent les astrologues dont l’intérêt primordial est la prévision d’événements. Elles sont utilisables pour celui qui veut les vivre consciemment et qui se sert de l’astrologie comme moyen de réaliser activement son potentiel psychologique et spirituel.

Frédéric MUSCAT

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