dimanche 12 juin 2011

Le Symbole



Il est utile de posséder un art grâce auquel on pourra obtenir sur-le-champ toute information pouvant s’avérer nécessaire. Cet art est la divination. Les réponses aux questions, dans le domaine divinatoire, ne sont pas communiquées directement mais par le biais d’une pertinente série de symboles. Ces symboles doivent être interprétés par le devin dans les termes de son problème. Impossible d’élaborer un lexique dans lequel la solution de toute difficulté serait donnée en termes exprès. Ce serait peu maniable ; et en outre la nature n’œuvre pas de cette manière.
La théorie de tout procédé divinatoire peut être énoncée en quelques mots simples :
1. Nous postulons l’existence d’intelligences, intérieures ou extérieures au devin, dont il n’est pas directement conscient. (Peu importe à la théorie que le prétendu esprit communiquant soit une entité objective ou une partie cachée de l’esprit du devin). Nous tiendrons pour établi que de telles intelligences sont capables de répondre correctement - dans certaines limites - aux questions posées.
2. Nous postulons qu’il est possible d’élaborer un compendium d’hiéroglyphes [= écriture ou dessin sacré(e)] suffisamment élastique dans ses significations pour inclure toute idée concevable, et qu’un ou plusieurs de ces hiéroglyphes peuvent toujours être habilités à représenter telle ou telle idée. Nous supposons que n’importe lequel de ces hiéroglyphes sera compris dans le même sens que nous par les intelligences avec lesquelles nous désirons communiquer. Nous obtenons donc une sorte de langage. On pourrait le comparer à une lingua franca [= langage brut servant essentiellement à la communication] peut-être imparfaite à exprimer des subtiles nuances de sens, et donc impropre à la littérature, mais nous servant toutefois pour la conduite des affaires quotidiennes en des endroits où sont parlées plusieurs langues. L’hindoustani en est un bon exemple. Meilleure encore l’analogie avec les signes et symboles conventionnels employés par les mathématiciens qui peuvent ainsi échanger parfaitement leurs idées sans qu’aucun d’entre eux ne parle un mot de la langue de l’autre.
3. Nous postulons que ces intelligences que nous désirons consulter sont disposées, ou peuvent être contraintes, à nous répondre sans mentir.
Considérons tout d’abord la question du compendium de symboles. L’alphabet d’un langage est une manière plus ou moins arbitraire de transcrire les sons utilisés pour le parler. Les lettres elles-mêmes n’ont pas nécessairement de sens en tant que telles. Mais dans un système divinatoire, chaque symbole représente une idée précise. Ajouter quelques lettres nouvelles à la langue anglaise ne la perturberait pas. Du reste, c’est ce qu’ont fait certains systèmes sténographiques. Ceci dit, un système de symboles approprié à la divination se doit d’être une représentation totale de l’Univers, afin que chacun d’eux soit absolu, et l’ensemble non susceptible d’augmentation ou de diminution. Techniquement, c’est en fait un pentacle [= figure qui exprime toute la puissance de l’univers] dans la pleine acception du terme.
Considérons maintenant quelques remarquables exemples de tels systèmes. Nous pouvons remarquer en passant qu’il existe une méthode divinatoire courante consistant à se renseigner auprès des livres en plaçant le pouce au hasard entre leurs pages. Les Livres de la Sibylle, les œuvres de Virgile et la Bible ont été très fréquemment utilisés à cette fin. On peut admettre pour justification théorique que le livre employé est une parfaite représentation de l’Univers. Mais même si c’était le cas, nous aurions affaire à une forme inférieure de construction, car la seule conception raisonnable du Cosmos sera mathématique et hiéroglyphique plutôt que littéraire.
    Les principaux moyens de divination dans l’Histoire sont l’astrologie, la géomancie, le Tarot, la Sainte Qabal et le Yi-King. Il en existe des centaines d’autres, depuis la pyromancie, l’oniromancie, les augures tirés de sacrifices et le défilé de certains oracles anciens jusqu’aux présages tirés du vol des oiseaux et des prédictions de feuilles de thé [= équivalent britannique du marc de café].

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