J’avais autrefois relevé dans les “Cahiers Astrologiques” la confusion faite par Costesèque entre les deux numérations, confusion qui l’avait amené à décaler de un degré les significations des degrés monomères.
Mon ami Gautier, généralement mieux inspiré a essayé de défendre l’erreur de Costesèque ; je me vois donc obligé de préciser en quoi ils se trompent.
Rappelons tout d’abord les définitions des nombres cardinaux et ordinaux :
- nombre cardinal : celui qui sert à marquer la quantité : un, deux, trois, etc...
- nombre ordinal : celui qui sert à marquer l’ordre : premier, second, troisième, etc...
et soulignons en passant qu’en disant “le quatre Janvier” au lieu du “quatrième de Janvier”, le “Roi Louis Seize” au lieu du “Roi Louis le Seizième”, nous faisons tous, moi comme vous, une faute de grammaire, faute entrée dans la langue courante seulement depuis le début du XIXème siècle, faute que les Anglais ne commettent point, ils disent “Elizabeth la Seconde” et le “4th Janvier”.
Rappelons aussi les deux définitions du ZERO :
- a) Signe numérique en forme de 0 qui n’a aucune valeur par lui-même, mais qui sert à remplacer toute unité manquante; on multiplie un nombre par dix, cent ou mille en mettant à la droite de celui-ci, un, deux ou trois zéros.
- b) Désigne le point à partir duquel on compte une grandeur, on mesure un nombre sur une graduation.
(Quillet, Dictionnaire, page 5.110.)
Le zéro en tant que définition (a) est apparu, à trois siècles près, vers le Xème siècle et en tous cas était ignoré des Grecs et des Romains.
Il n’en était pas du tout de même du zéro pris comme indication de position. Chez les Grecs, il ne se nommait pas zéro mais il se nommait “Omicron” et il s’écrivait comme notre zéro, sauf que cet O était surmonté d’une sorte d’accent circonflexe (õ).
Si vous voulez bien vous reporter au catalogue d’étoiles de Ptolémée, traduit par l’Abbé Halma et publié, avec le texte grec en 1816 par l’Imprimerie du Collège Royal de France et réimprimé en 1927 par J. Hermann, 6, rue de la Sorbonne, Paris, vous y verrez :
- L’étoile entre les pieds de devant
de la Grande Ourse et les Gémeaux..........CANCER õ õ soit 0°0’
- L’étoile sur la cuisse droite
dans la ceinture du Bouvier......................BALANCE õ õ soit 0°0’
Donc il est absolument faux de dire (comme Gautier l’a affirmé à une réunion de quelques membres du C.I.A.) que le début d’un signe se nomme 30 chez les anciens et 0 chez les modernes ; il se nomme zéro pour les uns comme pour les autres. Il est bien entendu qu’il s’agit là d’un point sans dimensions et non d’un espace et toute l’erreur Costésèque-Gautier vient de la confusion entre la numération de position et celle d’espaces successifs.
Si maintenant nous considérons les 12 espaces du ZODIAQUE compris entre le point gamma (départ) et le point gamma (fin), nous numérotons ces 12 espaces : premier Signe, deuxième Signe, etc..., et il ne viendrait, je crois, à l’idée d’aucun d’entre nous de dire “Signe zéro”, pour le bélier et “Signe un” pour le Taureau. Nous sommes ici en numération ordinale où, je le répète, il n’y a pas de zéro ; même si nous faisons la faute de grammaire d’employer les dénominations cardinales “Signe 1”, “Signe 2” au lieu de “Signe Premier”, “Signe deuxième”, faute générale dans notre langage courant comme je l’ai déjà signalé plus haut. Il ne nous viendrait non plus jamais à l’idée quand nous considérons les 36 espaces qui constituent les décans de les numéroter “décan 0”, “décan 1”, “décan 2”, etc... Pourquoi dès lors pour les 360 espaces nommés degrés, agir de façon différente à celle utilisée pour les 36 ou 12 espaces dénommés décans ou signe ? La chose ne souffre pas de discussion. Et quand vous avez un astre à 0°30’ du Bélier, il se trouve dans le Premier Signe du Zodiaque, dans le Premier Décan du Bélier, et dans le Premier Degré du Premier Décan du Premier Signe, n’en déplaise à mon ami Gautier.
L’erreur de Costesèque a été de considérer la numération ordinale des Anciens, s’appliquant à des espaces successifs du Zodiaque, comme une numérotation de position et de croire que la dénomination XXX Poisson (par laquelle ceux-ci désignaient l'espace compris entre les points 29° Poissons et 0° Bélier) s’appliquait au point 30° Poissons et par extension à l’espace qui suivait ce point. Costesèque a donc décalé ses interprétations de un degré (je dis bien ses interprétations et non ses “graphies”). En reproduisant “L’homme rouge des Tuileries”, il imprime en face des chiffres de 1 à 29 les mêmes monomères que Christian ; mais quand il interprète, il attribue à une position d’astre à 2°20’ par exemple, la signification donnée pour le deuxième degré alors que cet astre se trouve dans le troisième.
Disons en terminant que depuis l’adoption des chiffres arabes, il a toujours été admis de les employer en numération cardinale et de réserver les chiffres romains pour les numérations ordinales. Scaliger en reproduisant les monomères dans son commentaire de Manilius (édition de 1600 en ma possession) a, comme il se doit, numéroté ceux-ci en chiffres romains. Christian, en les reproduisants, a commis l’erreur de remplacer les chiffres romains par des chiffres arabes. Peut-être pouvons-nous trouver là un commencement d’excuse à Costesèque qui n’a jamais eu Scaliger entre les mains, excuse que n’a pas Gautier.
J. Hiéroz

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